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Des journaux posés sur une table avec une tasse de café et des lunettes
© seb_ra par Getty Images

Les trois textes qu’il fallait lire cette semaine pour comprendre la crise du Covid-19 autrement

Le 2 avr. 2020

On ne parle que de ça : la crise du Covid 19 ! Et pourtant, on peut se sentir perdu dans le flux des infos. Voici une sélection de trois textes qui donnent une belle matière à réflexion.

Après quelques jours de sidération, on commence à vouloir comprendre les conséquences, économiques entre autres, que la crise du Covid-19 va provoquer. Hélas, ou pas, les économistes manquent encore d'éléments pour calculer le coût de cette affaire. Dans une tribune parue le 1er avril 2020 dans Les Echos, Jean Tirole, prix Nobel d’économie 2014 à tendance libérale, cite les travaux de ses collègues de la Toulouse School of Economics, Christian Gollier et Stéphane Straub.

Sur une hypothèse d'un confinement de deux mois, eux envisagent l'équivalent d'un mois de perte économique, soit 8% du PIB annuel. À ces coûts directs, il faudrait ajouter des coûts indirects, encore plus difficiles à chiffrer mais sans doute conséquents. Et enfin, Jean Tirole souligne que l'activité d’après crise ne repartira sans doute pas du jour au lendemain. Bref. Les prévisions sont dans le rouge... mais on ne sait pas de combien.

Mais si les conséquences sont difficiles à chiffrer, certains se risquent à analyser les moyens qu’on pourrait déployer pour y faire face maintenant, et un peu après.

Covid-19 : sauver des vies, franchement, ça vaut le « coût » ou pas ?

Par Tomas Pueyo, le 2 avril 2020, sur Medium. À suivre sur @tomaspueyo

Si vous ne connaissez pas Tomas Pueyo : C’est LE Français à suivre en ce moment. Il propose une lecture charpentée de chiffres de la crise du  COVID-19. Ses deux premiers papiers publiés sur le site Medium ont fait grand bruit. Coronavirus: Why You Must Act Now et The Hammer and the Dance ont rassemblé plus de 50 millions de vues et ont été traduits dans plus de 30 langues chacun. Tomas Pueyo a publié ce jeudi 2 avril le troisième opus de sa série. Toujours aussi documenté. Toujours aussi éclairant.

Tomas Pueyo nous parle de quoi ? De l’intérêt économique et politique de sauver des vies, et comment la coopération entre États est le meilleur moyen d’y parvenir. Chiffres à l’appui.

Le constat de Tomas Pueyo : Les États-Unis ont pris la tête du nombre des cas de coronavirus enregistrés dans le monde à la suite de deux erreurs. Ses dirigeants ont pensé que des mesures agressives de distanciation sociale auraient un coût économique trop grave. Or, il est probable que le coût de leur inaction soit bien pire. Ensuite, le gouvernement central n’a pas favorisé la coopération entre les différents États qui a toujours fait leur force.

Trois idées fortes à retenir :

  1. N'en déplaise à Donald Trump, les Républicains ont (encore) plus à perdre que les démocrates dans la crise du coronavirus. Tomas Pueyo démontre, chiffres à l’appui, que le tribut des États républicains, très ruraux, pourrait s’avérer beaucoup plus lourd que celui des États gérés par les démocrates. Pourquoi ? Il suffit de comparer la pyramide des âges des différents États républicains à celle des victimes du coronavirus. On comprend direct qu'ils sont susceptibles de compter des victimes en plus grand nombre. « Cet effet est suffisamment fort pour que les personnes qui ont voté pour Trump lors des élections de 2016 soient environ 30% plus susceptibles de mourir du coronavirus que les démocrates », explique Tomas Pueyo.
  2. Choisir le confinement c’est bon pour le business... S'il est difficile d’évaluer les pertes des mesures de confinement, il est possible d'observer les conséquences qu'ont eu les décisions prises lors d’une autre pandémie : la grippe espagnole de 1918. Une étude scientifique vient d'être publiée, et Tomas Pueyo nous plonge dedans à grand renfort de tableaux. Les chiffres sont formels. Au départ, les mesures de confinement provoquent de lourdes pertes en matière d'économie pour tout le monde. En revanche, les villes qui les ont appliqué le plus fortement sont celles qui se sont relevées le plus vite, et le mieux sur le long terme.
  3. La collaboration plus rentable que la compétition ! Depuis le début de la crise, chaque État a géré de son côté et à sa manière. Or, force est de constater qu'une réponse fédérale coordonnée aurait pu éliminer un certain nombre d'écueils ne serait-ce que sur la question des achats de matériaux. Mais sans coopération organisée, c’est la loi du plus offrant qui s’impose. Et ce n'est pas la meilleure façon de sauver des vies.

 

Non, la crise de Coronavirus n’est pas favorable au climat !

Par François Gemenne, le 28/03/2020, Le Soir - à suivre sur @Gemenne

Qui est François Gemenne ? Il est spécialiste des questions de géopolitique de l’environnement qu’il a enseigné à Sciences Po Paris et Grenoble et actuellement à l’Université de Liège. Il est l'un des auteurs principaux pour le Giec.

Il nous parle de quoi ? De savoir si, oui ou non, la crise du Covid-19 sera favorable au climat.

Son constat : La crise du Covid-19 aura quelques effets positifs à court terme pour l’environnement. Mais sur le long terme, ces effets seront insignifiants.

Trois idées fortes à retenir :

  1. Les émissions de gaz à effet de serre ont toujours tendance à rebondir, après une crise. Les gouvernements devront injecter des milliards d’euros, de dollars et de yuans pour relancer l’économie. Beaucoup risquent, au nom de la relance économique, de remettre en cause les quelques mesures engagées pour lutter contre le changement climatique.
  2. Enfin, si l’on continue à dire aux gens que la crise actuelle est « bonne pour l’environnement », ou qu’il faudrait « appliquer au climat les mêmes mesures que pour le corona », on finira par installer l’idée que la lutte contre le réchauffement climatique implique la mise à l’arrêt de l’économie, la limitation des échanges et l’enfermement chez soi... Ce qui n’est pas la seule voie possible, et peut-être ni la plus souhaitable, ni la plus efficace.
  3. Si la crise du coronavirus et le changement climatique possèdent des traits communs – leur caractère mondial, la nécessité de réponses urgentes, les alertes scientifiques... – ce sont deux problèmes fondamentalement différents, qui appellent des réponses différentes. Non, il n’existera pas de vaccin contre le réchauffement climatique ! Et contre cette crise-là, il faudra des mesures structurelles qui engagent une véritable et profonde transformation de la société et de l’économie.

 

Il va falloir changer !

Par Bruno Latour, le 30/03/20 dans AOC, à suivre sur @BrunoLatourAIME

Qui est Bruno Latour ? C'est l’un des plus savoureux sociologue, anthropologue et philosophe français (on vous recommande la lecture de son ouvrage : Où atterrir ?). Il est depuis septembre 2006 professeur de Sciences-Po Paris où il a participé à la création du Médialab.

Bruno Latour nous parle de quoi ? De notre première impulsion qui est de désirer qu'après le Covid-19, « tout redevienne comme avant » ? Bruno Latour répond : surtout pas !

Son constat : Il commence par s'étonner de la première leçon du coronavirus qu'il trouve stupéfiante : oui, il est possible, en quelques semaines, de suspendre partout dans le monde et au même moment, un système économique dont on nous disait jusqu’ici qu’il était impossible à ralentir ou à rediriger.

Bruno Latour ne cherche pas ici à se faire mousser "d'idées fortes". En scientifique, professeur et philosophe averti... il nous pose des questions. Il nous en propose six. À penser – seul et ensemble. De quoi donner à nos confinements un très bel élan.

Question 1 : Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles ne reprennent pas ?

Question 2 : Décrivez a) pourquoi cette activité vous apparaît nuisible/ superflue/ dangereuse/ incohérente ; b) en quoi sa disparition/ mise en veilleuse/ substitution rendrait d’autres activités que vous favorisez plus facile/ plus cohérente ? (Faire un paragraphe distinct pour chacune des réponses listées à la question 1.)

Question 3 : Quelles mesures préconisez-vous pour que les ouvriers/ employés/ agents/ entrepreneurs qui ne pourront plus continuer dans les activités que vous supprimez se voient faciliter la transition vers d’autres activités ?

Question 4 : Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles se développent/ reprennent ou celles qui devraient être inventées en remplacement ?

Question 5 : Décrivez a) pourquoi cette activité vous apparaît positive ; b) comment elle rend plus faciles/ harmonieuses/ cohérentes d’autres activités que vous favorisez ; et c) permettent de lutter contre celles que vous jugez défavorables ? (Faire un paragraphe distinct pour chacune des réponses listées à la question 4.)

Question 6 : Quelles mesures préconisez-vous pour aider les ouvriers/ employés/ agents/ entrepreneurs à acquérir les capacités/ moyens/ revenus/ instruments permettant la reprise/ le développement/ la création de cette activité ?

 

Béatrice Sutter - Le 2 avr. 2020
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