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Une télé dans un pré
© George Bakos via Unsplash

Big corpo : encadrer la pub dans un impératif écologique

Le 17 juin 2020

Véritable plongée dans l’univers de la com’ des grandes entreprises, le rapport Big Corpo milite pour un encadrement de la publicité, dans un souci d’impératif écologique… et démocratique.

Il aura fallu deux ans et 21 associations pour que le rapport Big Corpo. Encadrer la pub et l’influence des multinationales : un impératif écologique et démocratique voie le jour. Son objectif : comprendre les enjeux de l’influence des multinationales, mettre en lumière les liens entre la publicité et les crises, et remettre les actions de communication au service des gens et de la planète.

La pub, accélératrice de la crise climatique ?

Critiquer les rouages de la publicité n’a rien de bien neuf. Manipulation, incitation à la surconsommation, mensonge… on connaît la rengaine. Mais à ces griefs s’en ajoute un nouveau : celui de contribuer à la crise climatique. Les autocollants « STOP PUB » sur les boîtes aux lettres n’ont pas eu raison de l’avalanche de papier : les imprimés publicitaires non-adressés continuent de croître avec un marché annuel de près de 3 milliards d’euros. Et ce n’est pas tout. « La publicité est désormais montrée du doigt lorsqu’elle utilise des supports énergivores tels les écrans numériques, et pousse à l’achat de biens particulièrement polluants comme les voitures dites SUV », souligne le rapport. Pour les équipes, il devient donc urgent de réguler les activités publicitaires – dont les dépenses annuelles dépassent les 45 milliards d’euros en France – pour s’attaquer au dérèglement climatique, contenir le niveau d’extraction des ressources naturelles et réduire notre production de déchets.

Plusieurs secteurs dans le viseur

Parmi les industries directement visées par le rapport, on retrouve le secteur automobile et celui de la grande distribution qui se disputent, chaque année, la place de premier investisseur publicitaire en France. Quand on sait que les véhicules SUV ont été la deuxième source de croissance des émissions de CO2 mondiales au cours des dix dernières années, on se dit que ça n’a rien d’anodin.

Vient ensuite le secteur aérien. Les dépenses publicitaires en ligne des agences de voyage ont été multipliées par trois entre 2012 et 2018, passant de 2,6 à 7,31 milliards de dollars. En attendant que le flygskam fasse son taff, difficile de résister à l’appel du voyage.

Enfin, le fast-food est pointé du doigt pour ses forts investissements publicitaires. En 2018, McDonald’s, Burger King et KFC ont dépensé conjointement plus de 350 millions d’euros en publicité en France. Au niveau international, McDonald’s dépense 2 milliards d’euros annuels en communication. Quand on sait que l’enseigne génère 115 tonnes d’emballages plastique jetables par jour en France et 2,8 tonnes par minute au niveau mondial, c’est plutôt problématique. Et ce n’est pas le simple fait d’arrêter les pailles en plastique qui compensera tout ça.

Remettre les activités de communication au service des peuples et de la planète

Tout n’est pas perdu, et le rapport ne préconise pas de jeter toute forme de publicité. Il recommande toutefois de bannir les méthodes publicitaires et d’influences qui se révèlent nocives. Les équipes demandent aussi une vraie régulation des contenus en fonction de leur impact écologique et sociétal. Enfin, elles insistent sur le besoin de réduire le volume des discours d’entreprises par des réformes économiques. L’objectif : remettre l’information au centre de la communication, lutter contre l’incitation au gaspillage et contre le greenwashing.

Pour y parvenir, le rapport en appelle à l’engagement des politiques sur le terrain économique. Une approche fiscale visant à élever le coût de l’achat d’espace est envisageable, en parallèle de mesures de soutien à l’industrie de la presse.

Autre proposition, et non des moindres, le rapport envisage l’adoption de « lois Evin » pour le climat et contre la malbouffe. Dans la mesure où le Conseil constitutionnel a confirmé le caractère institutionnel de la protection de l’environnement, de nombreuses associations réclament l’interdiction totale ou partielle de la publicité et du marketing pour les produits jugés polluants. Sont visés directement les SUV et d’autres véhicules motorisés, les voyages en avion à très haute intensité carbone, les offres de fast-food qui utilisent des conditionnements jetables, les produits nocifs pour la santé, les bouteilles d’eau en plastique jetable, le textile d’habillement (et plus précisément la fast fashion) et les smartphones.


Pour en savoir plus sur les mesures proposées, le rapport complet est disponible ici, et une synthèse ici.

Mélanie Roosen - Le 17 juin 2020
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