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Augustus Gloop, dans Charlie et la Chocolaterie, en train de manger de la crème

Les enfants, cible préférée des marques de malbouffe pendant la Coupe du Monde

Le 27 juin 2018

La Coupe du Monde rassemble derrière l’écran petits et grands. Problème : les premiers sont particulièrement sensibles aux pubs diffusées pendant la période. Et si vous pensiez que c’était un bon moyen de les sensibiliser au sport, c’est perdu : la malbouffe l’emporte.

Publicités, placements de produits, enrôlement de YouTubeurs, sponsoring… les entreprises de l’agro-alimentaire ne reculent devant rien pour se faire une place de choix pendant la Coupe du Monde. Problème : ce sont les enfants qui en font principalement les frais. Parmi les coupables pointés du doigt par l’ONG foodwatch, on retrouve les « officiels » (Coca-Cola et McDonald’s, sponsors de la FIFA ; KFC, Coca-Cola encore et Pasquier, partenaires ou fournisseurs de la Fédération Française de Football) mais aussi les marques qui profitent de l’événement pour marquer des points auprès des plus jeunes. Ainsi, KFC offre un ballon pour l’achat d’un menu enfant, Nutella met en scène Olivier Giroud aux côtés d’un enfant dans sa publicité du moment et Pitch promet un maillot de foot personnalisé (en taille 8, 10 ou 12 ans) pour l’achat de 6 paquets.

Le doute n’est pas permis : ces actions de communication s’adressent aux enfants. « Nous avons lancé plusieurs pétitions dénonçant les pratiques marketing qui visent les enfants lorsqu’il s’agit de leur faire consommer des produits gras, salés ou sucrés », explique Mégane Ghorbani, Responsable de campagnes chez foodwatch.

Ça peut changer… mais attention aux nouveaux canaux de diffusion

Le contexte est favorable à une évolution de la situation :  la loi agriculture et alimentation, qui a déjà été votée à l’Assemblée, est actuellement en discussion au Sénat. « Des sénateurs et sénatrices proposent des amendements qui reprennent celui que nous avons proposé », poursuit Mégane Ghorbani. L’objectif : interdire ce type de pratiques, idéalement tout au long de l’année, et pas uniquement pendant les programmes jeunesse.

« Nous ne voulons pas d’une approche uniquement basée sur l’interdiction de communications pendant les programmes qui s’adressent aux enfants ». Elle rappelle l’existence de la loi Gattolin, qui interdit déjà de faire la promotion de produits gras, salés ou sucrés 15 minutes avant, pendant, et 15 minutes après les programmes destinés aux enfants de moins de 12 ans sur les chaînes publiques. « Ce n’est pas suffisant : nous considérons que de telles mesures doivent s’appliquer aux enfants jusqu'à 16 ans.

Par ailleurs, cette loi ne prend pas en compte l’évolution des usages : énormément d’enfants et d’adolescents utilisent YouTube ! »

En France, Coca-Cola se rapproche des YouTubeurs pour les faire apparaître sur sa « Coke TV » ou dans la « Creative House » de Fanta, Carambar fait appel à une YouTubeuse de 13 ans pour faire passer ses messages (et progresser ses marges, comme le confie Pascale Infante, directrice marketing de Carambar : « On a vu nos marges progresser de 11% par rapport à l’année dernière »), McDonald’s envoie ses produits aux très jeunes Neo & Swan…

En France, 1 enfant sur 6 obèse ou en surpoids

« Les enfants sont une cible vulnérable. Si on veut prévenir l’obésité et le surpoids, il faut qu’on contrecarre ce type de pratiques ». En France, 1 enfant sur 6 est en surpoids et a des chances de le rester à l’âge adulte. « Tous les sponsors ont leur part de responsabilité dans le développement de maladies chroniques puisqu’ils utilisent sciemment des périodes et des canaux où les enfants sont particulièrement captifs ».

Le problème, c’est qu’aujourd’hui le gouvernement estime que les industriels doivent pouvoir s’auto-réguler. « Ce n'est pas le cas : les chartes ne fonctionnent pas, on le voit bien. C’est pour cela que nos pétitions s’adressent aux politiques ». L’autre frein, c’est celui de la redevance : « certains pensent que le ministère de la culture s’opposerait à un tel encadrement à cause de l’argent généré par la publicité. C’est oublier le coût social que représente la surcharge pondérale ». La Direction Générale du Trésor a estimé ce coût à 20 milliards de dollars en 2012 – un nombre qui n’a pas été actualisé depuis. « Lorsque l’on considère la problématique dans son ensemble, on voit bien que l’Etat gagne de l’argent grâce à la publicité, mais qu'il en dépense aussi énormément pour guérir et prévenir ces maladies », conclut Mégane Ghorbani.

 

La pétition pour qu’une loi protège les enfants de la malbouffe est en ligne depuis le 26 juin 2018. En une journée, elle a rassemblé plus de 3 500 signatures.

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