habillage
premium1Advertisement
premium1Advertisement
Une femme cachée derrière un livre
© Leah Kelley via GettyImages

Trois textes à lire pour comprendre la période que nous vivons

Le 20 nov. 2020

Déjà trois semaines que nous sommes de nouveau confinés. Entre lassitude du temps qui passe (ou pas) et montée du complotisme, voici trois articles repérés dans la presse pour nous faire réfléchir à la situation actuelle.

Pour faire passer le temps

Le texte : « Comment le confinement nous fait perdre la notion du temps » de Jean-Michel Normand dans M, le magazine du Monde.

L’idée principale

Y’a plus de saisons ! Et en période de pandémie, y’a plus de temps non plus. M, le magazine du Monde, se penche sur notre rapport au temps malmené par les confinements successifs. Le télétravail brouille les repères de notre vie régie par la dualité travail-vie personnelle. L’incertitude pesante nous empêche d’imaginer l’avenir. Les journées qui passent et se ressemblent nous donnent l’impression que le monde d’avant, c’était il y a des années. Bref, nous ne sommes pas seulement confinés physiquement mais temporellement aussi.

À la rencontre d’une cadre qui a l’impression de « vivre dans le cloud » à force de réunions sur Zoom, d’une collaboratrice qui ne fait plus la différence entre dimanche et lundi et d’une retraitée bloquée dans un quotidien sans rythme, l’enquête de Jean-Michel Normand nous plonge dans les affres de ce temps flou et élastique. Heureusement, pour les plus optimistes, ce chamboulement chronologique serait l’occasion de réinventer notre rapport au temps.

La citation forte

Désormais, ce n’est plus : c’est lundi, donc je vais au bureau. C’est : je vais au bureau, donc c’est lundi. La nuance peut paraître ténue mais elle est déstabilisante, laissant entendre que ce ne sont plus les emplois du temps qui rythment nos existences, comme c’était le cas depuis l’époque monastique, mais l’activité elle-même. Ce passage d’un temps rituellement organisé à un temps sans limites claires est permis et accentué par les outils informatiques.

Pour comprendre la vague de complotisme

Le texte : « Rien à foutre qu’on me traite de complotiste, je sais ce que je vaux », de Mathieu Deslandes dans La Revue des médias.

L’idée principale

Qui sont ces gens convaincus par le blockbuster conspirationniste Hold-up ? Le papier de Mathieu Deslandes donne la parole à deux d’entre eux. Loin des clichés d’une population crédule et mal informée, on découvre deux lecteurs avides de la presse. Du Canard Enchaîné à Cnews, Serge et Delphine consomment toutes les infos avec toujours la même obsession : être pro-actif, se faire sa propre opinion, « ne négliger aucune source ». Leur quête quasi-compulsive révèle surtout une gigantesque défiance envers les médias, surtout quand ces derniers font du fact checking. Pour ces deux convaincus, les articles pointant les erreurs factuelles de Hold-up sont le signe que le documentaire dérange l’ordre établi et valide d’autant plus leur propos. Le fact checking a ses limites et là, on les voit clairement.

La citation forte

Au cours des jours qui ont suivi la mise en ligne de Hold-up, ils ont vu défiler sur Facebook les posts de médias faisant la promotion de leurs articles de fact-checking. Signal indubitable à leurs yeux que le film touche juste. Cette « levée de boucliers » est la preuve que les journalistes sont « au garde à vous devant leurs actionnaires », estime Serge. Delphine souligne que « la formulation des titres trahit les intentions des détracteurs ». Elle soupire : « Vous savez qui finance la presse… »

Pour voir ce qu’il va se passer dans les dix prochaines années

Le texte : « The Next Decade Could Be Even Worse », de Graeme Wood dans The Atlantic (en anglais).

L’idée principale

Tout le monde est d’accord, 2020 est une sale année. Sauf peut-être pour Peter Turchin. Ce scientifique russo-américain singulier dont The Atlantic dresse le portrait. Pourquoi ? Car, il y a déjà dix ans, Peter Turchin avait prédit cet « âge de la discorde ». Comment ? Grâce à la cliodynamique, un champ scientifique dont il est à l’origine et qui vise à étudier l’histoire grâce à des modèle mathématiques. Et 2020 est la preuve que son modèle mathématique est dans le vrai. Qualifié par le journaliste de « prophète fou » - ce dont le principal intéressé se défend - Peter Turchin est désormais comparé à Jared Diamond ou Yuval Noah Harari.

Son modèle mathématique mettrait en évidence des cycles historiques. Grâce à trois facteurs il serait capable de prédire le déclin d’une société : un niveau de vie général qui baisse, un gouvernement qui n’a plus les moyens financiers de pacifier la population mécontente et une surproduction d’élites. Il insiste particulièrement sur le dernier point qui lui permet notamment d’expliquer l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

La mauvaise nouvelle, c’est que le modèle de Peter nous dit qu’on va continuer à aller droit dans le mur. Mais à défaut de savoir comment éviter la catastrophe, les travaux de Peter Turchin ont le mérite de nous faire réfléchir sur une autre approche de l’Histoire. En somme, regarder hier avec les outils d’aujourd’hui pour mieux comprendre demain.

La citation forte

Aux États-Unis, la mobilité économique et l’éducation engendrent une surproduction de l’élite. De plus en plus de gens sont éduqués et de plus en plus de gens peuvent devenir riches. A priori, ça n’est pas une mauvaise chose. Ne voulons-nous pas que tout le monde soit riche et éduqué ? Le problème commence quand l’argent et les diplômes d’Harvard deviennent comme des titres royaux. Si beaucoup de gens en possèdent mais que seuls certains détiennent réellement le pouvoir, ceux qui en sont dépourvus finissent par se retourner contre eux.

Alice Huot - Le 20 nov. 2020
À lire aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.