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Les Décodeurs, dans l’œil du cyclone des fake news

Le 2 juin 2017

Les Décodeurs, la rubrique du Monde.fr spécialisée dans le fact-checking, est un puissant rempart contre les fake news. Mais comment différencier l'information orientée de la fausse information ? Petite mise au point avec Adrien Sénécat, journaliste aux Décodeurs.

Lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine, Emmanuel Macron a qualifié les médias Russia Today et Sputnik d’« organes d’influence ». Font-ils partie du spectre des fake news ?

Adrien Sénécat : C’est compliqué, car le terme de fake news est un mot-valise et qu’il faut faire attention à ce qu’on y met. Pour ma part, je ne les qualifierais pas comme étant des médias de fake news. En revanche, Russia Today et Sputnik [deux médias financés par l’Etat russe, NDLR] se distinguent des médias financés par l’Etat français, en ce que leur ligne éditoriale assumée est d’être le porte-voix de la Russie. Là où France Télévisions, par exemple, ne se revendique pas être la voix de la France à l’étranger. Russia Today et Sputnik relèvent plus de la tentative d’influence que des fake news. Les exemples de fake news relayées par ces deux médias sont finalement assez peu courants. On a beaucoup plus affaire à une information orientée.

D’un autre côté, la finalité d’une fake news n’est-elle pas d'influencer l'opinion ?

A.S. : Personnellement, je distingue la fausse nouvelle, qui est une histoire fabriquée de toute pièce, de l’histoire qui est présentée sous un jour un peu biaisé. Mais effectivement, dans les fake news, il y a une volonté d’influencer l’opinion. Le fait de vouloir influencer l’opinion n’est pas, en soi, illégitime. La question est plus de savoir si c'est fait de manière « honnête », ou pas.

C’est la différence, ténue, entre l’information orientée et le mensonge…

A.S. : Tout à fait. On l’a vu typiquement dans le débat qui a opposé Marine Le Pen à Emmanuel Macron. On a deux personnalités politiques qui défendent des idées, des projets et donc qui cherchent à influencer l’opinion. On a toutefois observé un gros déséquilibre dans le rapport aux faits entretenu par ces deux candidats. Marine Le Pen multipliait les fausses informations – on en a dénombré une vingtaine -, quand Emmanuel Macron, lui, délivrait des informations un peu approximatives, tournées à son avantage. Ce n’est pas le même rapport à la vérité.

Le blog des Décodeurs est né en 2009. C’est une époque où l’on parlait beaucoup moins des fake news. Qu’est-ce qui a motivé, à l’origine, le lancement de cet outil de fact-checking ?

A.S. : La télévision et la radio ont beaucoup pris le pas sur l'écrit. On est dans un jeu médiatique où tout s’affole. Il y avait de plus en plus un besoin de se poser, de montrer ce qui, dans le discours politique, pouvait apparaître comme faux. On a vu émerger par la suite la diffusion de théories conspirationnistes et de rumeurs. Cela a toujours existé mais, auparavant, cette diffusion se faisait via des cassettes ou des journaux confidentiels. Aujourd'hui, il est devenu très facile de créer, d'héberger et de partager une information. Le moindre blog d’extrême droite peut ponctuellement, sur des articles précis, atteindre des dizaines de milliers de lecteurs.

L’une de vos missions est de donner des clés aux lecteurs. Dans cet esprit, vous avez mis en place le Décodex. Comment expliquez-vous les critiques et la défiance qui ont suivi la mise en place de cet outil ?

A.S. : Cela ne nous a pas trop étonné de voir des sites ulcérés parce qu'on les a classé comme étant des relais de fausses informations. Après, il est vrai que notre outil suscite des interrogations. Les gens sont heureux de voir des médias lutter contre les fausses informations mais à qui laisser les clés pour le faire ? Il y a une forme de peur, parfois légitime, qui consiste à dire : ça n'est pas au Monde de tracer la ligne de la vérité. Evidemment ! Nous, on considère que l’on donne des outils. Libre à chacun, ensuite, de critiquer, de remettre les choses en perspective voire de les contester. Et on invite même les gens à le faire. Il ne faut pas que l'on soit les seuls à proposer ce type d'outil. Je crois que les peurs s’estomperont le jour où les sites de fact-checking se multiplieront.

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