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Pour être bon, un dirigeant doit avoir 4 dimensions

Le 23 nov. 2018

« Notre monde post-moderne semble avoir perdu la boussole et le compas », se désole l’ancien chef d’état-major des armées Pierre de Villiers. Et si la solution c’était d’y réinjecter un peu d’autorité ? Pour ce faire, il donne ce qui - selon lui - fait l’étoffe d’un bon chef.

Qu’est-ce qu’un chef ?

C’est à cette question presque philosophique qu’essaye de répondre Pierre de Villiers dans son ouvrage du même titre.

Lui, c'est l’ancien chef d’état-major des armées qui a récemment présenté sa démission au président Macron.

Alors qu’on a plutôt tendance à présenter les entreprises modernes comme étant libérées, on peut se demander ce qu’un militaire peut avoir comme conseils à donner aux personnes qui les dirigent.

 

Avons-nous besoin d’un retour à l’autorité ?

L’argument central du livre de Pierre de Villiers, c’est que nous sommes en pleine crise sociétale. Un phénomène qu’il constate dans sa carrière militaire, mais aussi dans sa carrière de consultant – car depuis qu’il a posé sa démission, le général écrit des livres, donne des conférences et a même créé une société de conseil. Ses priorités ? « La jeunesse et l’entreprise. »

Pour lui, le succès doit s’accompagner d’un regain d’autorité. D’emblée, il nous met en garde : non, l’autorité n’est pas spécifiquement militaire. Pour lui, elle est même « le lien fondamental de toute société humaine. » Avec l’autorité vient la hiérarchie, mais aussi le respect.

Un discours que l’on a peu l’habitude d’entendre, mais qui mérite tout de même d’être entendu. Parce que bien définie, l’autorité peut mener à un concept intéressant : celui de « l’obéissance d’amitié », en opposition à une obéissance forcée.

L’Autorité avec un grand A n’est pas à confondre avec l’autoritarisme

Il différencie dans un premier temps ce qui fait l’étoffe d’un grand chef… versus la toile grossière d’un petit chef.

Conscient que certains pièges guettent l’autorité (l’abus de pouvoir, l’excès, la démagogie, la coercition, l’argumentation, la dureté froide et la mollesse tiède), il rappelle que l'autorité doit fonctionner dans la confiance. Et que c’est même l’une des conditions nécessaires à son application.

Pour ne pas s’égarer, il s’agit de penser chaque action autoritaire au service du bien commun. « Entre abus de pouvoir et faiblesse, le chemin est étroit et exigeant, écrit-il. (…) C’est avant tout au sens du service qu’on reconnaît l’autorité. L’autorité écoute, décide, ordonne, entraîne, oriente, guide, sanctionne si besoin, encourage si nécessaire. »

On n’est donc pas dans un rapport de force unilatéral où le chef a toujours raison.

Au contraire, il doit être celui qui permet aux autres de s’élever si l’on revient aux origines latines de l’autorité. Autorictas appartient au même groupe qu’augere, qui veut dire augmenter. Ainsi, l’autorité ne doit pas faire peser « une chape de plomb sur les subordonnés », mais au contraire les élever, les améliorer, les augmenter, les renforcer. L’autorité ne doit pas être source de stress et de pression, mais de confiance et d’espérance. « C’est le langage des grands chefs. S’imposer en écrasant les autres est la marque des petits chefs. »

Si vous êtes concerné et que vous faites tout bien… Vos subordonnés vous obéiront « par amitié, pas par obligation », conclut Pierre de Villiers.

Un chef en quatre dimensions

Impossible d’y parvenir si l’on n’est pas équilibré, selon Pierre de Villiers. « Un bon dirigeant doit veiller à son équilibre : le surmenage n’épargne personne. » Sauf que quand ça touche un chef, les conséquences peuvent être terribles pour lui… et son entourage ou sa société. « Il faut rester lucide et conscient de ses propres limites. »

Il identifie la source d’un bonheur équilibré à travers quatre dimensions :

  • L’équilibre du corps. Tout dirigeant doit écouter son corps, le connaître et le respecter. Il estime que de nombreuses difficultés seraient évitées si tous les dirigeants prenaient le temps de faire du sport régulièrement et d’avoir une hygiène de vie adaptée à leurs responsabilités. Évidemment, plus le temps passe, plus ça demande d’efforts et de rigueur. Rien de très funky : exercice régulier, alimentation équilibrée et absence d’excès composent la recette de Pierre de Villiers pour remplir ce qu’il considère comme étant un devoir. « C’est une exigence pour tout responsable qui se doit d’être à 100% de ses moyens lors de chaque rendez-vous. Dès que l’on est fatigué, on est moins performant, moins lucide, plus irascible. Ce n’est pas un point secondaire et cela est maîtrisable. » Il regrette que cette dimension ne soit pas suffisamment prise en compte dans les écoles et systèmes de formation. Généralement, la question est purement et simplement oubliée - disons« laissée à l’initiative des étudiants ».
  • L’intelligence de l’Homme. En philosophie, l’intelligence c’est la faculté de s’adapter. À des gens, des situations, des règles, des problèmes… Ici, il est plutôt satisfait du système français qui incite les étudiants à assimiler une « masse de données » pour se préparer aux concours des grandes écoles. « Je ne suis pas inquiet sur leur capacité à se mouvoir et à évoluer dans des contextes différents. » Petite mise en garde cependant : trop d’intelligence nuit parfois à l’intelligence. À trop tergiverser, on en vient parfois à « tourner à vide » et à ne pas proposer de solutions convaincantes.
  • Le cœur de l’Homme. Voilà une dimension fondamentale et régulièrement mise de côté ! Vous ne travaillez – a priori – pas avec des robots, mais avec des humains. Pour les convaincre, les entraîner et les motiver, il faut donner du sens à leur action. Et s’il y a bien un domaine où l’intelligence ne suffit pas, c’est celui-là. Nous sommes des êtres irrationnels à certains points de vue. C’est pour cela qu’il faut « donner envie de se mettre en mouvement » en mettant de la « passion » dans l’entreprise. Vous trouvez ça dangereux ? « Maîtrisée, la puissance n’égare pas ». Il faut donc se contrôler, certes, mais mettre de l’affect et de la sensibilité dans les affaires est indispensable. Ne dit-on pas qu’il faut mettre du cœur à l’ouvrage ?
  • La spiritualité. Citant Malraux, « Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas ». Il regrette l’insuffisance de dimension transcendantale dans nos sociétés « inhibées par le matérialisme » mais se réjouit de la façon dont les entreprises le comprennent, petit à petit. Méthodes douces, méditation ou digital detox constituent selon lui la traduction de ce besoin inhérent à la condition humaine. « De plus en plus d’entreprises fournissent des lieux de calme, de silence, pour que les membres du personnel puissent se détendre et méditer en fonction de leur aspiration. Toute personne aspire à élever son esprit, à nourrir son âme et à puiser à la source pour donner du sens et voir loin. »

Moins d’experts, plus de décideurs

Piqué de critiques envers les politiques, rempli de références à d’illustres militaires et philosophes, l’ouvrage de Pierre de Villiers est surprenant. À des visions parfois datées (notamment en ce qui concerne la formation) se mêlent des conseils emprunts de modernité.

En conclusion de son ouvrage, il exprime un ras-le-bol général qui se fait sentir à mesure que les conférences se succèdent aux séminaires plus ou moins inspirants. « On aimerait un peu moins d’experts et un peu plus de décideurs, moins de compétences et plus d’appétence, moins d’intelligence et plus de sens. On aimerait plus de stratégie et moins de tactique. »

De l’initiative plutôt que des discours, des solutions plutôt que des idées vagues… « On a besoin de chefs qui pigent et qui galopent », exprime-t-il. « Une bonne décision, même imparfaite, suivie d’une ferme exécution est souvent meilleure que l’absence de décision. »

Ne pas vaincre mais convaincre. Ne pas être en représentation mais représenter. « Nous passerons ainsi de l’innovation au progrès, du nouveau au mieux. (…) Nous en avons besoin. »


Pierre de Villiers, Qu'est-ce qu'un chef ?, ed. Fayard

Commentaires
  • Formateur et Coach, je suis entièrement d'accord avec ces 4 dimensions. Cela me donne envie de les traduire telles que je les ai reçues, telles que je les ai senties :
    -Pour l'importance de l'esprit : Savoir s'écouter tout simplement (Se faire + confiance)
    - Pour l'importance du silence : Savoir se ressourcer
    - Pour l'importance du Coeur : Savoir accepter ses émotions et Savoir donner du sens
    - Pour l'importance de l'équilibre en tout : Savoir s'adapter !

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