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Jeff Bezos devant des plantes en train de donner un discours
© Seattle City Council - CC-BY-2.0

Les 14 règles pour être un leader selon Jeff Bezos

Le 9 sept. 2019

Jeff Bezos est largement critiqué pour son management tyrannique. En revanche, le succès de son entreprise fait de lui l’homme le plus riche de la planète. Dans Le Monde selon Amazon, Benoît Berthelot partage les commandements de Jeff Bezos pour être un leader.

Il aura fallu trois ans d’enquête au journaliste Benoît Berthelot pour écrire son livre. Dans Le Monde selon Amazon, paru aux éditions du Cherche Midi, il partage ses échanges avec des insiders, parfois de la première heure, du géant du e-commerce.

On n’est pas déçus – pas très surpris non plus. Entre surveillance généralisée et management dénué d’humanité, Jeff Bezos s’érige en gourou plutôt qu’en patron bienveillant. En guide de commandements, 14 principes bien huilés pour faire de chacune des 650 000 personnes qui travaillent pour lui des adeptes au carré.

Les 14 commandements de la religion Amazon

Dans un chapitre dédié, Benoît Berthelot raconte sa rencontre avec Julien – dont le prénom a été changé. Cet ambitieux diplômé d’une grande école idéalise, comme beaucoup d’autres, Amazon. Le succès de l’entreprise est effréné, et rien ne semble pouvoir le stopper. Après de nombreux entretiens, Julien est embauché comme commercial au siège européen de la boîte.

Il en découvre rapidement les rouages, et les 14 « lois » de management imposées aux équipes et affichées un peu partout dans l’entreprise. Ces commandements détaillent ce que doivent être les leaders d’aujourd’hui selon Jeff Bezos. Évidemment, chaque membre de l’entreprise est tenu de les suivre scrupuleusement.

Les voici :

L’obsession client

Les leaders placent l’intérêt client au premier plan et œuvrent en accord avec ce principe. Ils travaillent activement pour gagner la confiance du client et la conserver. Les leaders font certes attention à la concurrence, mais ils pensent avant tout au client.

S’investir personnellement

Les leaders s’investissement personnellement. Ils pensent sur le long terme et ne sacrifient pas cette vision des choses à court terme. Ils n’agissent pas seulement pour leur équipe mais pour l’entreprise tout entière. Ils ne disent jamais : « Ce n’est pas mon travail. »

Inventer et simplifier

Les leaders attendent et exigent des qualités d’innovation et d’invention de la part de leurs équipes et trouvent sans cesse des façons de simplifier. Ils sont au courant de ce qui se passe à l’extérieur de l’entreprise, recherchent partout de nouvelles idées. Pour innover, il faut accepter d’être incompris dans un premier temps.

Avoir souvent raison

Les leaders ont souvent raison. Ils ont des connaissances solides et font preuve de discernement pour appuyer leurs décisions. Ils cherchent les différents points de vue et remettent en cause leurs convictions.

Apprendre et être curieux

Les leaders ont toujours soif de connaissance et cherchent toujours à se dépasser. Ils veulent découvrir de nouvelles possibilités et les explorent de façon proactive.

Recruter et développer les meilleurs

Les leaders placent la barre haut pour chaque recrutement et chaque promotion en matière de performance. Ils reconnaissent les personnes aux talents exceptionnels et les aident à s’accomplir au sein de l’organisation. Les leaders forment des leaders et prennent leur rôle d’encadrement au sérieux.

Placer le niveau d’exigence toujours plus haut

Les leaders établissent sans relâche des standards élevés qui peuvent paraître irréalisables aux yeux de certains. Les leaders élèvent en permanence leur niveau d’exigence et motivent leurs équipes pour garantir des produits, services et solutions de haute qualité. Les leaders veillent à ce que les défauts soient éliminés à temps et que les problèmes soient réglés de façon définitive.

Voir grand

Voir petit est une prophétie autoréalisatrice. Les leaders conçoivent et communiquent un objectif général ambitieux qui inspire l’obtention de résultats. Ils pensent différemment et cherchent de solutions innovantes pour mieux servir les clients.

Privilégier l’action

En affaires, la rapidité est un facteur crucial. De nombreuses décisions et actions sont réversibles et ne nécessitent pas d’être étudiées en profondeur. Nous valorisons la prise de risques calculés.

Maîtriser et optimiser les coûts

Faire plus avec moins. Les obstacles forcent à l’ingéniosité, l’autonomie et l’invention. Nous ne gagnerons pas de points supplémentaires pour la taille des effectifs, le montant du budget ou celui des dépenses fixes.

Gagner la confiance

Les leaders sont à l’écoute, ils s’expriment franchement et traitent les autres avec respect. Ils sont autocritiques, même lorsque cela leur paraît embarrassant. Les leaders sont critiques vis-à-vis d’eux-mêmes et de leurs équipes. Ils se comparent et comparent leurs équipes aux meilleurs.

Analyser en profondeur

Les leaders agissent à tous les niveaux, se tiennent informés des moindres détails, réalisent fréquemment des contrôles et ont l’esprit critique lorsque les données et les affirmations diffèrent. Aucune tâche ne leur est inconnue.

Avoir du cran, s’opposer et s’engager

Les leaders ont le devoir de remettre en question les décisions lorsqu’ils ne sont pas d’accord, même si cela n’est pas toujours facile, et ce dans le respect de leur interlocuteur. Les leaders ont des convictions et font preuve de ténacité. Ils ne font pas de compromis dans le seul but de maintenir une cohésion sociale. Une fois la décision prise, ils s’engagent à la soutenir complètement.

Obtenir des résultats

Les leaders se concentrent sur les éléments clés de leurs activités et les atteignent en temps et en heure avec un souci de qualité. En dépit des contretemps, ils saisissent toute opportunité et n’abandonnent jamais.

« Si j’étais Jeff Bezos, je ferais la même chose »

Au programme, donc : du contrôle, du contrôle et encore du contrôle.

Ces sigles auront eu raison de Julien. Un PIP (pour « Performance Improvement Plan », un plan d’amélioration de performance destiné aux employés qui ne rentrent pas suffisamment dans le moule), un burn-out et un départ à l’amiable plus tard, il est ressorti « brisé » de son expérience, relate l’auteur.

Le psychanalyste américain Michael Maccoby jette un regard sévère sur ces principes. Il les juge « déshumanisés ». « Je n’y vois que des éléments matériels, de performance, rien sur la coopération, l’équipe par exemple », confiait-il à Vincent Berthelot en janvier 2019.

Et pourtant… certaines personnes y croient. C’est notamment le cas de Martin Angioni, l’ancien patron d’Amazon Italie. Pour lui, ces préceptes s’apparentent à ceux d’une religion qui serait commune à toutes les équipes. Il se défend d’être naïf, mais admet que ces méthodes ont le mérite d’être efficaces. « Si j’étais Jeff Bezos, je ferais probablement la même chose », confie-t-il.

Cynique à souhait. Business is – still – business, semble-t-il.

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