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Jacinda Ardern, parti travailliste néo-zélandais à l'Université d'Auckland Quad le 1er septembre 2017.
© By Ulysse Bellier - via flickr

Les remarquables leçons de leadership de Jacinda Ardern, la Première ministre néo-zélandaise

Le 24 avr. 2020

La crise du Covid-19 révèle que les leaders les plus efficaces conjuguent pragmatisme bienveillant et coopération efficace. À ce jeu là, Jacinda Ardern arrive encore en tête.

Dans le paysage politique international, on aurait tort de penser qu’il n’y a de place que pour les nervosités brutales des Trump, Poutine et autres Bolsonaro. La crise du coronavirus confirme que certains des dirigeants les plus efficaces sont à l'opposé de ces méthodes bruyantes.

Dans ce registre, la première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern est particulièrement remarquable.

Elle avait déjà été internationalement saluée pour sa gestion des attaques perpétrées contre les mosquées de Christchurch en mars 2019. Pour sortir son pays de l’épidémie du Covid-19, la quarantenaire effectue une nouvelle fois un travail efficace.

Les mesures de confinement ont été prises très tôt et de manière très stricte. Elles ont été soutenues par la mise en place d'une campagne massive de tests. En quatre semaines, la Nouvelle-Zélande aura presque éliminé le coronavirus de son territoire, et n’a eu à déplorer qu’une quinzaine de décès. La réouverture progressive de son économie devrait pouvoir être mise en place.

Alors, quelles leçons tirer du leadership de Jacinda Ardern ? On fait le point.

Un leadership à hauteur d’Homme

Et si être à la hauteur consistait surtout à se mettre à la hauteur de ses troupes ? C’est le choix de Jacinda Ardern qui ne se place jamais au-dessus du lot, et fait toujours corps avec ses concitoyens. Et elle le prouve.

Pour montrer sa solidarité avec ceux qui éprouvent des difficultés financières, elle et ses ministres ont annoncé qu’ils allaient baisser leur salaire de 20%. Quand Jacinda Ardern intervient à la télévision, elle n’hésite pas à se montrer dans le même état d’urgence que tout le monde. Alors que le pays allait entrer en confinement, elle s’est adressée aux gens depuis le canapé de son salon. Elle venait de mettre au lit sa fille de deux ans, et s'excusait de porter ce qui semblait bien être un survêtement. "Excusez ma tenue décontractée, cela peut devenir une affaire compliquée de mettre les tout-petits au lit." On est très loin des ors de la République et de l’hymne national. Ici, Jacinda Ardern n'empoigne pas les attributs supposés du pouvoir, elle vit ce que traverse la nation.

No bullshit, cap sur la confiance

Jacinda Ardern parle clairement et honnêtement. Elle ne claironne pas, ne sur-promet pas, ne se justifie pas. Elle explique, se repose sur les faits, rassure tout en étant stricte sur la tenue des objectifs. Autrement dit, elle ne s’enferre pas dans le bullshit. Ni elle, ni ses équipes à qui elle laisse la parole. « Il s'agit d'un grand projet complexe entrepris à un rythme soutenu, nous savons donc qu'il faudra du temps pour bien faire les choses », indique le ministère de l'Éducation de la Nouvelle-Zélande sur son site Web. On est loin de l'insistance répétée de dirigeants martelant qu’aucune erreur n'a été commise, et plaidant pour leur stratégie - ou leur manque de stratégie. Un stratagème qui, en plus d'être infantile, est infantilisant et d’autant plus dangereux à un moment où la confiance est vitale.

L'importance de la coordination et du travail d’équipe

Tandis que Trump monte ses États les uns contre les autres, ou que Bolsonaro se trouve seul contre tous, Jacinda Ardern montre un front uni avec son gouvernement. Toutes les instances de l'État sont concentrées sur la gestion de la crise dans la sérénité. Ce qui permet d'ajuster les décisions et de changer leurs rythmes. Si les mesures de confinement radicales ont été actées très tôt, celles du déconfinement sont annoncées avec prudence. Le plan est évolutif, et il a été conçu en tenant compte des contraintes des différents ministères. Il est d'ors et déjà annoncé qu'il nécessitera peut être des retours en arrière, mais l’objectif commun fixe le cap : « si nous bougeons trop tôt, nous reculerons ».

Une vision d'ensemble qui reste proche du particulier

Si Jacinda Ardern sait donner dans le plan d’ensemble, elle reste aussi attentive aux histoires particulières. Quand le premier ministre britannique Boris Johnson est sorti de soins intensifs, il a tenu à remercier ses soignants lors d’une allocution à la télévision. Soulignant que c'est grâce à eux qu'il a pu guérir du virus, il a donné chacun de leurs prénom à l'antenne. L’une de ses infirmières était néo-zélandaise. Jenny McGee a cru à une blague. Elle raconte « Son hospitalisation a suscité beaucoup d’intérêt médiatique et pour être honnête, c’était le patient le plus difficile du lot. Mais pour nous, il était un patient comme les autres. Nous avons juste essayé de faire de notre mieux… c’était comme d’habitude. »

Jacinda Ardern a trouvé Jenny McGee sur Facebook pour lui a écrire un petit mot. « C’est totalement surréaliste d’avoir un message de Jacinda. C’est l’une de mes héroïnes. Je pense qu’elle est incroyable, et elle vient de me dire à quel point elle était fière de moi et que le pays était fier aussi. C’était tellement réconfortant, c’est quelque chose que je n’oublierai jamais."

Et Jenny d'ajouter : « Je suis si fière d'être Néo-Zélandaise, nous sommes un merveilleux groupe de gens qui s’entend toujours dans l'adversité. Nous avons une attitude positive, cela vient tout naturellement de notre manière de voir le monde, de notre éducation. »

Est-ce à dire que les dirigeants ressemblent à leurs administrés ? Allez, laissons-nous jusqu'au déconfinement pour méditer sur ce point.

Béatrice Sutter - Le 24 avr. 2020
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