Jacinda Ardern, parti travailliste néo-zélandais à l'Université d'Auckland Quad le 1er septembre 2017.

Les remarquables leçons de leadership de Jacinda Ardern, la première ministre néo-zélandaise

© By Ulysse Bellier - via flickr

Les leaders les plus efficaces peuvent-ils activer d'autres leviers que ceux promus par la Silicon Valley ? À ce jeu-là, les méthodes de Jacinda Ardern sont intéressantes à décrypter.

Dans le paysage politique international, on aurait tort de penser qu’il n’y a de place que pour les nervosités brutales des Poutine et autres Bolsonaro. La crise du coronavirus a confirmé que certains des dirigeants les plus efficaces sont à l'opposé des méthodes les plus bruyantes.

Dans ce registre, la première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern s'est montrée particulièrement remarquable.

Elle avait déjà été internationalement saluée pour sa gestion des attaques perpétrées contre les mosquées de Christchurch en mars 2019. Pour sortir son pays de l’épidémie du Covid, la quarantenaire a effectué une nouvelle fois un travail efficace.

Les mesures de confinement ont été prises très tôt et de manière très stricte. Elles ont été soutenues par la mise en place d'une campagne massive de tests. Lors de la première vague, en quatre semaines, la Nouvelle-Zélande avait presque éliminé le coronavirus de son territoire, et n’a eu à déplorer qu’une quinzaine de décès.

Alors, quelles leçons tirer du leadership de Jacinda Ardern ? On fait le point.

Un leadership à hauteur d’Homme

Et si être à la hauteur consistait surtout à se mettre à la hauteur de ses troupes ? C’est le choix de Jacinda Ardern qui ne se place jamais au-dessus du lot, et fait toujours corps avec ses concitoyens. Et elle le prouve.

Pour montrer sa solidarité avec ceux qui éprouvent des difficultés financières, elle et ses ministres ont annoncé qu’ils allaient baisser leur salaire de 20%. Quand Jacinda Ardern intervient à la télévision, elle n’hésite pas à se montrer dans le même état d’urgence que tout le monde. Alors que le pays allait entrer en confinement, elle s’est adressée aux gens depuis le canapé de son salon. Elle venait de mettre au lit sa fille de deux ans, et s'excusait de porter ce qui semblait bien être un survêtement. « Excusez ma tenue décontractée, cela peut devenir une affaire compliquée de mettre les tout-petits au lit. » On est très loin des ors de la République et de l’hymne national. Ici, Jacinda Ardern n'empoigne pas les attributs supposés du pouvoir, elle vit ce que traverse la nation.

No bullshit, cap sur la confiance 

Jacinda Ardern parle clairement et honnêtement. Elle ne claironne pas, ne surpromet pas, ne se justifie pas. Elle explique, se repose sur les faits, rassure tout en étant stricte sur la tenue des objectifs. Autrement dit, elle ne s’enferre pas dans le bullshit. Ni elle, ni ses équipes à qui elle laisse la parole. « Il s'agit d'un grand projet complexe entrepris à un rythme soutenu, nous savons donc qu'il faudra du temps pour bien faire les choses », indique le ministère de l'Éducation de la Nouvelle-Zélande sur son site Web. On est loin de l'insistance répétée de dirigeants martelant qu’aucune erreur n'a été commise, et plaidant pour leur stratégie — ou leur manque de stratégie. Un stratagème qui, en plus d'être infantilisant et d’autant plus dangereux à un moment où la confiance est vitale.

L'importance de la coordination et du travail d’équipe

Tandis que des dirigeants comme Trump montait ses États les uns contre les autres, ou que Bolsonaro se trouvait seul contre tous, Jacinda Ardern montrait un front uni avec son gouvernement. Toutes les instances de l'État sont concentrées sur la gestion de la crise dans la sérénité. Ce qui permet d'ajuster les décisions et de changer leurs rythmes. Si les mesures de confinement radicales avaient été actées très tôt, celles du déconfinement étaient annoncées avec prudence. Le plan est évolutif, et tenant compte des contraintes des différents ministères. Il est d’ores et déjà annoncé qu'il nécessitera peut-être des retours en arrière, mais l’objectif commun fixe le cap : « si nous bougeons trop tôt, nous reculerons ».

Une vision d'ensemble qui reste proche du particulier

Si Jacinda Ardern donne dans le plan d’ensemble, elle reste aussi très attentive aux histoires particulières. Quand le premier ministre britannique Boris Johnson était sorti de soins intensifs en avril 2020, il avait tenu à remercier ses soignants lors d’une allocution à la télévision. Soulignant que c'était grâce à eux qu'il avait pu guérir du virus, il avait donné chacun de leurs prénoms à l'antenne. L’une de ses infirmières était néo-zélandaise. Jenny McGee a cru à une blague. Elle raconte : « Son hospitalisation a suscité beaucoup d’intérêt médiatique et pour être honnête, c’était le patient le plus difficile du lot. Mais pour nous, il était un patient comme les autres. Nous avons juste essayé de faire de notre mieux… c’était comme d’habitude. »

Jacinda Ardern a retrouvé Jenny McGee sur Facebook pour lui écrire un petit mot. « C’est totalement surréaliste d’avoir un message de Jacinda. C’est l’une de mes héroïnes. Je pense qu’elle est incroyable, et elle vient de me dire à quel point elle était fière de moi et que le pays était fier aussi. C’était tellement réconfortant, c’est quelque chose que je n’oublierai jamais. »

Et Jenny d'ajouter : « Je suis si fière d'être Néo-Zélandaise, nous sommes un merveilleux groupe de gens qui s’entend toujours dans l'adversité. Nous avons une attitude positive, cela vient tout naturellement de notre manière de voir le monde, de notre éducation. »

Est-ce à dire que les dirigeants ressemblent à leurs administrés ? Ou qu'ils sont des rôle modèles qui impactent les comportements de tous les citoyens ?

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