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Jeunes dans une coloc, mangent des pizzas.
© LukaTDB via Getty Images

La start-up nation a désormais un immeuble rien que pour elle. Et il est bourré de clichés

Le 27 juin 2019

Station F, l’incubateur géant de Xavier Niel, a inauguré jeudi 27 juin 2019 un immeuble pour accueillir une partie de ses entrepreneurs à Ivry. Au programme : algorithme pour matcher le bon coloc’, table avec décapsuleur intégré et service de trottinettes électriques pour arriver fissa au bureau.

Trois tours de onze à dix-sept étages conçues par l’architecte Jean-Michel Wilmotte, une centaine d’appartements, 600 chambres, du mobilier épuré... Bienvenue dans le nouveau cocon de la start-up nation. Deux ans après son lancement, Station F a inauguré jeudi 27 juin un complexe immobilier baptisé « Flatmates » pour héberger ses entrepreneurs à Ivry, à quelques kilomètres de leur lieu de travail.

L’incubateur parisien, financé par Xavier Niel, met déjà à la disposition de ses 1 013 jeunes pousses de nombreux services. Tout est fait pour « faciliter la vie des entrepreneurs », insiste Roxanne Varza, directrice des lieux. Ils peuvent trouver sur place des investisseurs, un fablab, une trentaine d'antennes de l’administration publique comme Bpi, l’Ursaff, pôle emploi... Mais aussi des services de restauration, de scooters électriques, de banques… Bref, il ne manquait plus que des lits pour y passer sa vie. C’est désormais chose faite.

Le mal-logement des startuppeurs

« 41 % des entrepreneurs de Station F nous ont indiqué qu’ils rencontraient des difficultés pour trouver un logement », explique Roxanne Varza. « C’est compliqué pour eux de correspondre aux attentes des propriétaires et agents immobiliers parisiens qui demandent souvent un contrat en CDI, parfois plusieurs mois de loyer, un garant… Encore plus pour nos entrepreneurs étrangers. »

Les tarifs des logements de « Flatmates » sont plutôt correct pour la région parisienne : 399 euros pour une chambre classique, 549 euros pour une chambre premium avec salle de bain privative, et 799 euros pour un appartement spécial couple. Car les startuppers de Station F ne rouleraient pas sur l’or, malgré les 317 millions d’euros levés par les entreprises de l’incubateur depuis deux ans. « 33 % d’entre eux ne se versent aucun salaire, 20 % vivent avec moins de 20 000 euros par an », rappelle Marwan Elfitesse, chargé des programmes start-up à Station F.

Matcher avec le coloc’ idéal

Malgré quelques différences de standing, tous les appartements de Flatmates sont plus ou moins similaires. Ambiance Airbnb impersonnel aux tons neutres. L’ensemble du mobilier a été conçu par le studio de design Cutwork, spécialiste du « co-living », ce nouveau mot pour désigner la vie en communauté. Les salons sont équipés de sofas modulaires pour passer du mode co-working au mode soirée en toute flexibilité. Bonus : les tables ont un décapsuleur intégré – la start-up nation innove, mais elle sait aussi s’amuser.

Pour trouver le bon coloc, les startuppeurs ne se contentent pas de méthodes classiques type visite et discussion autour d’une bière. La start-up Whoomies, le « Tinder de la colocation » dixit sa co-fondatrice Lauren Dannay, leur propose son algorithme de matching. Il suffit de remplir un profil en cochant parmi une centaine de hashtags style de vie, et l’appli se charge du reste. Si vous êtes plutôt #healthy, n’allez pas vous encanailler avec un #fêtard, attention aux mélanges ! 

Interdiction de ramener un coloc qui ne travaillerait pas à Station F, exception faite pour les quelques heureux locataires des logements pour couple. Et si vous cessez de travailler à l’incubateur, il faudra quitter les lieux.

Un service de trottinettes électriques 

Tout est fait pour que les entrepreneurs n’aient pas à sortir de leur petit monde. Une salle de gym, un espace lounge, un service de ménage sont déjà disponibles au sein de l’immeuble. Et un café-épicerie ouvrira bientôt ses portes au pied du bâtiment. Une sorte de Club Med, l’esprit start-up en plus.

Les échanges entre l’immeuble et l’incubateur doivent être le plus fluide possible. Le badge pour entrer dans les bureaux sert aussi à ouvrir les chambres. Un partenariat avec l’opérateur de trottinettes électrique Dot permettra aux locataires de trouver facilement une trotti pour se rendre en dix minutes au travail, promet Roxanne Varza. Et ainsi éviter de prendre le RER avec nous-autres, pauvres mortels.

Les campus all-inclusive, garants de l’entre-soi

Cette culture du campus all-inclusive n’est pas sans rappeler les universités américaines, qui elles-mêmes ont inspiré les entreprises de la Silicon Valley. Les sièges de Google et Facebook sont quasiment des villes à part entière avec leurs supermarchés, leurs salles de sport, leurs services de bus. Des équipements qui facilitent la vie des salariés, mais qui entretiennent l’entre-soi souvent reproché au monde de la tech.

En Californie, cette culture campus a creusé les inégalités du tissu urbain entre d’un côté les travailleurs riches des GAFA et de l’autre les habitants qui ne profitent pas de ces avantages, mais voient leurs services de transport engorgés et leurs loyers flamber.

Le concept de Station F reste moins fermé au monde extérieur puisque certains services, de restauration notamment, sont ouverts à tous. L’incubateur géant se targue aussi d’ériger la diversité comme l’une de ses valeurs phares, avec notamment 45 % de fondatrices femmes, contre 10 % pour l’ensemble de la French Tech, et un programme réservé aux entrepreneurs immigrés, ou provenant d’un quartier défavorisé.

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