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Emmanuel Macron

Station F : « Entrepreneur is the New France ! »

Le 30 juin 2017

Le chef de l’Etat était invité à prendre la parole pour le lancement de Station F. Son discours a trouvé, chez un public d’entrepreneurs conquis d’avance, une forte résonance.

Les chiffres font tourner la tête. 1 000 startups réparties sur 34 000 mètres carrés, dans l'ancienne Halle Freyssinet, magistralement repensée par l’architecte Jean-Michel Wilmotte. Le 29 juin, avait lieu le lancement de station F, le plus gros incubateur de startups au monde d'après son géniteur, l'entrepreneur-star Xaviel Niel. Une soirée marquée par la présence d'Emmanuel Macron, aussi à l'aise qu'un poisson dans l'eau au milieu des quelque 1 500 jeunes pousses* venues l'écouter.

Le puissant « Dump the clip » du groupe de rap américain Jedi Mind Tricks retentit dans la salle. Il annonce la prise de parole de Roxanne Varza. A seulement 32 ans, cette Américaine d’origine iranienne ayant grandi au cœur de la Silicon Valley, à Palo Alto, a été nommée par Xavier Niel directrice du vaisseau amiral Station F. Après un bref discours de présentation, elle passe la main au premier invité d'honneur : Anne Hidalgo.

La maire de Paris, soucieuse de mettre en avant l'aspect international du projet, entame son discours par quelques mots en Anglais, puis en Espagnol. « On invente l’avenir, ici, à Paris », prône-t-elle, avant de rappeler que tout ceci n’aurait pas été possible sans « la vision » d’un homme, celle de « Xavier Niel, qui fait partie de ces entrepreneurs de génie, qui a toujours cru en cette ville et voulu l’aider, afin de chercher les pépites de demain ». Xavier Niel qui fera une très courte apparition sur scène, sans prendre la parole. Juste le temps pour Anne Hidalgo de lui lever le poing, à la manière d’un boxeur victorieux sur son ring.

Appel à la responsabilité

Puis, vint celui qu’ici tout le monde attendait : Emmanuel Macron, parfaitement à l’aise dans le hall de cette ancienne gare ferroviaire, où il se sait en terrain conquis. « Je vais vous faire une confidence », entame, taquin, le chef de l’Etat, parfaitement conscient de l’effet qu’il s’apprête à produire. « Il y a trois ans, j’avais promis à ma femme que j’arrêterais la vie politique et que j’allais créer une entreprise », poursuit-il. Avant de filer la métaphore : « A l’époque, Station F n’existait pas. Rapidement, j’ai pivoté de business model ».

Hall Station F

Applaudissements dans la salle, qui comprend très vite l’analogie entre sa carrière politique et le fait de monter une startup. « Les choses se sont faites en marchant », ajoute-t-il en référence au nom de son mouvement. « Tout le monde me disait : "ça ne marchera jamais, il n’y a pas de business model…" Finalement, on l’a fait. » Puis, Emmanuel Macron, adepte des formules choc (on se rappelle de son fameux « Make our planet great again »), lâche : « Entrepreneur is the New France ! ». Tonnerre d'applaudissements, again.

L’occasion pour le chef de l’Etat de donner sa vision de l’entrepreneuriat : « Ce qui nous rassemble, c’est cette volonté de dire : beaucoup de gens ont voulu écrire ma vie. J’en ai décidé autrement ». Mais cette réalisation de soi, met en garde le président, ne doit pas se faire au détriment des autres : « Ne pensez pas que si demain vous réussissez votre startup, la chose est faite. Non. Car vous avez réussi dans une gare. Un lieu où l’on croise. » « Transformez le pays ! faites le changer ! », lance-t-il aux entrepreneurs venus l’écouter. Mais avec « responsabilité », s’empresse-t-il de tempérer.

« J'en ai des frissons »

La foule, majoritairement très jeune – Xavier Niel, qui approche les 50 ans, s’était amusé à dire : « Si vous avez plus de 40 ans, vous n'êtes pas légitime à être là » -, est conquise par ce président réputé proche des entreprises. « J’en ai des frissons », glisse Marie Thuillier, social media manager chez En’jo, le « Uber du dépannage », une startup ayant intégré Station F. « J’ai trouvé son discours ultra motivant, on est heureux de faire partie de cette aventure », explique celle qui n’a qu’une hâte : « changer le monde ! Et pouvoir discuter avec des personnes qui travaillent comme nous. »

Fatou Sall, elle, ne fait pas partie de Station F. Directrice associée de Mythe People, une agence de communication qui conseille les leaders d’opinion, elle est venue simplement par curiosité, pour « voir ». Elle a été séduite par la notion de « responsabilité » prônée par le chef de l’Etat : « Moi je viens de banlieue [de Cergy, NDLR]. Les jeunes peuvent s’assimiler à nous. Ils se disent : "Si Fatou a réussi, pourquoi pas moi ?" » Et pourquoi pas elle ? Fatou  se dit intéressée pour postuler et peut-être intégrer l’un des 26 programmes d’accompagnement proposés par Station F.

Certains élèves de l'école 42, une école financée par Xavier Niel pour former des développeurs informatiques, sans professeur et ouverte à tous, étaient également présents. Facilement reconnaissables – chaque évocation de leur école provoquant une manifestation plutôt sonore de leur part -, ils ont dû en vouloir pour venir. « On s’est battu pour avoir ces places, il n'y en avait pas pour tout le monde », confirme Zheng Denis, jeune étudiant à l’école 42, de niveau 6 (comme dans un jeu vidéo, il faut atteindre le niveau 21 pour finir son cursus scolaire). « L’architecture, pointe-t-il, reflète bien l’ambiance startup. C’est chill, on ne retrouve pas une ambiance trop carrée, trop sérieuse. Et puis, la gare, c’est passager. Tu peux venir quand tu veux, repartir quand tu veux. » Zheng, lui aussi, a été conquis par le discours d'Emmanuel Macron : « On est tous motivés comme jamais », lâche-t-il, sourire aux lèvres.

*Chiffres donnés par l'organisation.

Ivan Capecchi - Le 30 juin 2017
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