Un homme fait un selfie
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On les pensait en voie d'extinction, et pourtant... Ils reviennent en force, dans une version légèrement « déformée et un peu dingue » .

Selon une récente étude VSCO*, prendre des photos (de soi, de son chat, de ses plantes vertes) est l'un des modes d'expression (rapide, facile, déclinable à l'infini...) les plus prisés par les Z. Sauf que les modalités changent : les téléphones à clapet ont remplacé les Polaroids, et les selfies, dont l'invention est revendiquée par l'héritière Paris Hilton, se font désormais façon « 0.5 » .

Passion photo : iPhone 12, grand angle et lâcher prise

D'après VSCO, prendre des photos est l'un des moyens les plus répandus chez les Z pour s'exprimer de manière créative, devant le dessin (29 %), le maquillage (27 %) et l'édition d'images ou de vidéos sur les réseaux sociaux (26 %). Et les modes se renouvellent plus vite que le come-back opéré par Kate Bush sur Spotify...

Dorénavant, on ne se contente plus de prendre des photos « vintage » avec des vieux Canon de 2010 ou des Motorola de 2004 ; on utilise son iPhone 12 pro en activant l'option ultra grand angle. Interviewée par The New York Times, Julia Herzig, jeune Américaine de 22 ans, explique que ce selfie d'un nouveau genre est son « obsession » . Ici pas de duck ou sparrow faces, mais des yeux de personnages de dessins animés, des bouches invisibilisées, pour des visages « déformés et un peu dingues » , et une aura légèrement « menaçante » et susceptible de créer le malaise, selon les dires de l'étudiante. En anglais, on appelle ce type de selfie des « 0.5 selfies » (prononcer : « point five selfies » ), car les utilisateurs doivent sélectionner l’option 0.5 dans leur appareil photo pour activer le mode. Et selon The New York Times, Instagram et groupes de discussion privés crouleraient désormais sous les 0.5 selfies. L'objectif de ces derniers : chroniquer la vie de tous les jours dans une atmosphère comique, fantasque et grandiloquente. Avec un nouvel horizon : dire adieu aux séances de poses interminables et privilégier la spontanéité...

« L'idée, c'est un peu de décoincer Instagram... »

Pour Callie Booth, 19 ans, les 0.5 selfies sont donc les « antithèses » des selfies classiques. En effet, les utilisateurs ne peuvent pas voir à quoi ils ressemblent pendant la prise de la photo, ce qui génère un bon nombre de photos portraits dans les lesquelles les protagonistes sont hors champ ou dont on aperçoit seulement le front élargi et difforme, un peu comme quand vous essayez d’appeler vos grands-parents en vidéo sur WhatsApp. « Un selfie 0.5 non retouché est plus organique et ludique qu'un selfie classique. Poster ces selfies sur Instagram (...) est volontairement décalé, donnant l'impression que les photographes se prennent – eux et les réseaux – moins au sérieux » , souligne le média américain. À ce dernier, Hannah Kaplon, 22 ans, explique : « Il y a quelque chose dans ce selfie qui brise le quatrième mur, car tu reconnais que tu prends une photo dans le but de prendre une photo. L'idée, c'est un peu de décoincer Instagram... » .

De la duck face au 0.5 selfie : deux salles, deux ambiances

En février dernier, de nombreux médias américains annonçaient à l'instar de The Cut, un « vibe shift » , un changement d'ambiance. De quel changement s'agit-il ? L'enterrement du persona that girl et de toutes les injonctions productivistes et hygiénistes qu'il colporte. Pour commencer, les internautes ont réclamé sur TikTok un feral girl summer, un été de la fille sauvage. Voilà de quoi il s'agit pour le média américain Mel : « Elles réclament l'institution d'un pur chaos animal et l’injection dans nos actions d'une certaine dose de barbarie. Plus précisément, l'été 2022 consistera à crapahuter partout comme un petit rat. Il s'agira de déchirer des choses avec vos griffes et de ronger de la viande crue, des brindilles dans vos cheveux. Le principe sera de devenir absolument sauvage. En théorie, en tout cas ».

Fini donc les photos lissées et policées, faussement naturelles et minutieusement travaillées. Comme le prêche Solange dans son morceau « Mad » , on s'efforce de lâcher prise (So I let it go, let it go, let it go) et on privilégie des clichés pris sur le vif. Bienvenue dans un monde 0.5.

*Méthodologie : sondage conduit sur 1 000 répondants âgés de 14 à 25 ans, mené pour VSCO par JUV Consulting du 16 octobre au 9 novembre 2021.

commentaires

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  1. Samael dit :

    Ça va faire mal aux égocentriques 😊

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