Sur fond rose, un champignon, une boite d'haricots et une méduse bleue

Méduses, champignons, fèves : on mangera quoi demain pour ne pas dégommer la planète ?

Sandwich de méduse à base de pain aux fèves, le tout arrosé d'une bière sans alcool. Voilà le potentiel menu de nos repas du futur.

Comme l'explique le géopolitologue Pierre Raffard, auteur de Géopolitique de l’alimentation et de la gastronomie (Le Cavalier Bleu, 2021) : « Alimentation et cuisine ne sont pas des traits culturels gravés dans le marbre. Au contraire, il s’agit de systèmes complexes en redéfinition et en évolution permanente. » Par souci de santé ou sous pression démographique et écologique, le contenu de nos assiettes évolue. Alors comment mangera t-on demain ? Quelques pistes.

Vous reprendrez bien un peu de méduses ?

« Il y a trop de méduses dans la Méditerranée. Pourquoi ne pas les manger ? » C'est la question que pose The Atlantic, relayant l'ambition de certains chefs et chercheurs italiens. Leur ambition : préserver les poissons actuellement surconsommés. Mais aussi débarrasser la mer de ces animaux marins gélatineux qui pullulent désormais dans certaines eaux avec le réchauffement et la pollution. Dans cette perspective, un petit groupe de chercheurs du National Research Council’s Institute of Sciences of Food Production étudie les méduses depuis plus de 10 ans. Depuis quelques années, ils ont intégré des chefs cuisiniers à leurs recherches pour tenter d'intéresser le grand public aux invertébrés marins. « Mais persuader les Italiens de manger des méduses, c'est comme les inciter à essayer de l'ananas sur une pizza : pas une tâche simple », observe le média. À ce jour, la vente de méduses destinées à la consommation est interdite dans l'Union européenne car les régulateurs ne considèrent pas (encore) la créature marine comme un aliment sûr et commercialisable. Pour les chercheurs, ce statut devrait être rapidement revu puisqu'il découlerait simplement d'un manque d'intérêt occidental historique pour les méduses en tant que source de nourriture. En Chine, les méduses sont en effet dégustées depuis près de deux millénaires. Mais les choses changent peu à peu : une étude de 2020 dirigée par Luisa Torri, professeur de sciences et technologies alimentaires à l'université des Sciences Gastronomiques de Pollenzo, a montré que les jeunes ayant un niveau d'éducation élevé et beaucoup voyagé sont plus susceptibles d'accepter les méduses comme un aliment. Un premier pas vers la création d'un nouveau marché ? Un rapport récent a montré que 19 pays dans le monde récoltent jusqu'à 1 million de tonnes de méduses pour une industrie valorisée à environ 160 millions de dollars.

Moins de vin, plus de champignons, merci bien

Le petit verre de rouge quotidien pourrait bien disparaître de nos tables. C'est ce qu'indique le rapport annuel State of the Industry de Rob McMillan, investisseur dans le secteur viticole. Selon lui, la consommation de vin serait en baisse aux États-Unis depuis 2021. Les coupables : les Z et millennials que la boisson n'intéresse plus, en dépit d'efforts marketing déployés par les marques. Même chose de l'autre côté de l'Atlantique, où les Français se détournent de plus en plus de l'alcool. Selon l'Insee, la consommation moyenne par Français de boissons alcoolisées a été divisée par 2,5 entre 1960 et 2018, passant de 250 litres à 80 litres. Encore une fois, c'est le vin qui trinque : sa consommation a été divisée par 3,5 en 60 ans. En cause : les politiques de santé publique et les récents confinements en série ayant poussé les Français à faire le point sur leur consommation d'alcool. En témoigne l'engouement pour les bières sans alcool comme la 1664 0.0 % de Kronenbourg ou la Heineken 0,0 %. Dans son dernier rapport annuel, la brasserie néerlandaise parle de « croissance à deux chiffres » pour sa boisson. Si nos envies d'alcool reculent, notre appétit pour les champignons dits magiques se démocratise gentiment. Aux États-Unis, la consommation de champignons hallucinogènes est dorénavant légale et approuvée par la Food and Drug Administration en vertu de ses bénéfices thérapeutiques. C'est l'Oregon qui a ouvert le bal en 2020 suite à la publication d'études ayant démontré les bienfaits de la psilocybine (molécule présente dans ces champignons) pour traiter différentes addictions et troubles mentaux, comme l’alcoolisme et la dépression. Si la consommation de champignons hallucinogènes est interdite dans l'Hexagone depuis 1966, de plus en plus de Français y ont recours sous forme de microdosing pour apaiser leurs angoisses ou doper leur créativité et leur concentration. Une consommation sous le manteau qui pourrait se démocratiser sous la pression des scientifiques et chercheurs. David Nutt, neuropsychopharmacologue à l'Imperial College de Londres, tape du poing sur la table : « Il est inconcevable que l'OMS puisse continuer à dire que la psilocybine n'a pas de vertu médicale. Elle est utile là où d'autres médicaments ne le sont pas. »

Une bouchée de pain (aux légumineuses)

Au lieu de pain confectionné à partir de farine de blé, les Britanniques devraient pouvoir choisir prochainement des toasts préparés avec de la farine de féverole, une sorte de fève riche en fer, fibres et protéines. C'est la recommandation de chercheurs de l'université de Reading, pour qui l'utilisation de farine de féverole (une sous-catégorie de légumineuses) pourrait représenter l'un des changements les plus significatifs en Grande-Bretagne, et ce, pour des raisons aussi bien médicales qu'écologiques. D'autant plus que la bascule pourrait s'effectuer relativement rapidement, c'est-à-dire sur une génération. La chercheuse Julie Lovegrove qui a dirigé l'étude explique au Guardian : « Nous avons dû réfléchir de manière latérale : que mangent la plupart des gens et comment pouvons-nous améliorer leur nutrition sans qu'ils aient à changer leur alimentation ? La réponse est évidente : le pain. 96 % des personnes au Royaume-Uni mangent du pain, dont 90 % de pain blanc qui dans la plupart des cas contient du soja. Nous avons déjà effectué quelques expériences et découvert que la farine de fèves peut remplacer directement la farine de soja importée et une partie de la farine de blé, qui est pauvre en nutriments. Nous pouvons non seulement cultiver les fèves ici, mais aussi produire et tester le pain riche en fèves, avec une qualité nutritionnelle améliorée. » Le projet, soutenu par le gouvernement à hauteur de 2 millions de livres, rassemble chercheurs, agriculteurs et décideurs politiques. L'objectif : encourager les consommateurs britanniques à manger plus de ces légumineuses à ce jour principalement destinées à l'alimentation animale. En ligne de mire : l’optimisation de la durabilité et des qualités nutritionnelles des féveroles, mais aussi de leur rendement, afin d’encourager les agriculteurs à remplacer le blé par des légumineuses.

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