Buccal fat removal et standards de beauté

Chirurgie esthétique : mutilation faciale et retour de l'hyper-minceur

© cravingsbychrissyteigen.com

À la fois moqué et viralisé, le « buccal fat removal », cette opération de chirurgie esthétique visant à retirer le gras des joues, signe la consécration des injonctions contradictoires en matière de beauté féminine.

Si l'opération se popularise chez les célébrités, la mannequin et présentatrice télé américaine Chrissy Teigen serait aujourd'hui la seule à avoir reconnu le recours à la technique. Pourtant, malgré les ricanements, de plus en plus de visages aux traits anormalement creusés apparaissent sur les tapis rouges et Instagram. « L'élimination de la graisse buccale est à la mode. Mais aussi complètement ringarde », résume The Guardian. Des tiraillements, prescriptions et remises au placards aussi soudaines que dictatoriales typiques des modes et tendances édictant les canons de corps désirables. Alors que l'usage de la chirurgie esthétique se banalise, la question « bistouri ou pas bistouri ? » devient de plus en plus inéluctable pour de nombreuses femmes. À qui profite le crime ?

Buccal fat removal et éloge de la confiance en soi

« À peine avons-nous donné naissance à une nouvelle tendance beauté féminine que l'on se précipite pour railler celles qui sont assez stupides pour la suivre », souligne la journaliste Marthe Gill dans le média anglophone. Même dynamique aujourd'hui avec le buccal fat removal (littéralement : le retrait du gras de la bouche), opération visant à produire un visage aux joues extrêmement creusées, façon contouring de l'extrême (technique de maquillage destinée à appuyer le volume des pommettes). Des standards de beauté aux messages contradictoires, entre apologie des physiques répondant aux critères du moment et éloge des stars et influenceuses optant pour la « confiance en soi » et le body positivisme en faisant retirer leurs implants. Être belle ou être respectée : les femmes ne peuvent (toujours) pas avoir les deux. D'autant plus que le portrait-robot de la femme idéale change d'année en année et de pays à pays.

Le mal-être des femmes, l'objectif de la culture de la beauté ?

« En Mauritanie, certaines jeunes filles sont forcées à ingérer jusqu'à 16 000 calories par jour pour devenir suffisamment obèses avant le mariage (...). En Éthiopie, une lèvre inférieure très étirée est un marqueur de beauté féminine. Pas ailleurs. En revanche, les critères de beauté masculins sont relativement similaires d'une culture et d'une époque à l'autre : jeune, en forme, musclé », observe la journaliste. Pour cette dernière, la grande variabilité des canons de beauté désavoue l'idée communément répandue selon laquelle les marqueurs de santé et de fertilité seraient des marqueurs implicites de beauté. Si tel était le cas, toutes les nations ne favoriseraient-elles pas alors à peu près le même type de femme robuste ? Et ne condamneraient-elles pas « la recherche de la taille 34 » qui pousse certaines femmes à s'affamer au point de voir disparaître leurs règles ? « Qu'est-ce que le bandage des pieds, l'ancienne pratique de beauté chinoise, a à voir avec la fertilité ? », s'interroge encore la journaliste, qui estime que la culture de la beauté (beauty culture), vue dans son ensemble, n'évoque rien de moins que de la maltraitance. « Elle [beauty culture] demande aux femmes de se faire du mal pour son plaisir, puis change d'avis – elle veut qu'elles se fassent du mal autrement. (...) Peut-être devrions-nous envisager la possibilité que l'insécurité des femmes ne soit pas un effet secondaire malheureux de la culture de la beauté, mais son objectif final. Peut-être que les femmes affamées, anxieuses et humiliées sont beaucoup plus faciles à bousculer et manipuler. »

Le retour de l'ultra maigreur

Une théorie que ne contredit pas le énième retour de l'une des tendances beauté les plus toxiques : l'ultra maigreur. C'est ce que prédisent différents médias et observateurs des tendances, pour qui l'esthétique heroin chic des années 90 trouverait un second souffle. Plusieurs indicateurs selon eux, parmi lesquels l'esthétique de la sad girl et la rhétorique dite « pro ana » qui renaissent sur TikTok, le retrait de leur BBL par les sœurs Kardashian-Jenner et la prolifération des salles de sport, ou encore le récent succès des micro mini-jupes de Miu Miu. La mouvance body positive se prendrait un énième contrecoup. D'après une enquête du Los Angeles Times, le fat-shaming médical aurait augmenté durant la pandémie, entravant parfois la distribution égalitaire de soins et entraînant une nouvelle hausse des troubles alimentaires. Un autre élément pourrait selon The Cut favoriser le retour de la maigreur : « Être mince en 2022, c'est faire partie d'une classe protégée. Il s'agit d'avoir l'air en forme, en bonne santé, riche et vertueux à une époque où nous avons tous vu ce qui se passe si vous n'avez pas d'argent ou de pretty privilege pour vous protéger. C'est une poursuite de la minceur par peur d'être rejeté par tout le monde, des médecins aux rendez-vous amoureux potentiels. Je pense que c'est une poursuite plus désespérée que ce que nous avons vu auparavant. »

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