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Face à la crise, les Français ont démontré d'étonnantes capacités de résilience
© adamkaz via Getty Images

Face à la crise, les Français ont démontré leurs étonnantes capacités de résilience

Pierre-Eric Sutter & Loïc Steffan
Le 19 juin 2020

L’observatoire des vécus du collapse (OBVECO) s’est intéressé aux stratégies mises en place par les Français pour faire face au trauma de la crise du nouveau coronavirus. Et bonne nouvelle : nous nous en sommes bien sortis.

Lors de la pandémie de H1N1, tout était prêt. Mais pas pour le H5N1. On attendait l’arrivée du virus en Chine, il est passé par le Mexique. La nature des risques ayant fortement évolué, il est de plus en plus difficile d’anticiper les crises et de prévoir leur gravité, même les plus prévisibles. Les pouvoirs publics n’ont pas pu éviter les 20.000 morts de l’épisode caniculaire inédit de 2003. Pourtant du point de vue sanitaire, le risque était déjà bien documenté.

Il en a été de même pour la pandémie de coronavirus : sa soudaineté a pris de court les pouvoirs publics français qui n’ont pas su y faire face aussi rapidement que les pays asiatiques, mieux préparés. Paradoxalement, les Français ont su faire face au trauma de ce virus tueur avec bien plus d’efficience que les atermoiements des experts ou de ceux qui les gouvernent. Selon l’OBVECO (Observatoire des vécus du collapse www.obveco.com), ils ont su mobiliser cinq stratégies de coping particulièrement efficaces. Et ont ainsi démontré leurs capacités de résilience surprenantes.

Coping, kesako ?

La résilience d’une population est sa capacité à résister à des chocs fortement stressants qui impactent les équilibres psychiques ou l’organisation sociale dans son ensemble. Cette capacité à faire face aux stress repose en partie sur le coping, faculté de savoir évaluer les enjeux, risques ou dangers de l’environnement puis de mobiliser les ressources les plus adéquates dont chacun dispose, qu’elles soient internes (valeurs, émotions, expériences…) ou externes (entourage, institutions, savoirs…).

Depuis Freud, qui le considérait comme un mécanisme de défense réduisant la tension psychique, le concept a beaucoup évolué. Envisagé par Moos en 1974 comme une prédisposition à répondre aux événements stressants, c’est finalement la définition des chercheurs américains Lazarus et Folkman qu’on retient : processus dynamique variable selon la situation à affronter, selon l’état du sujet et selon le stade d’interaction entre le sujet et la situation. Le coping est donc un facteur stabilisateur qui permet de maintenir une adaptation psychosociale en situation de crise ou de stress.

Mais face au stress, nous ne sommes pas tous égaux. C’est ce qui fait que pour la même situation, certains ne semblent pas stressés tandis que d’autres le sont. Les premiers ont su mobiliser les stratégies de coping adaptées parce qu’ils en avaient les ressources, contrairement aux seconds. L’évaluation positive que feront les premiers de leur capacité à dépasser la situation stressante viendra renforcer leur résilience face à des situations similaires ou même un peu plus stressantes.

La Covid, crise in vivo

Inédite, la crise du coronavirus a été l’occasion d’effectuer des observations in vivo pour nombre de chercheurs. Ceux de l’OBVECO se sont saisis de cette crise comme opportunité d’étudier les stratégies de coping mobilisées par les Français en les comparant à un sous-groupe de collapsologues. Leur question de recherche : les collapsos font-ils mieux face à la crise sanitaire que les non-collapsos ?

La première stratégie de coping mise en oeuvre est l'acceptation de la crise, plutôt que son déni ou son refus, et l'émergence de nouvelles valeurs écologiques. Puis vient la focalisation active, qui a permis aux Français de se concentrer sur le problème en privilégiant l’action. Ils ont, par exemple, géré leur confinement en faisant rapidement des réserves pour ne pas être pris au dépourvu. La focalisation cognitive, permet, quant à elle, l’analyse des situations en se servant d’informations disponibles. Les Français ont pu anticiper les problèmes et les résoudre de façon active et efficace. La conversion comportementale, quatrième stratégie, a entraîné un changement radical de la façon de vivre des Français en fonction du problème. L’acceptation du confinement par la très grande majorité des Français, plutôt que la révolte et malgré certains « coups de gueule », en est la parfaite illustration. Enfin, le contrôle émotionnel adopté par la plupart des Français a révélé leur capacité à maîtriser la situation sans paniquer ni montrer ostensiblement leurs affects malgré le caractère inédit de la crise sanitaire et les peurs qui en découlaient : tomber malade ou mourir, manquer d’aliments ou de médicaments, etc.

Collapsos vs non-collapsos, quelles différences ?

Comme le montrent tous les graphiques ci-après, les collapsos s’en sortent mieux. Ils obtiennent sur presque toutes les échelles de mesure des résultats meilleurs que ceux des non-collapsos, à niveau de CSP équivalent. Ils ont été moins stressés par la crise de la Covid et semblent mieux préparés à non seulement l’affronter mais aussi à mobiliser leurs ressources de coping.

Trois champs de conduite face à la crise ont été analysés. Le champ conatif, c’est-à-dire comment le sujet prépare et gère l'action. Le champ cognitif par lequel le sujet s’informe et traite les messages provenant de l'environnement. Enfin, le champ affectif regroupe les expressions émotionnelles et sentiments que le sujet met en place au travers de ses actes.

Fig. 1 : Scores comparés entre les champs de conduite du coping

Les scores des collapsos sont meilleurs sur les trois champs de conduite (avec une prédilection pour l’action comme le montre la figure 1) mais aussi sur les 5 stratégies de coping leS plus mobilisées, comme l’indique la figure 2, et ce de façon franche.

Fig. 2 : Scores comparés entre les 5 stratégies de coping le plus mobilisées

Les collapsos ont déjà des « reflexes » comportementaux face à la crise et ils maîtrisent mieux leurs émotions que les non-collapsos. Le score D montre que les collapsos ont été « convertis » par la narration collapsologique et qu’ils sont déjà dans l’action préparatoire, ils n’ont pas eu besoin de la crise sanitaire pour se mettre en acte.

On peut les comparer aux habitants proches d’une centrale nucléaire qui n’ont plus peur de la côtoyer après un temps d’adaptation. Ils ont des connaissances sur les signaux que renvoient la centrale : nuages de vapeur, bruits de maintenance… qui leur permettent d’agir en conséquence, sans paniquer. Les collapsos gèrent mieux les crises comme celle de la Covid, car ils s’attendent et se sont préparés à bien pire pour les plus avertis : une succession d’effondrements.

Après la résilience psychosociale, la résilience économique

La surprise des chercheurs de l’OBVECO a été de constater que s’il y avait différence de degré, il n’y avait pas de différence de nature. Collapsos et non-collapsos adoptent les mêmes stratégies de coping, à peu de choses près. Très peu de nos concitoyens ont adopté des stratégies de coping négatives, comme le retrait ou pire, le refus.

En adoptant des stratégies de coping adaptées, les Français ont su faire face à la crise sanitaire, ce qui laisse présager qu’ils sauront affronter des crises similaires à venir. Reste à savoir si la résilience économique sera à la hauteur de la résilience psychosociale et que la première n’obérera pas la seconde. La crise économique pourrait s’avérer sévère et stresser les Français par-delà leur réservoir de ressources de coping.

Méthodologie

Les chercheurs de l’OBVECO ont sollicité une population de 182 répondants et utilisé une échelle psychométrique validée scientifiquement en 1993 par trois chercheurs du laboratoire “Personnalisation et changement sociaux“ de l’université de Toulouse (F. Sordes-Ader, S. Esparbes-Pistre, P. Tap), dénommée “Echelle toulousaine de coping » (ETC).

Pierre-Eric Sutter & Loïc Steffan - Le 19 juin 2020
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