Deux Bored Ape Yacht Club sur fond rouge

Alerte arnaque : après les leggings, le MLM veut nous fourguer des NFT

© Bored Ape

Quand votre neveu vous propose par WhatsApp un rendement annuel de 650 % grâce aux méthodes de la vente multi niveau... Pensez pyramide de Ponzi.

Financièrement, les temps sont durs, entre inflation, crise énergétique et stagnation des salaires. Pendant que certains pratiquent l'over-employment pour arrondir leur fin de mois, d'autres se tournent vers Internet afin d’œuvrer en tant que money mules (mules bancaires) pour le compte de cybercriminels. D'autres encore tombent dans le piège de la vente pyramidale et des NFT.

MLM, pyramide de Ponzi et cryptomonnaies

Comme le rappelle le thread Twitter de la journaliste Constance Vilanova, MLM et consœurs sont des fléaux s’abattant généralement sur des personnes crédules, mal informés ou isolés. Au hasard : petits retraités en difficultés financières ou individus peu aguerris à la critique.

On parle de quoi déjà ? Le MLM (pour multi level marketing) se traduit en Français par vente multi niveau, concept inventé dans les années 40 aux États-Unis, précédant ainsi les célèbres ventes Tupperware. Selon les sphères, on parlera aussi de marketing relationnel, de vente en réseau par cooptation, ou encore de vente par réseau coopté. Tout cela pour décrire un même procédé par lequel les revendeurs (ou distributeurs, collaborateurs... ) parrainent (ou recrutent...) de nouveaux vendeurs. Cela leur permet ensuite d'être partiellement rémunérés par une commission calculée en fonction des ventes des nouvelles recrues. Le procédé repose donc sur le bouche à oreille, la confiance... Ce n'est pas une coïncidence si le MLM qui a connu son âge d'or durant les années 60 au sein de la mouvance religieuse pentecôtiste et renaît aujourd'hui par le biais du bien-être du New Age deuxième génération.

Légal aux États-Unis, le MLM est surveillé de près en France par le code de la consommation afin d'éviter la prolifération de la vente pyramidale, cousine éloignée du MLM. Avec la vente pyramide, les gains obtenus proviennent non de la vente de produits ou services, mais du recrutement de nouveaux distributeurs. Et là où il y a vente pyramidale, il peut y avoir pyramide de Ponzi. En France, l'Autorité des marchés financiers met en garde dès 2017 : « Attention au bon placement qui ne serait réservé qu’à quelques privilégiés et dont vous entendriez parler de la bouche d’un proche. (...) Un soi-disant conseiller indépendant parvient à convaincre des personnes de faire un premier versement. Cet argent sert à payer de faux rendements à d’autres épargnants qui, mis en confiance, en font la publicité autour d’eux. (...) Chaque épargnant est chargé de trouver de nouveaux épargnants et les versements des uns rémunérèrent les autres. Lorsque le fraudeur n’arrive plus à obtenir de nouveaux versements ou à rembourser ceux qui veulent récupérer leur argent, il disparaît. C’est à ce moment que les victimes s’aperçoivent de la supercherie. »

On parle alors de « pyramide » car seuls une poignée d'individus, les initiateurs du système, ceux confortablement installés au sommet, peuvent gagner de l'argent au détriment des autres. Cela vous rappelle quelque chose ? Pour certains détracteurs des cryptomonnaies et des NFT, ces dernières ne seraient rien d’autre qu'une pyramide de Ponzi. Certes, quand les acheteurs de Bored Ape Yacht Club, collection de NFT à l'effigie de singes un peu moches, sont de riches individus comme le présentateur télé Jimmy Fallon ou l’héritière Paris Hilton, les conséquences financières sont négligeables. Dans d'autres cas, cela peut s'avérer bien plus douloureux.

« Je ne sais pas si tu connais les cryptomonnaies et le trading ?  »

En rentrant du boulot, Sibylle* chef de projet dans l’informatique à Lille, reçoit sur WhatsApp un message audio de son neveu. Le message, long de cinq minutes, est débité sur le ton d'un commercial qui a bien appris son texte, et Sibylle réalise vite qu'elle n'est pas la seule destinataire.

« Je ne sais pas si tu connais la cryptomonnaie et le trading, mais ce sont deux activités sur Internet pas très connues, qui font un peu peur, surtout quand on pense aux Bitcoins. » À 32 ans, Donatien* travaille à son compte comme jardinier paysagiste dans le sud-est de la France. La semaine dernière, une entreprise au patronyme anglicisant et futuriste lui a déroulé via Zoom une présentation Power Point expliquant comment d'arrondir ses fins de mois.

« Cette entreprise permet de se former avec un abonnement qui est autofinancé si l'on trouve 3 personnes », précise le jeune homme. Les paroles sont parfois embrouillées, la voix un peu hésitante. « L'entreprise nous forme sur... euh... plein de vidéos avec des thèmes, le trading et la cryptomonnaie. On peut suivre les formations si on a du temps, ou alors mettre de l'argent, et les personnes de l'entreprise travaillent avec, comme en Bourse. Ils ont accès à notre argent mais ne peuvent pas partir avec, tu peux tout récupérer quand tu veux. Donc ça, déjà c'est un point sûr. » La proposition de service est floue, les rendements alléchants. « Les gains, j'y croyais pas, mais pendant la présentation, la femme nous a montré les chiffres, c'est 650 % de gains à l'année. Tu imagines bien que par rapport à ça, les livrets A, livrets jeunes machin, c'est de la gnognotte. »

Donatien a entendu parler du plan chez l'un de ses clients il y a un an. Depuis, il aurait investi 500 euros dans l'entreprise, qui se serait transformés en 9 000 euros. Il n'a pas encore récupéré son argent. « Le fondateur a quitté son emploi il y a plusieurs années pour monter sa microentreprise avec sa femme, il crée de l'argent avec ça. Tu imagines bien que c'est du sérieux, sinon ils seraient dans la merde. »

Sibylle ne donnera pas suite à la proposition. Après voir reçu le message de son neveu, elle a mené une rapide vérification et en quelques clics a flairé l'arnaque. Sur les forums dédiés au crypto-monnaies et au trading, les commentaires d'internautes ruinés et en colère abondent. Certains sont embourbés dans des recours juridiques, d'autres ont baissé les bras. Comme philPPEdu44 qui commente, dépité : « Mon argent, je ne le retrouverai pas. »

*Le prénom a été changé.

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