Charlie XCX

Social token, cryptoart et hyperpop : la culture à l'ère du Covid

© Spicy Press

La pandémie ébranle notre rapport à l’art et à la culture. En cause : la question de leur essentialité. Zoom sur les nouveaux mouvements artistiques et culturels qui ne s’embarrassent pas du monde IRL.

Et si l'avenir de la création artistique reposait sur la blockchain ?

En cette période où beaucoup d’artistes souffrent de ne pas avoir de lieux où se produire, créer sa propre « monnaie sociale » apparaît comme une très satisfaisante alternative. Développés le plus souvent sur la blockchain Ethereum, les social tokens sont des jetons d’un nouveau type. Ils donnent aux personnalités publiques et aux influenceurs la possibilité d’émettre leur propre monnaie, dans laquelle leurs fans peuvent investir. Les créateurs de contenus leur proposent alors des contenus exclusifs et une relation privilégiée.

À titre d’exemple, l’artiste ASMR Laurel Driskill a lancé en 2019 le $TINGLE, son jeton social, qu’il est possible d’acheter pour 0,000987 $ pièce. En achetant des $TINGLES, ses fans peuvent lui poser des questions, lui demander conseil ou encore accéder à des contenus exclusifs. La sphère musicale n’est pas en reste. Le Lusitano-Américain André Allen Anjos, plus connu sous son pseudonyme RAC, a lancé le $RAC, un jeton communautaire qu’il a offert à ses supporters de la première heure sur les plateformes Bandcamp, Patreon et Twitch. Les rappeurs se sont aussi lancés dans l’aventure : il aura fallu très exactement 21 minutes et 41 secondes pour que le $YACHTY, le jeton social de l’Américain Lil Yachty, s’écoule en ligne, à 15 dollars pièce.

Derrière chacune de ces initiatives, on trouve tout un écosystème, avec des start-up spécialisées dans l’émission de social tokens, comme Roll, Rally, Zora, ou encore Fyooz, des incubateurs, comme le Seed Club, des agences (The Social Token Agency), et même des médias (Forefront). Dernier arrivé en date : MetaFactory, un studio de création qui opère à la croisée de la blockchain, du streetwear et des communautés, et dont l’ambition est de changer en profondeur les relations entre les consommateurs et les marques, en rendant ces dernières plus collaboratives. Première marque MetaFactory lancée en collaboration avec le cryptoartiste Twisted Vacancy, Wicked Sunday Club se présente comme une « nouvelle expérience culturelle » qui « promeut la gestion coopérative et la création collective pour le bien de la marque et de ses membres ».

 
 
 
 
 
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Et si l'avant-garde artistique venait d'une cryptomonnaie ?

Proche du mouvement social token, la communauté cryptoart participe à un renouveau de l’expression artistique en ligne. En associant une signature unique et indélébile à leurs œuvres numériques, les cryptoartistes entendent garder la main sur leurs droits d’auteur. Si le subreddit r/CryptoArt ne réunit pas plus de 1 200 membres, c’est que ces communautés d’artistes préfèrent se retrouver directement sur la blockchain – que ce soit sur Cryptovoxels, un monde virtuel aux allures de simili-Minecraft, ou sur Cent, un réseau social conçu comme une alternative aux médias sociaux traditionnels. Cryptoartiste pionnier et musicien revendiqué, Connie Digital a fait le choix de « tokeniser » son art et sa musique. Son site Danky Art présente ainsi ses œuvres sous la forme de jetons non fongibles ou NFT (pour « non-fungible tokens »), qu’il est possible d’acquérir grâce à un portefeuille Ethereum. Signe de la vivacité et de la diversité de ce courant, la galerie ONE/OFF vient de lancer une exposition virtuelle sur Cryptovoxels, exclusivement dédiée à la contribution des artistes noirs au mouvement cryptoart.

Et si le renouveau du clubbing se passait sur Minecraft ?

À l’heure des « plague raves » et autres « coronaraves », Club Matryoshka fait office de refuge pour tous les noctambules désireux d’observer les règles de distanciation sociale sans renoncer à la fête. Basé à Manille et hébergé sur un serveur privé Minecraft, ce club virtuel, aux allures de parallélépipède pixélisé, n’en est pas moins réputé pour être aussi sélect que le mythique club berlinois Berghain. Fondé en juillet 2019 par des membres d’une petite communauté Minecraft appelée « Chodescraft », cet espace virtuel se veut le creuset d’une expérience culturelle unique et immersive, en même temps qu’un nouveau moyen de diffuser de la musique et d’organiser des concerts. Aussi inspiré par le monde très réel des warehouses clandestines que par celui virtuel du jeu Second Life, le Club Matryoshka était à l’honneur du festival de musique et d’arts visuels CTM Festival qui s’est tenu en ligne du 19 au 31 janvier 2021, pour une soirée très singulière.

Hyperpop : la bande-son des années Covid

Les périodes de crise accouchent souvent de nouvelles scènes artistiques, et l’« hyperpop » pourrait bien être le miroir déformant de nos années Covid. À l’opposé de la monotonie du confinement et du couvre-feu, l’hyperpop renvoie à une galaxie d’artistes qui se démarquent par leurs productions maximalistes et colorées. Le site collaboratif Aesthetics Wiki définit l’hyperpop comme « un genre musical qui combine à la fois l'EDM et la pop traditionnelle » et qui « met un accent extrême sur la mignonnerie, la féminité et l'ivresse ». Fondateur du label PC Music et directeur artistique de la chanteuse Charli XCX, le musicien britannique A.G. Cook est l’un des instigateurs de cette nouvelle scène effervescente, qui rassemble des artistes aussi inclassables que SOPHIE, Grimes ou encore 100 Gecs. Si l’on ne dénombre que 22 000 publications derrière le hashtag dédié sur Instagram, sur TikTok la communauté est nettement plus active. Les morceaux hyperpop servent de support musical à des millions de créateurs de contenus et s’offrent ainsi une énorme visibilité numérique.


Cet article est paru dans le n°25 de la revue, « Do Hype Yourself » . Pour le retrouver, c'est par ici

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