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un homme qui passe une porte avec une couleur rouge et un panneau exit au-dessus.
© gremlin via Getty images

YouTube burn-out : les vidéastes cherchent des portes de sortie

Le 25 nov. 2019

Pour éviter d’être à la merci de la monétarisation aléatoire de YouTube, certains créateurs de contenu préfèrent jouer la carte de la communauté et du financement participatif.

Imaginez que chaque matin vous alliez au travail sans vraiment savoir ce qu’on attend de vous. Vos horaires de bureau changent tout le temps et vous effectuez des tâches sans savoir si c’est que votre boss attend de vous. Par ailleurs, ce dernier ne vous paye jamais la même somme et change les termes de votre contrat sans vous dire vraiment quelles sont les règles précises. Tout ce que vous savez, c’est qu’il faut toujours produire plus, pour espérer lui plaire et assurer un salaire minimum pour vivre.

Dans l'enfer de YouTube

Ce cauchemar professionnel a de quoi vous mener directement au burn-out. Il s’agit pourtant d’une réalité vécue par les milliers de créateurs de contenu qui officient sur YouTube. Ces derniers ne sont jamais assurés que leurs revenus basés sur la publicité vont tomber : on n'est jamais à l'abri d'un changement d’algorithme ou d'une démonétisation pour cause de sujet jugé touchy par les annonceurs.

Il existe cependant des youtubeurs qui arrivent à vivre grâce à des ressources externes à la plateforme. Certains d’entre eux ont complètement abandonné l’idée de toucher de la « YouTube money » et préfèrent s’en remettre à leur communauté de fans pour recevoir de quoi vivre. C’est notamment le cas d’ALT 236, un vidéaste spécialisé dans l’exploration des frontières artistiques.

« Donnez, donnez-moi » : remplacer la pub par du don

Ce dernier cumule plus de 139 000 abonnés sur sa chaîne et produit des vidéos longues ainsi que leur bande-son planante, sans aucune monétisation de la part de YouTube. Il faut dire que les thématiques qu’il explore plaisent à une niche férue de fantastique et de films d’horreur. « J’aime bien penser mes vidéos comme des expériences immersives, explique-t-il. Pour les mettre dans ces conditions, je ne veux pas placer de publicité en pre-roll ni d'opération spéciale avec Nord VPN. »

Pour pouvoir s'octroyer un revenu, il s’est donc tourné vers la plateforme Tipee. Celle-ci permet aux internautes de verser chaque mois une certaine somme à leurs créateurs de contenu préférés. « Quand j’ai vu que ma chaîne a commencé à décoller, je me suis fixé un objectif : gagner l’équivalent d’un SMIC assez rapidement ou tout arrêter et trouver un travail "normal". Finalement, j’ai atteint mon objectif en moins d’un an. » Aujourd’hui, ALT 236 reçoit près de 1 400 euros mensuels et estime que ce fonctionnement est bien plus confortable pour lui. « C’est un peu comme si je déjouais les algorithmes de YouTube, poursuit-il. Je n’ai pas besoin de me prendre la tête sur les horaires de diffusion de vidéo afin de maximiser les partages et je ne crains pas que le Content ID (le robot qui repère les contenus sous copyright, ndlr) démonétise ma vidéo et file du fric à un gros studio. »

Les plateformes qui détournent les règles

C’est justement sur ce détournement des règles de YouTube que fonctionnent ces plateformes de financement participatif. C’est notamment le cas de uTip qui a démarré en 2018 et qui référence plus de 6 500 créateurs de contenu, dont Le roi des rats ou Nota Bene. En plus du don classique, la plateforme offre aux internautes la possibilité de regarder des publicités à la carte pour rémunérer leurs youtubeurs favoris. Quelles différences avec la publicité directement implantée sur YouTube ? Il ne s’agit pas de la même démarche selon le fondateur de la plateforme, Adrien Mennillo. « Sur YouTube, la plupart des annonceurs veulent pouvoir diffuser leur message sur un contenu jugé le moins "risqué" possible, indique-t-il. Pour cela, ils choisissent parmi les 5% des contenus consensuels les plus regardés, ce qui représente déjà une audience de plusieurs milliards de vues. Chez nous, les publicités sont totalement décorrélées du contenu des vidéos et s’attachent plus à la personnalité d’un youtubeur. »

Bien évidemment, certains annonceurs refusent de diffuser de la publicité auprès de certains profils, qu’ils jugent incompatibles avec leur message. Mais l’inverse est aussi possible. « Les créateurs qui sont chez nous peuvent également refuser d’être affiliés à certaines marques ; plusieurs youtubeuses spécialisées sur la beauté ont ainsi boycotté une grosse marque de cosmétiques dont elles jugeaient les produits non conformes à leurs valeurs. » De plus, la plateforme donne aux créateurs le montant de l’argent récolté avant de prélever son pourcentage tandis que sur YouTube, il est impossible de savoir quelle part exacte va au créateur et quelle part va dans la poche de Google.

Un modèle alternatif pour un stress différent

« Les youtubeurs sont confrontés tous les jours à la boîte noire de YouTube, poursuit Adrien Mennillo. Ils essayent constamment de hacker l’algorithme pour comprendre quel format la plateforme veut vraiment mettre en avant. Ils deviennent obsédés par le watchtime (le temps passé devant une vidéo qui est l’un des critères de la monétisation) et sont catastrophés de voir leur revenu diminuer depuis 3 ans. Chez nous, c’est plutôt l’engagement de la communauté qui prévaut. Certains créateurs de contenu ont une petite communauté, mais ils utilisent tous les outils qu’on leur met à disposition – la création de boutiques en ligne, par exemple – et arrivent à se dégager un revenu de 2 000 euros par mois. »

À entendre le fondateur de uTip, les youtubeurs peuvent donc gagner de l’argent de manière plus sereine. Évidemment, tout n'est pas rose. À la place de l’incertitude complète provoquée par le manque de transparence de  YouTube, les créateurs de contenu remettent leur vie professionnelle entre les mains de leur communauté. « En juillet dernier, j’ai accepté beaucoup trop de projets et j’ai fait un burn-out, raconte ALT 236. Je n’ai rien produit pendant plusieurs mois et c’était vraiment très angoissant pour moi. Je me mets à la place d’une personne qui me donne 10 euros tous les mois et qui ne voit rien sortir. Elle doit se dire que je me tourne les pouces en profitant de son argent. Si un tiers de ma communauté arrêtait de donner, ça deviendrait vite catastrophique pour moi. » Entre l’incertitude des algorithmes et les caprices des internautes producteurs, les youtubeurs professionnels n’ont pas fini de se ronger les ongles.

David-Julien Rahmil - Le 25 nov. 2019
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