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une photo de Chirac à côté d'une photo montrant l'incendie de Lubrizol.
© Jean Weber et l'ADN

La mort de Jacques Chirac a-t-elle vraiment éclipsé l’incendie de Lubrizol ?

Le 7 oct. 2019

Accusées d’avoir privilégié la mort de l’ancien président à l’incendie qui a intoxiqué Rouen, les chaînes de télévision ont-elles mal fait leur travail ? L’INA s’est penché sur la question.

Jeudi 26 septembre 2019, la France se réveille avec une information majeure. Pendant la nuit, l’usine Lubrizol située à Rouen est en flammes. Depuis le site classé Seveso, un imposant panache de fumée toxique s’élève et oblige la population à rester cloitrée chez elle. Alors que les chaînes d’information en continu suivent l’évènement de près, une autre nouvelle majeure tombe sur le fil de dépêches de l’AFP un peu avant midi : Jacques Chirac vient de mourir.

Chirac, président de tous les sujets (d'actualité)

Très rapidement, l’information fait le tour des rédactions et des réseaux sociaux. Tandis que les pompiers sont toujours en train de lutter contre l’incendie, les journaux sortent leurs articles et sujets nécrologiques, préparés en amont. En apparence, la mort de l’ancien président français semble avoir éclipsé l’accident. Cette critique va d’ailleurs largement tourner sur les réseaux dans les jours qui suivent.

Pour en avoir le coeur net, la Revue des Médias de l’INA a donc mesuré les différences de traitements médiatiques entre les quatre chaînes d’information continue : BFM TV, LCI, Franceinfo et CNews. Ce qui en ressort c’est que l’actualité a bien été « écrasée le jeudi 26 septembre par l’annonce du décès de l’ancien président Jacques Chirac ». Pour Juliette Labracherie et Nicolas Hervé, les auteurs de cette étude, cette information va littéralement effacer Lubrizol du temps d'antenne durant les heures qui suivent et va même dominer sur trois des quatre jours suivants. 

La mort d'un président est une information plus facile à traiter

Ainsi l’INA rapporte que l’incendie a complètement disparu des chaînes d’information entre 14h et minuit le jeudi 26 septembre. Les jours qui suivent, 50% du temps d’antenne moyen sera consacré à cet évènement, entre l’hommage populaire et la journée de deuil national. À titre de comparaison, Lubrizol ne représente plus que 5% puis 7% du temps d’information le dimanche et lundi qui suivent.

Sur les cinq jours qui suivent, seules BFM TV et Franceinfo vont continuer à donner une place prépondérante à l’incendie de Rouen avec respectivement 13% et 12% de temps d’antenne contre 56 % et 53% pour Chirac. À l’inverse, CNews accordera 8 fois plus de temps à la mort de l’ancien président qu’au panache de fumée noire. Pour expliquer ces différences de traitement, Thierry Devars, maître de conférences en science de l’information et de la communication, avance que la mort de Jacques Chirac est plus à même de réunir les téléspectateurs, car elle fait appel à un passé commun. De son côté, l’incendie de Lubrizol et ses conséquences sont plus difficiles à traiter. Les informations sont délivrées au compte-gouttes et sont parfois floues, la toxicité du nuage n’est pas clairement établie et l’incendie n’a pas fait de victimes directes, ce qui limite l’intérêt immédiat.

Une information plus équitable sur Twitter ?

Enfin, l’organisation même des rédactions peut expliquer cette différence de traitement. Comme le rappelle Jean-Philippe Baille, de la radio Franceinfo, la mort d’un président est un évènement qui se prépare en amont et qui mobilise l’ensemble des équipes au moment de son annonce. Difficile dans ces cas-là, d’enrayer la machine médiatique pour faire de la place à un autre évènement. La Revue des Médias apporte aussi une autre nuance. Alors que les chaînes de télévision ont clairement privilégié la mort de Jacques Chirac, les utilisateurs de Twitter vont eux aussi se laisser déborder par cette information avant de traiter à égalité les deux évènements. Après une période d'occultation de quelques heures (plus de 120 000 tweets entre 12h et 13h), le sujet de l’incendie revient en force et reprend même le dessus les jours suivants. Comme quoi, le réseau social tant décrié peut parfois apporter de l'équilibre dans les médias. 

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