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Rouen incendie usine

Incendie de l'usine Lubrizol à Rouen : y a-t-il un communicant de crise dans la salle ?

Le 1 oct. 2019

La communication autour de l'incendie de Lubrizol s'embourbe ! Et l'affaire pourrait être l'occasion de repenser la manière dont l'État gère la communication des catastrophes sanitaires.

Communication fumeuse

Rappel des faits. L'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen s'est déclaré dans la nuit du mercredi 25 au jeudi 26 septembre 2019. En matière de communication, cela démarre dès le jeudi matin, et c'est le préfet de Normandie et de Seine-Maritime, Pierre-André Durand qui s'y colle.

Après avoir pris des mesures de précaution (fermeture d'écoles, consignes aux habitants de rester chez eux), le préfet déclare tout de go l'absence de « toxicité aiguë sur les principales molécules ». Toxicité aiguë. Principales molécules. Que ceux qui ont compris lèvent le pouce. Pour les autres, la définition de la toxicité aigüe, c'est quand on passe dans un nuage de fumée... et qu'on meurt. Donc, effectivement, il n'est pas question de ça dans l'affaire de Rouen, et c'est tant mieux.

Dans l'après-midi du jeudi, c'est au tour du ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, d'y aller de son estimation. Ses propos jouent aussi sur des clairs obscurs. Il ne nie pas que le panache de fumée, de 22 km de long et 6 de large « porte en soi un certain nombre de produits qui peuvent être dangereux pour la santé ». Mais, selon les premières analyses, dit-il, il n’y a pas « de dangerosité particulière ». Des allégations rassurantes donc, mais cependant troublantes. Car prétendre qu'un site industriel classé Seveso - dans la catégorie seuil haut - ce qui signifie - sans l'ombre d'un doute - qu'il abrite des produits reconnus hautement toxiques, dégagerait des fumées « sans dangerosité particulière »... provoque, a minima, de l'étonnement. 

Côté entreprise, ce n'est pas plus brillant. Il faudra attendre le vendredi 27 au soir pour entendre Isabelle Striga, directrice générale de Lubrizol sur les ondes de France Info. « Je suis réellement embarrassée que notre activité économique ait eu cet impact-là sur la population. Je suis moi-même venue la nuit de l'incident, j'ai vu l'ampleur de l'incendie et j’ai pensé immédiatement aux habitants proches parce que c’était un incident d’ampleur. » Une allocution creuse comme un communiqué dépecé par un service juridique prudent...

Et si on passait à de la com' responsable ?

Les habitants se sont évidemment inquiétés. Pouvaient-ils avoir accès à la liste des produits stockés à l'usine ? Ben non, pas trop. Pouvaient-ils avoir accès aux analyses ? Ben on les évoque à la radio, mais en fait, on n'a pas encore les résultats. Devaient-ils éviter certains comportements ? Ben... a priori on peut boire de l'eau et mettre les petits à l'école, faut juste éviter de passer sous le gros nuage. Des informations floues et mollement rassurantes... dans lesquelles ont commencé à flotter des morceaux de rumeurs et des bouts de fake news.

Franchement, entre Tchernobyl et Notre Dame, en matière de gestion de crise, n'avons-nous rien appris ? Il existerait pourtant d'autres manières de faire.

Et elles sont évoquées, dans une interview fort intéressante publiée dans Ouest France. Elle donne la parole à Laurent Vibert, ancien porte-parole des pompiers de Paris et PDG de Nitidis, une agence spécialisée en communication et gestion de crise. Selon lui, les responsables politiques et économiques pratiquent la communication de crise comme si cela consistait à rassurer les citoyens, à contenir les débordements et les effets de panique. 

Or, ils pourraient faire totalement autrement. Laurent Vibert l'explique. Affronter les catastrophes serait nettement plus simple si citoyens et responsables politiques travaillaient ensemble. « Tant qu’on n’aura pas intégré la préparation des populations, aussi bien en entreprise, que dans la vie privée et qu’à l’école, on aura du mal à dire aux gens "c’est dangereux". Il faut les éduquer à ne pas paniquer, en en faisant des co-acteurs de la gestion de la crise. Le citoyen est censé être le premier maillon de la chaîne des secours d’après l’organisation de la sécurité civile en France. »

L'hypothèse Vibert est intéressante.

Car il est probable qu'à l'avenir, le nombre de catastrophes naturelles - et industrielles - se multiplie. Aussi, il serait intéressant que les communicants cessent de vouloir nous rassurer à coups de paroles fumeuses. Ce qui provoque surtout de la défiance, et de la division. Il serait tellement plus utile qu'ils fassent passer l'info de ce qu'on peut faire quand la maison brûle... parce que dans ces moments là, comme disait Jacques, ce n'est pas le moment de nous faire croire qu'il vaut mieux regarder ailleurs.

Commentaires

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  • Ha ! Merci !

    Je me sentais un peu tout seul à "blaguer" sur le fait que les nuages s'arreteront à la frontière.
    Aucune évolution dans la com d'état, aucune maturité, génère plus de méfiance et de suspicion qu'elle n'en éteind, bref, déplorable et honteux.