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un homme qui la tête dans une vieille télévision rose.
© sandra dubosq via Unsplash

Les médias sont de plus en plus accessibles mais de plus en plus déconnectés de la vie des gens

Le 28 juin 2019

Présent pendant le Festival de l'info locale de Nantes, le Média Lab de France Télévision a fait la liste des solutions pour retrouver la confiance du public.

Si la crise des Gilets jaunes nous a bien appris une chose, c'est que les médias n'ont plus la cote. Le baromètre du journal La Croix et l'étude annuelle de Reuters l'ont d'ailleurs confirmé. Jamais l'indice de confiance envers les journalistes n'a été aussi bas. C'est d'ailleurs pire pour la télévision qui affiche seulement 38% de confiance avec une chute de 10 points par rapport à 2018. Même la presse locale, qui tenait son festival annuel à Nantes le jeudi 27 juin 2019, est à la peine.

Pour Barbara Chazelle, responsable d'édition directrice de prospective à France Télévision, cette crise de confiance est une véritable catastrophe pour la télévision publique. « Nous avons vu avec inquiétude l'arrivée d'un mouvement qui a décidé de prendre la parole tout seul, faute d'être correctement représenté, explique-t-elle. Comme le dit le présentateur de journal de Channel News 4, Jon Snow, les médias n'ont jamais été aussi accessibles au public et pourtant, ils n'ont jamais été aussi déconnectés de la vie d'autrui. En étant déconnectés, nous avons perdu la confiance du public. Il faut la retrouver. »

Pour cela, Barbara Chazelle propose plusieurs pistes permettant de renouer le dialogue avec son public. Voici les plus importantes.

Se différencier

Ça peut sembler évident, mais le suivisme est toxique. Longtemps obsédé par une course de vitesse consistant à apporter l'information le plus rapidement possible à son public, les médias ont oublié que le copier-coller renforce l'impression que, finalement, « tout se vaut ». Pour contrer cet effet, beaucoup demandent le retour aux reportages et aux investigations, comme ce que peut faire le média-ONG Disclose par exemple. La question du traitement de l'information est aussi à remettre en question. D'après Cyrille Frank, directeur depuis septembre 2018 de l’ESJ Pro Paris, le nombre de sujets consacrés aux faits divers dans les JT du soir sur les chaînes historiques entre 2003 et 2012 avait augmenté de 73 %. De quoi occasionner un bon ras-le-bol.

Réduire la couverture institutionnelle

La télévision publique et les autres grands médias suivent d'un peu trop près l'agenda imposé par le gouvernement. De plus la question des sources anonymes est aussi posée. En relayant des « on-dit » sans identifier les auteurs, Barbara Chazelle estime qu'on alimente une suspicion d'entre-soi qui augmente le sentiment de méfiance.

Jouer la transparence

« Personne ne sait vraiment comment fonctionne une rédaction, comment on choisit des sujets et pourquoi on décide de traiter un angle plutôt qu'un autre », déplore Barbara Chazelle. « Le journalisme est devenu une boîte noire qu'il faut à présent ouvrir ». Cette question de la transparence est sans doute l'un des points les plus importants et les plus partagés par l'ensemble des participants au festival de Nantes. Pour la mettre en œuvre, pourquoi ne pas s'inspirer de la formidable publicité du New York Times qui raconte les coulisses d'une enquête difficile.

Capitaliser sur le journaliste-individu

Cette leçon semble être directement inspirée du travail de Remy Buisine sur Brut ou de Gaspard Glanz sur Taranis News. Ces deux journalistes sont constamment sur le terrain et sont devenus l'incarnation de leur média et sont accueillis avec bienveillance par les personnes qu'ils interviewent. Leur secret : être au plus près de l'action et porter un regard souvent bienveillant sur le sujet qu'ils traitent.

Assumer un journalisme d'impact

À quoi bon rapporter une information si elle ne permet pas de changer le monde ? Pour contrer cet effet, Cyrille Frank estime de son côté qu'il faut cultiver le journalisme de solution. Concrètement, il s'agit d'oublier cette soi-disant neutralité et d'engager ses lecteurs vers une possible solution à un problème (comme donner de l'argent à une association, ou mettre en place un système d'envoi de mail automatique pour interpeller les politiques). Ces formules sont d'autant plus bénéfiques qu'elles augmentent les taux de partages des articles et permettent même de générer des abonnements.

Reconnaître sa situation d'élite

Derrière ce point plutôt étonnant, Barbara Chazelle rappelle à quel point les journalistes doivent adopter une attitude d'humilité vis-à-vis de la population. Souvent cantonnées dans l’entre-soi avec des journalistes sortants des mêmes cursus, les rédactions des grands médias présentent le même visage : celui d'un journalisme peu présent sur le terrain et sans aucune connexion avec la population. Pour remédier à cela, elle préconise notamment de recruter les journalistes sur leur parcours et leur profil, plus que sur la validité de leur diplôme.

Au-delà des questions RH, les rédactions doivent aussi  sortir de leur propre chambre d'écho. « Au moment de l'incendie de la tour Grenfell en Angleterre, aucun journaliste n'avait repéré qu'il existait un blog qui relatait tous les problèmes que pouvaient rencontrer les habitants, explique-t-elle. Après une enquête de Jon Snow, il s'est avéré que ce blog avait prédit qu'un incendie de cette ampleur était possible. Les journalistes auraient pu raconter cette histoire s'ils l'avaient repérée. »

POUR ALLER PLUS LOIN

> Les journalistes sont-ils « cons » ?

Commentaires

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  • Merci pour cet article très intéressant et pour le relais de l'une des solutions que je préconise en effet. Pour moi, les exemples donnés pour le journalisme de solution ne sont pas vraiment les bons 🙂 "donner de l'argent à une association, ou mettre en place un système d'envoi de mail automatique pour interpeller les politiques" Là on est plus dans l'activisme qui va encore au delà du journalisme de solutions (aussi appelé constructif ou d'impact).

    L'idée est plutôt de relayer les informations constructives en réponse aux problèmes. Ex : comment telle mairie a réussi à développer le bio dans les cantines tout en dynamisant les productions locales.

    Merci !

  • Article très intéressant comme souvent dans les réalisations de Barbara Chazelle et de Méta-Média plus largement. L'une des autres grandes pistes, qui n'a curieusement pas été abordée, consiste à prendre pour de bon le virage des médias sociaux et à tenir compte des conversations des internautes, entrer en contact avec les publics et sortir du schéma diffuseur / audiences pour apporter l'info, la prolonger au niveau des internautes.
    Cela permettrait non seulement de restaurer l'image des médias mais aussi, à coup sûr,
    - de lutter plus efficacement contre les Fake News
    - de faire montre de plus de pédagogie pour améliorer l'usage des espaces d'expression par les communautés.
    Cela permet de garantir des échanges de qualité, de rendre les discussions plus intéressantes et de contribuer, ainsi, à prolonger la ligne éditoriale d'un média jusque dans les commentaires. C'est l'une des voies suivies, notamment, par le NYT.
    Nous avons consacré un livre blanc à cette problématique chez les médias pour défendre, justement, la valeur des communautés et des commentaires, loin de se résumer aux 10% de cyberhaine souvent mis en avant.
    Au plaisir de prolonger la discussion !