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Une main avec de la peinture verte sur un fond rose
© sezer ozger via Getty Images

Qui doit-on mettre à la tête de la transition écologique en entreprise ?

Le 19 nov. 2019

Dans les grandes entreprises, les créations de postes dédiés à la RSE ou à l'ESS se multiplient. Ils font rêver les jeunes... mais ne les concernent pas forcément. Car devant l'ampleur du défi, les boîtes préfèrent parfois des profils plus expérimentés.

Non, la bonne volonté ne suffit pas

Fondatrice du cabinet de recrutement spécialisé en RSE Birdeo, Caroline Renoux se heurte quotidiennement à la frustration des jeunes diplômés. Et d’expliquer patiemment : « On parle de fonctions qui sont à la croisée des business models, des directions de l’innovation et des directions financières. Ce sont des métiers difficiles. Il faut des gens qui connaissent l’entreprise, son secteur d’activité, son histoire, ses contraintes, ses évolutions. Être engagé, c’est la base. Mais c’est loin d’être suffisant. » Et Fabrice Bonnifet confirme. Depuis trente ans, il évolue au sein du groupe Bouygues. Aujourd’hui directeur du développement durable, il est passé par plusieurs fonctions. Contrôle qualité, excellence opérationnelle, sécurité… « Il faut faire ses preuves avant d’accéder à ce type de métiers. La majorité des sujets liés à la transition écologique concernent directement la direction générale. Or les patrons aiment travailler avec des gens qu’ils connaissent bien, depuis longtemps. » Un constat que Fabrice Bonnifet partage avec ses pairs, puisqu’il est aussi président du C3D, le Collège des directeurs du développement durable.

Savoir porter les mauvaises nouvelles

Est-ce à dire qu’il faut savoir caresser la direction dans le sens du poil pour tenir à ce poste ? En tout cas, il s’agit d’avoir le sens de la diplomatie. Car, au quotidien, la mission des directeurs RSE ne consiste pas – seulement – à instaurer une journée végétarienne à la cantine et à passer la photocopieuse au papier recyclé. « On ne peut pas opérer de transition écologique sans repenser complètement le modèle économique, confie Fabrice Bonnifet. La question n’est pas de mieux faire ce que l’on faisait déjà, mais de faire autrement. »

Concrètement, il s’agit d’éduquer le département financier pour intégrer les émissions carbone aux bilans, d’impliquer les DRH pour former les collaborateurs, de dialoguer avec le département marketing pour repenser les offres, de collaborer avec les équipes de com’ pour promouvoir la démarche de l’entreprise, et de démontrer, sans cesse, à la direction générale que les investissements d’aujourd’hui seront les bénéfices de demain. Ça en fait, du boulot. Et mieux vaut se sentir légitime, s’armer de courage, de ténacité et de convictions. « Du courage, il en faut parce que les chantiers à mener sont rarement des bonnes nouvelles, admet Caroline Renoux. De la ténacité, parce que les idées mettent du temps à germer : il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour transformer une entreprise. Et enfin de la conviction, parce que les directeurs RSE doivent être de vrais leaders d’influence. »

Besoin de créer l'adhésion

Des combats comme ceux-là ne se remportent qu’en créant l’adhésion du plus grand nombre. À ce sujet, Sandrine Sommer, directrice RSE chez Guerlain, témoigne : « Ma mission principale est de mener la conduite du changement. Seule, c’est un peu compliqué. J’ai vite compris qu’il me fallait des alliés », se souvient-elle. C’est pourquoi elle a choisi de monter un comité de pilotage avec d’autres directions de l’entreprise. Objectif : définir une feuille de route commune pour donner de la cohérence au projet, et embarquer toutes les strates de l’entreprise. Au départ, l’initiative a soulevé beaucoup de doutes, mais aujourd’hui, l’adhésion est réelle. « Nous sommes 20 personnes au total. Et il ne se passe pas une journée sans que je ne reçoive des e-mails de la part de collaborateurs qui veulent s’investir davantage. »

Bientôt de nouvelles opportunités ?

Comme le numérique à ses débuts, on peut imaginer que la transition écologique aura besoin de constituer des départements dédiés. Et c’est une bonne nouvelle pour les jeunes. « Les équipes se structurent vraiment », se réjouit Sandrine Sommer. La sienne compte aujourd’hui six personnes – un nombre impensable il y a encore quelques années – dont Cécile Lochard, directrice de la communication RSE. « De nombreux métiers se créent autour du développement durable, explique cette dernière. Le mien, c’est de faire en sorte que nous arrêtions de faire du green hiding, cette pratique qui consiste à ne pas révéler ses actions prises en faveur de l’environnement. Mais il y a aussi quelqu’un qui suit la traçabilité de nos produits, une autre personne qui s’occupe des chantiers d’écoconception, un profil dédié aux questions climatiques… »

« Clairement, les profils se spécialisent de plus en plus », reconnaît Caroline Renoux. Il se pourrait donc que celles et ceux qui se forment aujourd’hui deviennent les acteurs du changement. « Ils n’ont pas encore attrapé la maladie de l’entreprise – la « chartitude » – qui consiste à ne pas imaginer d’autres façons de faire que celles qui existent depuis des années », constate Fabrice Bonnifet. Et tant mieux, car les entreprises ne manquent pas de projets. Quand elles auront appris à réduire leur impact négatif sur l’environnement, il faudra qu’elles apprennent à œuvrer à sa reconstruction. Autant de chantiers qui auront besoin de convaincus compétents pour les mener...


Cet article est paru dans la revue 20 de L'ADN consacrée aux mutants du green. Pour vous procurer ce numéro, il suffit de cliquer ici.

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