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Un chat pianote le clavier d'un macbook
© Chansom Pantip via Getty Images

Le bureau de demain vous veut-il vraiment du bien ?

Le 10 sept. 2019

Intelligent, flexible et feel good. Le bureau de demain va évoluer pour s’adapter aux nouvelles façon de travailler, plus nomades et moins figées. Enfin ça, c’est ce qu’on nous promet...

Le bureau est-il encore un espace de travail ? La réponse semble évidente et pourtant, à y regarder de plus près, les entreprises redoublent d’efforts pour en faire un lieu de vie plus large que sa finalité première : travailler. L’objet même du bureau évolue. Depuis quelques années, l’approche fonctionnelle cède progressivement la place à une approche centrée sur l’utilisateur. Côté pile, cela donne un bureau intelligent, flexible et feel good. Côté face, cela ne changerait… rien du tout ! Explications.

L’entreprise devient un hub de compétences

Pour Laëtitia Vitaud, spécialiste des questions sur le futur du travail, ce sont d’abord les façons de travailler qui évoluent. « De plus en plus, la firme devient un écosystème de relations, en interne ou entre l’interne et l’externe, analyse-t-elle. On externalise de plus en plus d’activités, y compris des activités stratégiques ou centrales. La production même de l’entreprise est parfois confiée à des prestataires externes. La valeur se crée autant en dehors des organisations qu’à l’intérieur. Cela oblige les entreprises à repenser ce qu’elles sont et à se voir davantage comme un hub de compétences, une plateforme, une communauté, un écosystème, dont les parties prenantes sont multiples. »

Signe de ce changement profond, le nombre de freelances explose : on en compte aujourd’hui 830 000 en France, soit 126% de plus qu’il y a 10 ans. Cette évolution devrait s’accélérer avec le numérique. Avec un accès wifi et un ordinateur portable, on peut travailler partout ou presque.

La fin du bureau ?

Alors, est-ce la fin du bureau ? « Non car être en télétravail à 100% présente aussi des inconvénients, tempère Laëtitia Vitaud. Ne pas voir ses collègues ou ses collaborateurs crée d’autres difficultés : on a plus de mal à avoir un sentiment d’appartenance ou à garder une ligne claire entre vie privée et vie professionnelle, on est plus à risque de burn out... Le 100% télétravail n’est pas idéal et n’est pas souhaité par tant de personnes. En revanche, un mélange de présentiel, de rendez-vous clients et de télétravail, oui. L’éclatement de l’espace de travail est de plus en plus important. »

Cet éclatement concerne aussi les salariés qui, selon Alban Guyot, directeur général de l’Entreprise du futur, n’auront pas envie de travailler à un seul endroit physique. « Avoir tous ses collaborateurs au siège a-t-il encore du sens ? Un siège social est un bon endroit pour interagir avec la direction, la stratégie, les services supports ou pour organiser de grands meetings... mais est-ce un bon endroit pour travailler en mode projet ? Pour être créatif ? Pour s’inspirer ? Je dis toujours à mes équipes de ne surtout pas rester dans l’entreprise lorsqu’elles travaillent sur des projets qui nécessitent créativité et inspiration. Il y a plein d’autres espaces qui se prêtent mieux à ce genre de tâches. Il faut parfois savoir sortir de l’entreprise. »

Des bureaux qui ne ressembleront plus à des bureaux

Dans son étude « Les 8 scénarios du Bureau 2030 », la société Stonup tente de déterminer la forme des bureaux à long terme. Selon elle, quatre scénarios majeurs se détachent : le « meworking » ; le « paradis chez soi » ; le « siège loisir » et le « télétravail concentré ».

 

Certains cabinets comme Johnson Controls prophétisent que les entreprises pourront aller plus loin en offrant des environnements multi-facettes, intégrant un mélange d’espaces verts, d’espaces ouverts ou sociaux et d’espaces privés isolés. Exit donc, les open spaces bruyants et sans âme. Les espaces de travail des années à venir devront savoir combiner zones de travail solitaire ou à plusieurs, dans un savant mélange de mobiliers propices à la concentration, l’autonomie, la collaboration et la créativité.

Surtout, cette étude de JLL sur les bureaux en 2030 menée auprès des générations Y et Z imagine des espaces et des bureaux complètement revus et corrigés.

 

Fablab, Pop-up desks, presqu’île, pitch theater ou encore cocon ou cour de récré… de quoi nous faire travailler sans en avoir l’air ! Et c’est justement ce qui agace Nicolas Minvielle, responsable du Mastère Spécialisé Marketing Design et Création à Audencia. « Le problème, c’est qu’on se raconte des histoires : on prend un univers seyant et ludique et on nous fait croire que ça va être rigolo de travailler. Mais le but reste bien la productivité, donc à vouloir réinventer les fondamentaux, on n’invente plus grand-chose. »

Extension du domaine du travail

Autre tendance : le bureau qui vous conduit… au bureau ! La montée en puissance des véhicules autonomes au cours des prochaines décennies pourrait créer une nouvelle forme de travail en mobilité, à l’image de Work on Wheels ou de XchangE, la voiture autonome de Regus, qui entendent réinventer le travail nomade. La mobilité devient une manière de récupérer du temps. Une « abomination » selon Nicolas Minvielle. « On fait entrer le travail dans les derniers interstices de liberté. »

 

Le bureau mobile fait partie des imaginaires récurrents. « Ça fait 15 ans que tout le monde dit “le futur du travail, c’est mobile, c’est nomade”. On nous a promis un avenir nomade et on se retrouve avec trois chargeurs, deux adaptateurs et cinquante trucs… ironise le designer. Mais le bureau n’a pas changé : à un moment, on est assis devant un ordinateur et on bosse. Même son esthétique n’a pas beaucoup évolué. Pour moi c’est un objet un peu immuable. »


Cet article a été initialement publié sur le site du Comptoir de la nouvelle entreprise dans le dossier consacré à "L'innovation au service de l'humain".

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