Capture écran de victimes Iraniennes

« Baraye »  : l’hymne de la révolte iranienne

© capture YouTube

Alors que l’Iran entre dans sa neuvième semaine de contestation, Emmanuel Macron rencontrait à Paris quatre militantes iraniennes dont il a salué les efforts révolutionnaires. Leur cri de ralliement ? L'hymne « Baraye », la voix du peuple iranien.

Depuis la mort de la jeune Mahsa Amani suite à son arrestation pour « port du voile jugé non conforme », des milliers d'Iraniens manifestent dans les rues pour défier le pouvoir. Le mouvement baptisé « Femmes, Vie, Liberté » s'unit chaque jour autour de l'hymne Baraye, qui signifie « pour l'amour de » ou « à cause de » en persan. Extrait de parole : « Pour danser dans la rue, pour ne plus avoir peur d'embrasser. Pour ma sœur, ta sœur, notre sœur. Pour le désir d'une vie juste normale... »

Un hymne qui exprime la douleur d'une nation

Alors que la foule affluait dans les rues iraniennes pour manifester contre le gouvernement, le chanteur Shervin Hajipour (célèbre pour avoir gagné un télécrochet) a publié le 28 septembre 2022 sur ses réseaux la chanson Baraye. Inspiré par 31 tweets contestataires, le morceau exprime la colère d'une jeunesse oppressée qui espère encore une vie meilleure. Selon le média d'opposition IranWire, Baraye aurait été visionnée 40 millions de fois sur le compte Instagram de Shervin Hajipour dans les deux jours suivant sa publication.

Le gouvernement Iranien a répondu en arrêtant Hajipour et en retirant la chanson de sa page Instagram. Trop tard : le mouvement de protestation a désormais son hymne. Ziba, une femme de 38 ans, résume ce que représente Baraye pour les Iraniens : « Shervin a mis toute la douleur d'une nation dans cette chanson ».

Le cri d'espoir d'un peuple en colère

Avec Baraye, le peuple iranien s'unit et trouve la force de s'élever contre le gouvernement, observe Ziba : « La première fois que je l'ai entendu, c'est comme si tous mes cris de ces 30 dernières années étaient poussés par la voix de Shervin. Toutes les choses que je n'avais pas pu faire. Tous les sentiments d'infériorité au travail et dans la société. Toute la discrimination que j'ai rencontrée. » Dans la rue, elle a l'impression que tout le monde fredonne la chanson. Elle-même ne proteste pas beaucoup, mais le morceau l'a encouragée à retirer son hijab dans certains espaces publics : au centre commercial ou dans la voiture quand elle va chercher son fils à l'école.

Les jeunes femmes à l'initiative de ce mouvement ont rapidement été rejointes par de jeunes hommes. Aujourd'hui, quand les hommes scandent « Femmes, vie, liberté » les Iraniennes leur répondent « Hommes, Iran, prospérité ».

Un hymne viral qui fait entendre la voix des Iraniens

Remixé, repris et chanté lors de manifestations à Los Angeles où en Europe, la diaspora iranienne s'est aussi emparée de l'hymne. Le 28 octobre à Buenos Aires, le groupe Coldplay a également joué « Baraye », interprétée sur scène par l’actrice iranienne en exil Golshifteh Farahani.

En France 50 personnalités se sont réunies à l'initiative de l’artiste franco-iranienne Marjane Satrapi (créatrice de « Persépolis » et « Poulet aux Prunes » ) et du Collectif 50/50 pour soutenir le peuple iranien.

Certains voient déjà l'hymne de la révolte iranienne récompensé aux prochains Grammy Awards dans la catégorie « Best Song For Social Change » (Meilleure chanson en faveur du changement social).

Les médias iraniens ont rapporté que Hajipour avait été libéré sous caution. Son avocat a tweeté que le chanteur s'est vu interdire de quitter le pays pendant six mois et est accusé de « propagande contre le système » et « d'incitation à des actes violents ».

commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.