Habitants du Honduras manifestant suite à la mort de Berta

Écologie : une décennie meurtrière pour les militants

© Amnesty International

Le dernier rapport de l'ONG Global Witness dresse le bilan d'une décennie meurtrière pour les militants écologistes et fonciers, qui défendent les droits des peuples autochtones. Depuis 2012, ils sont au moins 1733 à avoir trouvé la mort. Seuls 0,9 % de ces crimes ont été résolus.

Une personne tuée tous les deux jours, trois meurtres par semaine, 200 assassinats par an… Derrière les chiffres, des noms : José Santos Isaac Chávez, Sandra Liliana Peña Chocué, Etienne Mutazimiza Kanyaruchinya, Marcelo Chaves Ferreira... Tous assassinés pour avoir protégé la nature contre ceux pour qui elle ne représente qu'une simple opportunité business. Face à cette triste réalité, l'ONG Global Witness réclame un statut pour protéger les défenseurs de l'environnement.

L'Amérique latine et les peuples autochtones : premières victimes des attaques

Assassinés par des tueurs à gages, des groupes criminels organisés ou leurs propres gouvernements, la majorité des militants écologistes tués sont issus des pays du Sud : Brésil, Colombie, Philippines, Mexique, Honduras étant les pays les plus meurtriers… Si le problème est mondial, Ali Hines, principale autrice du rapport, précise : « les pays du Sud sont principalement concernés car le niveau de corruption est plus élevé et les conditions d’accès et de propriété aux terres plus inégalitaires ». Ainsi, les peuples autochtones, qui représentent moins de 5 % de la population mondiale et protègent 80 % de sa biodiversité, sont touchés de manière disproportionnée par les attaques. 39 % des meurtres suivis par Global Witness se sont produits dans des communautés autochtones. « La plupart de ces crimes se produisent dans des endroits éloignés du pouvoir et sont infligés à ceux qui ont, à bien des égards, le moins de pouvoir », indique le rapport.

Les industries minières et extractives, l'exploitation forestière et l'agro-industrie sont les secteurs les plus meurtriers. Rien qu'en 2021, les conflits liés à l'exploitation minière totalisent 27 morts : 15 d'entre eux venaient du Mexique. C'est le cas de José Santos Isaac Chávez, candidat aux élections locales dans l'État de Jalisco (à l'ouest du Mexique), qui avait fait de l'opposition à une mine un élément central de sa campagne. Sa voiture et son corps qui portait des traces de tortures ont été retrouvés au pied d'une falaise en avril 2021, quelques jours avant les élections. Des témoins ont rapporté que des hommes armés l'avaient traîné hors de chez lui et emmené dans son propre véhicule.

Des victoires importantes par les défenseurs de l'environnement

Le rapport note cependant plusieurs victoires importantes pour les militants écologistes. Les communautés indigènes de la côte sauvage du Cap oriental de l'Afrique du Sud ont réussi à forcer l'entreprise Shell à arrêter l'exploration pétrolière dans les zones de reproduction des baleines ; les communautés de l'île de Sangihe en Indonésie ont remporté un procès contre une entreprise soutenue par le Canada qui prévoyait d'extraire de l'or sur leur île. Autre nouvelle encourageante : la condamnation au Honduras à 22 ans de prison d'un ancien cadre de l'énergie pour le meurtre de la militante Berta Cáceres en 2016. Enfin, l'ONG se félicite de l'entrée en vigueur de l'accord Escazú, premier traité sur l'environnement et les droits de l'homme pour l'Amérique latine et les Caraïbes.

Global Witness réclame une tolérance zéro en matière de violence contre les activistes

Malgré ces victoires, l'ONG reste alarmiste. Elle note : « Les crises croissantes du climat et de la biodiversité, et la montée des gouvernements autoritaires, entraînent une augmentation consécutive des meurtres depuis 2018 ». En atteste le triste bilan pour l'année 2021, durant laquelle 227 activistes écologistes ont perdu la vie. Plus tôt cette année, ce sont Dom Phillips et Bruno Pereira, un journaliste et un expert brésilien des « peuples non contactés », qui ont été assassinés dans la vallée de Javari en Amazonie. Une enquête est en cours, mais l'ONG rappelle que seuls 0,9 % des crimes soient résolus.

Pour en finir avec cette impunité généralisée, le rapport exhorte les gouvernements à créer un espace civil sûr pour les défenseurs de l'environnement et à promouvoir la responsabilité juridique des entreprises, en contribuant à garantir une tolérance zéro pour la violence contre les militants. « Nous ne sommes pas seulement dans une urgence climatique. Nous sommes au pied de la sixième extinction de masse, et ces défenseurs font partie des rares personnes qui se dressent sur le chemin. Ils ne méritent pas seulement d'être protégés pour des raisons morales fondamentales. L'avenir de notre espèce et de notre planète en dépend », déclare l'écologiste indienne Dr Vandana Shiva.

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