Jeune femme bras en l'air criant dans un mégaphone

ONG, soutien financier, agence de com'... comment les lanceurs d'alerte américains sont accompagnés

© Andrea Piacquadio

On ne naît pas lanceur d'alerte... on le devient ! ONG, agence, organisation philanthropique… toute une machinerie accompagne la lanceuse d’alerte des Facebook Files Frances Haugen et les autres.

Début octobre, une ex-ingénieure de Facebook – Frances Haugen – révélait son identité sur la chaîne de télévision américaine CBS, quelques jours après avoir fait fuiter des milliers de documents internes dans le Wall Street Journal. Elle affirme que Facebook privilégie constamment son profit plutôt que la sécurité de ses utilisateurs, connaît la mauvaise influence de ses plateformes sur la santé mentale des jeunes filles, déstabilise politiquement des pays... et ne fait rien pour régler ces problèmes. Elle est entendue au sénat quelques jours plus tard et est qualifiée d’ « héroïne du XXIème siècle » par l’un des membres de la commission. Mais comment devient-on une héroïne, au juste ? Pas en partant seule en croisade. En s’entourant de professionnels. 

Pro du storytelling et ONG

Dans un récent article, le Financial Times décrit l’essor d’une nouvelle industrie consacrée aux lanceurs d’alerte, composée notamment de l’ONG Whistleblower Aid et de l’agence de communication Lioness.

Que font ces organisations ? Whistleblower Aid fournit des conseils juridiques aux lanceurs d’alerte, assure leur sécurité, les protège contre d’éventuelles représailles, les loge même parfois, organise leurs déplacements. Un moyen de rééquilibrer le rapport de force inégal entre une énorme société et un individu. L’ONG fournit aussi une aide financière et matérielle aux lanceurs d’alerte. Elle s’occupe notamment de lancer leur campagne de crowdfunding. L'organisation The Signals Network propose un service similaire et a notamment aidé Sophie Zhang, une précédente lanceuse d'alerte qui avait dénoncé l'inaction de Facebook face à la manipulation politique.

Financée par un milliardaire

Frances Haugen est également épaulée par Luminate et Omidyar Network, des organisations du fondateur d’eBay Pierre Omidyar, milliardaire, devenu très critique envers les big tech, nous apprend Politico. Ses organisations ont donné de l’argent à The Whistleblower Aid et organisent les relations presse et gouvernementales de Frances Haugen en Europe. Elle sera d’ailleurs en France le mois prochain. 

De son côté, Lioness (qui n’a pas spécifiquement travaillé sur le cas Haugen), se définit comme une « plateforme de storytelling » . L’agence new-yorkaise a été créée en 2019 par la militante Ariella Steinhorn, ancienne chargée de com chez Uber, et Amber Scorah, activiste et écrivaine. Cette entreprise se charge d’aider les lanceurs d’alerte à structurer leur discours et à le diffuser dans les médias. L’entreprise a notamment écrit une partie du guide en ligne The Tech Worker Handbook, un manuel extrêmement détaillé dédié aux wannabe lanceurs d’alerte. On y trouve des conseils pour trouver les bons journalistes, réagir après la publication d’un article, mais aussi pour protéger ses équipements informatiques… 

Produire des lanceurs d’alerte à la chaîne 

Ces nouveaux services dédiés aux lanceurs d’alerte, qui reposent en majorité sur les dons, seraient débordés par les demandes. Dans le Financial Times, Whistleblower Aid explique qu’ils ont dû refuser 19 cas depuis l’interview de Frances Haugen, faute de moyens.  

Produire des lanceurs d’alerte très préparés a-t-il vraiment un impact ? Il est certain que la préparation de Frances Haugen et la maîtrise de sa communication ont donné une résonance assez inédite à son discours. Mais pour certains observateurs, son intervention, comme celle de Christopher Wylie en 2018, ne changera pas le cours des choses. Os Keyes, chercheur en informatique à l’université de Washington, juge que vouloir mettre en avant quelques lanceurs d’alerte est une fausse bonne idée. Dans une récente tribune publiée dans Wired, il pose un regard très critique sur la mise en scène de ces ex-salariés de la tech, dont l’action ressemble surtout à ses yeux à une forme de confession pour expurger leurs actes, sans réelles avancées derrière. 

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