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Que contiennent les Facebook Files, l’enquête fracassante du Wall Street Journal ?

© Katarzyna Bialasiewicz via Getty Images

La série d’articles chapeautée par Jeff Horwitz pourrait bien avoir autant d’impact que le scandale de Cambridge Analytica.

C’est le feuilleton de la rentrée et il n’est pas près de s’arrêter. Depuis le 13 septembre, le Wall Street Journal publie les différents chapitres d’une gigantesque enquête intitulée les « Facebook Files ». Depuis 18 mois, une équipe de journalistes basée à San Francisco et dirigée par Jeff Horwitz interroge des dizaines d’employés et ex-employés du réseau social et compulse des documents et des extraits de conversations internes qui ont fuités via un lanceur d’alerte anonyme. Que raconte exactement cette enquête ? Pour le moment quatre chapitres ont été publiés, mais d’autres devraient bientôt sortir. Nous mettrons donc cet article à jour au fur et à mesure.

Chapitre 1 : Les VIP de Facebook ne sont pas modérés comme les autres

Dans le premier volet de cette enquête, Jeff Horwitz révèle l'existence d’un programme intitulé « cross check » ou « XCheck » contenant une liste de plus de 5,8 millions de personnes considérées comme une sorte d’élite. Il s’agit bien souvent de célébrités ou de personnalités politiques dont les posts seraient automatiquement immunisés contre les règles de modération censées s’appliquer à tous. L’exemple le plus cité est celui du footballeur Neymar qui a pu poster sur Instagram les images d’une femme nue qui l’avait accusé de viol. Sur Twitter, le porte-parole de Facebook Andy Stone a indiqué qu’il n’y avait pas de « système de justice à deux vitesses » , mais qu’il s’agit plutôt d’une double vérification. Concrètement, les publications de ces VIP sont vérifiées « à la main » par une personne interne à Facebook. En conséquence, certaines publications complotistes ou fausses émanant de ces profils VIP restent beaucoup plus longtemps en ligne, car cette vérification prend plus de temps.

Chapitre 2 : Instagram est toxique pour la santé mentale des jeunes filles

Dans ce deuxième chapitre, les journalistes Georgia Wells, Jeff Horwitz et Deepa Seetharaman montrent qu’une étude interne pointait du doigt les dégâts psychologiques qu’Instagram pouvait produire sur les jeunes femmes. D’après cette enquête, « 32 % des adolescentes déclarent que leurs complexes étaient amplifiés par la plateforme » tandis que 13 % des Britanniques et 6 % des Américaines imputent à Instagram leurs envies suicidaires. À la manière des grandes marques de cigarettes, Facebook a volontairement caché cette information au Congrès. Pire. Le réseau social planche depuis sur le projet d’un Instagram réservé aux moins de 13 ans. 

Chapitre 3 : le changement d’algorithme qui dégénère

Dans une série de mémos décortiqués par Keach Hagey et Jeff Horwitz, on apprend que la tentative d’assainissement de Facebook lancée en 2018 s’est soldée par un échec retentissant. À cette époque, la plateforme avait voulu que les utilisateurs accèdent plus facilement à du contenu généré par des proches plutôt que par des médias, dans le but d’améliorer les interactions entre eux. Les ingénieurs avaient modifié en profondeur les algorithmes de recommandation des contenus, mais les résultats se sont avérés catastrophiques. Les contenus les plus toxiques ont bénéficié d’un boost dans l’outil de recommandation de Facebook. Par conséquent, certains médias et certaines personnalités politiques, afin de s'assurer un maximum d'audience, ont suivi cette tendance et ont radicalisé leurs propos afin de bénéficier d’une plus grande visibilité. En interne, Facebook a reconnu les dangers de cette méthode pour la démocratie américaine, dangers qui sont devenus concrets le 6 janvier 2021 lors de l’invasion du Capitole.

Chapitre 4 : Cartel et trafics humains en direct sur Facebook

C’est probablement le chapitre le plus choquant de cette large investigation. D’après Justin Scheck, Newley Purnell et Jeff Horwitz, Facebook permet l’affichage de contenus pouvant être mis en lien avec du trafic d’êtres humains et de l’esclavagisme moderne. On y trouve pêle-mêle des petites annonces provenant d’un cartel mexicain à la recherche de tueurs à gages, ou bien des publicités postées par des agences pouvant fournir une main-d’œuvre corvéable à merci et dont les passeports sont confisqués. Ces contenus, postés généralement depuis des pays asiatiques ou dans le Moyen-Orient sont bien connus de l’entreprise, mais les documents internes montrent que la réponse à ces problèmes reste souvent bien faible.

Les équipes chargées par Facebook de nettoyer les réseaux mis en place par différents cartels de drogues n’ont pas fait le travail jusqu’au bout et certaines pages montrant des vidéos d'exécutions ou de violences ont été laissées en ligne pendant plusieurs mois. La raison est ironiquement simple. Sur les 3.2 millions d’heures consacrées par les employés de Facebook à la recherche et l’analyse de contenus à modérer, seuls 12 % de ce temps fut consacré à des posts venant de l’extérieur des États-Unis. En contrepartie, la marque passe trois fois plus de temps à travailler au développement de son activité commerciale et faire en sorte que les publicités n’apparaissent pas à côté de contenus peu appréciés par les publicitaires.

À lire pour aller plus loin : Facebook Files la lanceuse d'alerte va révéler son identité en direct sur CBS

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