France Haugen témoigne devant le Sénat Américain

Facebook Files : au Sénat, Frances Haugen sonne la fin du game pour Mark Zuckerberg

© CBS-60 Minutes

La lanceuse d'alerte Frances Haugen était face aux sénateurs pour répondre aux questions que les dizaines de milliers de documents qu'elle a sortis de chez Facebook soulèvent. Pour la première fois, on sent la firme de Mark Zuckerberg vaciller.

Après avoir alimenté la série d’articles du Wall Street Journal et raconté son histoire lors de l’interview donnée à l’émission 60 Minutes le dimanche 3 octobre, la lanceuse d’alerte Frances Haugen a témoigné devant le Sénat américain mardi 5 octobre 2021. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le ton était résolument tourné contre Facebook et son CEO Mark Zuckerberg.

Facebook comparé à « Big Tobacco »

L’audition s'est déroulée devant le sénateur Richard Blumenthal, président du sous-comité portant sur la consommation, la protection, la sécurité des produits et la sécurité des données. Au cours d'un long préambule, ce dernier a rendu hommage au « courage » de la lanceuse d'alerte et lui a promis toute la protection juridique pour faire face aux suites de ses révélations. Puis il s'est livré à une violente diatribe à l'encontre de la plateforme sociale. Le sénateur a rappelé comment les 10 000 pages de documents internes dévoilés par Frances Haugen prouvaient que Facebook mettait des enfants en position de dépendance et les exposait à du contenu dangereux pour leur santé mentale et leur intégrité physique. « Nous vivons un moment de vérité, a-t-il indiqué en se référant plusieurs fois à l'industrie du tabac. Facebook sait que ses produits peuvent être addictifs et toxiques pour les enfants et préfère ses profits à la douleur engendrée. »

« Facebook sait-il lire ses propres études ?  »

Au-delà de ces révélations, c'est l'attitude de Facebook et notamment de sa responsable de la sécurité Antigone Davis, qui semble avoir passablement énervé les membres du comité. Cette dernière était passée en audition le 30 septembre 2021 pour répondre aux questions générées par les premières révélations du Wall Street Journal. « Facebook sait être en violation de la loi concernant la vie privée des enfants, a indiqué la sénatrice Marsha Blackburn. Ils ont pourtant minimisé continuellement leur responsabilité. Ils disent que le WSJ ne sait pas interpréter les recherches internes à l'entreprise. En voyant les données présentées sur les documents, on est en droit de penser que c'est Facebook qui n'est pas capable de lire ses propres études. »

Ce ton particulièrement offensif dénote d'ailleurs de l'audition de Mark Zuckerberg de 2018. Cette dernière s'était déroulée dans le sillage de l'affaire Cambridge Analytica. À cette occasion, le CEO avait dû faire face à des questions naïves. Aujourd'hui, les sénateurs ont fait leur devoir. Ils connaissent le dossier Facebook – avec une précision remarquable.

« Ils ont fait passer leurs immenses profits avant les gens »

Après ce premier tour de chauffe, Frances Haugen a porté son témoignage devant la commission. Cette dernière a solennellement demandé au Congrès d'intervenir afin de pousser Facebook au changement. «  Les dirigeants de l'entreprise savent comment rendre Facebook et Instagram plus sûrs et n'apporteront pas les changements nécessaires car ils ont fait passer leurs immenses profits avant les gens. Une action du Congrès est nécessaire. Ils ne peuvent pas résoudre cette crise sans votre aide. »

Pour la lanceuse d'alerte, le problème de Facebook vient avant tout du choix systématique du profit qui est fait au sein de l'entreprise. « Pendant mon séjour en tant que cheffe de produit principale pour le département Civic Misinformation et plus tard sur le Contre Espionnage, j'ai vu que Facebook rencontrait à plusieurs reprises des conflits entre ses propres bénéfices et notre sécurité, raconte-t-elle. Facebook a systématiquement résolu ces conflits en faveur de ses propres profits. Le résultat a été un système qui amplifie la division, l'extrémisme et la polarisation – et sape les sociétés du monde entier. Dans certains cas, ce discours en ligne dangereux a conduit à une violence réelle qui blesse et même tue des personnes. Dans d'autres cas, leur machine d'optimisation des profits génère de l'automutilation et de la haine de soi, en particulier pour les groupes vulnérables, comme les adolescentes. Ces problèmes ont été confirmés à plusieurs reprises par les propres recherches internes de Facebook. »

Un appel pressant à la régulation

Elle a notamment pointé du doigt l'algorithme appelé Engagement Based Ranking qui est responsable sur Instagram de la sélection du contenu visible par les utilisateurs. D'après elle, cet outil qui a pour objectif de mettre en avant le contenu générant le plus de likes, de partages et de commentaires choisit systématiquement du contenu toxique, notamment pour les jeunes filles. Ces dernières sont bien souvent bombardées de contenus liés aux communautés faisant la promotion de l'anorexie. Elle rappelle que la plateforme n'a pas entièrement la main sur le contenu posté par les utilisateurs mais qu'elle a en revanche la maîtrise de son algorithme et que ce dernier est laissé en roue libre tant qu'il rapporte de l'argent.

Pour contrer cette crise, elle en appelle à une obligation de transparence de l'entreprise. « La gravité de cette crise nous oblige à sortir des cadres réglementaires précédents, indique-t-elle. Les modifications apportées aux protections de la vie privée obsolètes ou les modifications apportées à l'article 230 ne seront pas suffisantes. Le cœur du problème est que personne ne peut mieux comprendre les choix destructeurs de Facebook que Facebook, car seul Facebook peut regarder sous le capot. Un point de départ essentiel pour une réglementation efficace est la transparence : un accès complet aux données pour les recherches non dirigées par Facebook. Sur cette base, nous pouvons élaborer des règles et des normes sensées pour lutter contre les préjudices causés aux consommateurs, les contenus illégaux, la protection des données, les pratiques anticoncurrentielles, les systèmes algorithmiques, etc. »

En collaboration avec le Wall Street Journal, la lanceuse d’alerte avait révélé l’existence d’une étude interne à Facebook qui pointait du doigt les dégâts psychologiques qu’Instagram pouvait produire sur les jeunes femmes. D’après cette enquête, « 32 % des adolescentes déclarent que leurs complexes étaient amplifiés par la plateforme » . Ces révélations ont eu pour conséquence la mise en pause du projet d’un Instagram réservé aux moins de 13 ans. Le sénateur Richard Blumenthal demandera probablement plus de détails sur cette étude.

Suivez l’audition Frances Haugen en cliquant sur ce lien. Nous mettrons l’article à jour au fur et à mesure de la séance. 

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commentaires

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  1. Anonyme dit :

    Téléphone, Internet, publicité, communication… Bienvenue dans le monde des vautours !

  2. pascal lovitchy dit :

    Tiktok ne vaut guère mieux c'est un produit très addictif qui provoque des minis pics de Dopamine dans le cerveau à chaque nouvelle vidéos. le principe est donc relativement simple pour abrutir une jeunesse déjà noyée par les autres réseaux sociaux leur envoyer de la soupe encore pire que peut le faire la télévision avec des fakesnews et des informations fausses. cela provoque donc des troubles de l'attention puisqu'ils ne peuvent plus se concentrer à l'école car le niveau d'attention a chuté en 25 ans. tout se concentre sur l'apparence et le fait de ressembler à des bloggeurs. bien dommage de laisser autant de dérive et de condamner une jeunesse qui n'est pas consciente que son futur est en péril juste pour que certains puissent s'enrichir.

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