Anne Hidalgo, Valérie Pécresse et Yannick Jadot

Souveraineté, souveraineté et souveraineté : le programme numérique des candidats à l’élection présidentielle

Un cloud français pour Valérie Pécresse, un RGPD2 pour Yannick Jadot, un livret innovation pour Eric Zemmour… Et de la souveraineté numérique pour tous ! 7 candidats à l’Élysée ont détaillé leur vision du numérique. 

Sur la scène du Cirque d’Hiver à Paris, mercredi 9 mars, 7 candidats à l'Élysée ou leur représentant se sont prêtés à l'exercice du « pitch ». Pendant 5 minutes, pas une de plus, ils ont présenté leur programme numérique devant un parterre d’entrepreneurs et de salariés du secteur. Cet événement organisé par le syndicat professionnel Numeum était l'occasion d'en savoir plus sur leurs mesures concernant ce domaine. Au menu : beaucoup de souveraineté numérique à droite comme à gauche, de la protection des données personnelles, un peu de réduction de la fracture numérique et assez peu de mesures concrètes et novatrices. On fait le point candidat par candidat. 

Valérie Pécresse, la souveraineté numérique grâce à une infrastructure made in France

La vision : « Il faut se poser la question du numérique en termes de souveraineté », a déclaré la candidate des Républicains. Pour elle, cela passe par la construction de l’infrastructure : « développer brique par brique un cloud souverain français d’ici 2030 en partenariat avec les entreprises ». Mais aussi par le développement de « logiciels et d’algorithmes » français. Valérie Pécresse souhaite que l'administration utilise 50 % de logiciels français et européens « à terme ». Ses deux autres principales volontés : la protection des données des Français et le développement des compétences en cybersécurité.

Quelques mesures : Valérie Pécresse veut créer un haut conseil à la souveraineté numérique « pour protéger les pépites françaises susceptibles de se faire racheter par une entreprise étrangère ». Elle évoque également la mise en place d’un « parquet cyber » pour que la justice poursuive les cybercriminels. 

Yannick Jadot, faire concorder numérique et intérêt général

La vision : « Ma responsabilité c’est de réconcilier le dynamisme du secteur numérique avec l’intérêt général », a indiqué Yannick Jadot. Pour lui, cela signifie intégrer « une responsabilité environnementale et sociale au numérique, réduire la dépendance aux Big tech et garantir un foisonnement, une diversité dans le secteur ». « Notre économie numérique ne peut pas se résumer à un repas livré par un gamin qui travaille dans des conditions très difficiles », a-t-il notamment dit. Il veut en finir avec une certaine vision qui veut « la digitalisation pour la digitalisation », « la puissance pour la puissance » . Le candidat d’EELV a également évoqué les émissions carbone du secteur qu’il souhaite réduire. Et lui aussi défend l’idée d’une souveraineté numérique. 

Quelques mesures : Yannick Jadot entend responsabiliser les entreprises du numérique en leur demandant de réfléchir aux externalités sociales et environnementales dès la conception de leurs produits, sans préciser les mesures coercitives qui accompagneraient ce souhait. Il veut également réfléchir à un « RGPD2 », soit des mesures plus strictes sur la protection des données en garantissant notamment la portabilité des données personnelles d’une plateforme à une autre. Pour garantir la souveraineté, Yannick Jadot aimerait mettre en place en Europe la fermeture des marchés publics aux entreprises étrangères afin de favoriser les acteurs européens. 

Nicolas Dupont-Aignan, souveraineté et réduction de la fracture numérique

La vision :  Le candidat de Debout la France défend lui aussi la souveraineté numérique. « On ne peut pas être esclaves des autres », a-t-il déclaré en faisant référence à la dépendance à Google, Facebook, Amazon et Microsoft. Il a également insisté sur la nécessité d’en finir avec les zones blanches et l’exclusion de millions de Français. Une autre de ses préoccupations est de protéger « la liberté des Français », en évoquant notamment « la censure de comptes par des entreprises étrangères » ou le développement des « QR code pour se promener dans Paris », en référence au pass sanitaire, qui selon lui nous conduit vers une « société orwellienne ». 

Quelques mesures : Pour construire une souveraineté numérique, Nicolas Dupont-Aignan a évoqué l’idée de construire un moteur de recherche français, et de construire un Airbus ou un Ariane du numérique avec d’autres pays européens. Comme Valérie Pécresse, il est favorable au blocage du rachat des startups françaises par des entreprises étrangères et au recours à l’achat public pour favoriser les entreprises numériques du pays. Côté financement, il a évoqué 5 milliards d’euros alloués aux « secteurs d’avenir » (sans préciser lesquels).  

Jean-Luc Mélenchon, le numérique comme nouvelle frontière de l'Humanité

La vision :  « Le numérique est la nouvelle frontière de l’Humanité, au même titre que la mer et l’espace », a déclaré en guise d’introduction Bastien Lachaud, député LFI de Seine-Saint-Denis venu présenter le programme numérique de Jean-Luc Mélenchon au Cirque d’Hiver. Pour lui, la France doit être aux avant-postes du numérique. Trois principaux défis sont à résoudre : la souveraineté, la sécurité cyber et la protection des données. Contrairement à la plupart des autres candidats qui veulent laisser la main-libre aux entreprises, Bastien Lachaud a plutôt mis en avant « un État stratège » en matière de numérique. La souveraineté doit passer par un « protectionnisme numérique et écologiste ». Comme Nicolas Dupont-Aignan, il souhaite réduire la fracture numérique et éviter la big-brotherisation de la société. 

Quelques mesures :  Bastien Lachaud a évoqué 200 milliards d'euros d'investissement pour soutenir la planification écologique et numérique. En matière d’obsolescence programmée, il souhaite que chaque produit rentrant sur le territoire français soit soumis aux mêmes règles que les produits français. Par ailleurs, dans le programme de Jean-Luc Mélenchon, l’une des mesures est de garantir un accès minimal gratuit à Internet pour tous.  

Eric Zemmour, faire du numérique un moyen d'affirmer sa puissance  

La vision :  Selon Eric Zemmour, il ne faut pas voir le numérique par le seul prisme de l’individu et du consommateur – « c’est la grande erreur de Bruxelles » – et sortir du dogme du libre-échange. Il faut plutôt voir le numérique comme un moyen d’affirmer sa puissance d’État, comme l’ont fait la Chine et les États-Unis. Comme la plupart des autres candidats, l'ex-journaliste évoque le besoin de trouver « une souveraineté numérique ». Mais pour lui, il est inutile de vouloir concurrencer les Gafam « parce que c’est trop tard », en revanche il faut développer des entreprises autour de la blockchain, de la cybersécurité et du quantique, « là où on est bon ». Le candidat de Reconquête ! a trouvé l’occasion de rappeler sa politique « zéro immigration », face à un entrepreneur qui soulignait la nécessité de faire appel à des talents étrangers pour construire des géants français du numérique, comme l’ont fait les sociétés de la Silicon Valley. Il s’est par ailleurs opposé à toute politique favorisant la diversité, qui fait pourtant souvent défaut aux entreprises du numérique

Quelques mesures : Pour soutenir l’investissement dans les entreprises tech, Eric Zemmour souhaite créer un « livret innovation » semblable au PEA et « exonéré d’impôt » au moment de la revente. Concernant l’éduction, il souhaite introduire une formation au numérique et à la programmation dès le collège, puis créer dans l’enseignement supérieur plus d’écoles sur le « modèle de 42 », l’école de code créée par Xavier Niel

Emmanuel Macron, massifier l'écosystème startup

La vision :  L’objectif pour le président est de « massifier » ce qui a été fait lors du précédent mandat. Cédric O, venu présenter son programme au « Pitch des candidats », a répété le terme à plusieurs reprises. La solution serait de trouver une « alchimie entre capital, talents et marché ». L’idée serait, après avoir accompagné les licornes, d’insister sur les startups early stage (au début de leur développement). Il faut aussi accompagner les startups déjà installées comme « Mirakl et Back Market » pour en faire des géants capables d’investir dans d’autres domaines, a estimé Cédric O. 

Un autre axe évoqué par le secrétaire d’État au numérique est la lutte pour l’inclusivité au numérique en augmentant notamment le nombre des Maisons France Services pour accompagner les Français dans leur démarche. 

Quelques mesures :  Pour massifier, l’idée serait d’investir 30 milliards d’euros chaque année dans les startups. Côté formation, le programme d’Emmanuel Macron comprend l’introduction d’un apprentissage du code et des usages du numérique dès la 5ème pour former au cours du quinquennat « 500 000 experts du numérique ». 

Anne Hidalgo, réindustrialiser grâce au numérique

La vision : Anne Hidalgo entend faire du numérique l’une des « quatre odyssées industrielles » de son mandat aux côtés des énergies renouvelables, de la santé et de la mobilité. La candidate du PS a défendu l’idée d’un « numérique créatif », à l’image de ce qui a été mis en place dans la capitale. Elle a également insisté sur la dimension « éthique » du numérique. Elle souhaite développer un secteur numérique qui intègre un modèle de développement propre à l’Europe, fondé sur la responsabilité sociale et environnementale. Elle aussi a évoqué l’importance de développer une souveraineté numérique face aux Gafam, qui s’enrichissent grâce aux données des Français. Un problème « démocratique » selon la candidate. 

Quelques mesures : Anne Hidalgo souhaite mieux orienter les 5 milliards d’euros par an qu’il reste du plan de relance européen, en les investissant dans la mutation écologique et numérique. Dans son programme, Anne Hidalgo dit vouloir donner aux travailleurs des plateformes un statut de salarié. 

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