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IA Intelligence artificielle

Les prouesses de l'IA et des systèmes experts

Le 21 nov. 2016

Révolutionner le monde du service en y injectant de puissantes doses d'I.A : c'est la prouesse du Français Yseop, cofondé par le chercheur Alain Kaeser, et adopté par plusieurs entreprises du CAC 40.

« Si je n’avais pas fait ça, j’aurais fait de la neurochirurgie. »

Au fond, Alain Kaeser voudrait comprendre comment l’être humain fonctionne. « Car l’humanité revient toujours aux mêmes grandes questions fondamentales : pourquoi l’univers, pourquoi la vie, pourquoi l’intelligence ? »

Étudiant à l’École normale supérieure de Cachan, il passait ses nuits au labo, seul, parce qu’il aime bien « se lancer dans des chantiers un peu consistants ». Il faisait de l’intelligence artificielle. Sans le savoir. On est au début des années 1980 et l’expression n’a pas encore gagné les charmes du hâle californien, et ses pionniers passent pour des hérétiques, infidèles à la noblesse des sciences mathématiques. À la question posée par Alan Turing dès 1951, « Les calculateurs numériques peuvent-ils penser ? », peu nombreux sont ceux qui répondent par l’affirmative.

Alain Kaeser, de son côté, entreprend la création d’un programme capable de résoudre des équations d’un niveau bac, « c’est ce que l’on appelle le calcul symbolique : on soumet la machine à des problèmes qui obligent à élaborer de vrais raisonnements ». Il n’a pas réussi, mais a poursuivi ses recherches.

 

L’intelligence humaine est un grand mystère, mais essayer de la comprendre ne consiste pas forcément à vouloir l’imiter.

 

Alain Kaeser

Il faut se souvenir : quand l’homme a tenté de voler, les premiers essais consistaient à reproduire le vol des oiseaux… Et ça n’a jamais marché. « On a réussi à décoller quand on a su imaginer que l’on pouvait faire autrement : alors, on a créé les avions. » L’intelligence artificielle suivra sans doute la même logique, et le défi s’inscrit dans l’évolution naturelle des technologies.

« Toutes nos machines ont été conçues pour relayer l’humain dans des tâches toujours plus complexes. Sur le plan physique d’abord, avec les outils puis les machines, et sur le plan intellectuel désormais. » Mais nos ordinateurs, aussi performants puissent-ils nous paraître, restent encore dévolus à des tâches relativement triviales : la production de calculs, de graphiques, de traitements de texte.

Est-ce toujours pour une amélioration de notre productivité ? Pas certain.

« Nos machines nous ont fait aussi régresser : nous passons tous des heures à peaufiner de beaux rapports avec des outils qui, au final, ne sont que des porte-plumes améliorés. L’homme reste à la manœuvre. » Yseop propose d’aller plus loin.

Dans la grande famille de l’intelligence artificielle (machine learning, reconnaissance faciale, reconnaissance vocale…), Yseop travaille sur les systèmes experts. On en trouve déjà un peu partout dans l’industrie : avec les pilotes automatiques ou la gestion des centrales nucléaires. La grande idée d’Yseop est de les faire basculer dans le monde des services.

Résultat ? Les machines sont capables, de manière autonome, en temps réel, de concevoir et de rédiger des recommandations stratégiques destinées aux cadres des services financiers, marketing ou commerciaux. Par exemple ? Les conseillers bancaires n’ont pas toujours le temps de préparer leurs entretiens, et leurs outils leur délivrent des fiches de synthèse prototypées assez simples : situation personnelle, états et derniers mouvements de leurs comptes...

Yseop fait beaucoup plus et beaucoup mieux. En compulsant les data propres au client aux meilleures pratiques d’experts métiers, l’outil est à même de rédiger de véritables recommandations. En un clic, le collaborateur obtient deux pages d’un argumentaire sur mesure, rédigé en langage naturel indiquant la manière de mener l’entretien, les points clés à aborder, les opportunités de vente ou les éventuels risques de voir le client partir... Inutile de se le cacher : incontestablement, la machine a de nombreux avantages sur nous autres. Outre qu’elle est d’humeur constante, elle passera en revue systématiquement tous les éléments pour élaborer son raisonnement, sans fatigue, sans parti pris... Même les meilleurs d’entre nous ne sont pas capables de le faire sur un champ aussi large de data.

Une prouesse technologique made in France, réalisée par les équipes R&D d’Yseop Lyon. Les prochains chantiers ? Des interfaces qui fonctionneront à la voix. « Beaucoup d’usages sont à inventer, dans le domaine de l’Internet des objets notamment, pour établir un dialogue direct entre l’homme et la machine. » Certaines technologies existent mais Yseop ajoutera la sienne pour affiner le raisonnement de la machine. Par ailleurs, « on va ajouter une notion de personnalisation. En fonction du contexte, on modifiera l’intonation, l’élocution… ». Mais le plus gros pari reste de faire naître une nouvelle génération d’ordinateurs.

« Dans quelques années, on ne parlera plus d’intelligence artificielle, elle sera totalement incorporée à l’informatique. » Tout simplement.


Cet article est paru dans le numéro 8 de la revue de L’ADN. Alain Kaeser est l’un de nos 42 superhéros de l’innovation. Votre exemplaire à commander ici.


 

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