Des passants surveillés dans la rue

Surveillance numérique : « C'est comme le dérèglement climatique : on en a conscience, mais on ne se sent pas concerné »

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Où vont nos données, qui les analyse et pour quoi faire exactement ? Sur France Culture, LSD, la série documentaire s’intéresse aux mécanismes de la surveillance numérique. Une enquête de terrain à écouter du lundi 29 mars au jeudi 1er avril. Interview d'Antoine Tricot, l’un des réalisateurs.

Nous avons tous conscience que nos activités sur Internet sont surveillées, encore plus depuis les périodes de confinement où toutes nos vies ont basculé en ligne. Mais la manière dont sont utilisées ces données, par qui, pourquoi et pour quelles conséquences reste assez nébuleuse. Pour répondre à ces interrogations, les réalisateurs Antoine Tricot et Rafik Zenine nous plongent dans une enquête en 4 épisodes de 55 minutes. Cette série baptisée « À l’ère de la surveillance numérique » sera diffusée sur France Culture, dans l’émission LSD, la Série documentaire du lundi 29 mars au jeudi 1er avril à 17h00. Les journalistes y décortiquent l’industrie complexe du capitalisme de surveillance, s’interrogent sur ses enjeux géopolitiques, nous emmènent dans les rues d’une safe city et explorent les moyens d’échapper à ce système, voire de le changer. 

Vous commencez la série documentaire par une analyse des traceurs présents sur votre smartphone. Avez-vous été surpris de toute l’industrie derrière ces petits logiciels de surveillance ?

Antoine Tricot : Le rôle du journaliste est parfois de jouer les faux naïfs. Je travaille sur des sujets liés au numérique depuis plusieurs années, et je fais plutôt attention à mes données personnelles, donc j’étais assez conscient d’être tracé par les applications et les équipements hardware que j’utilise. Mais en menant cette enquête je me suis rendu compte que malgré cette connaissance, de nombreuses données m’échappaient. Notamment toute la sphère des data brokers, ces courtiers en données qui achètent et vendent nos données personnelles pour faire de la publicité ciblée, mais aussi de l’analyse de comportement. Ce sont des entreprises très mal connues. La surveillance est un thème traité par de nombreux journalistes, des études sont régulièrement publiées, et pourtant c’est un sujet qui a encore du mal à atteindre le grand public.

Car pour beaucoup, la surveillance ne paraît pas si gênante...

A.T. : C’est le même problème que pour le réchauffement climatique. Nous en avons conscience, mais on ne se sent pas toujours concerné, et surtout nous avons l’impression de ne pas pouvoir y faire grand-chose. La surveillance comme le réchauffement sont des problématiques collectives, qui doivent donc trouver des réponses politiques. Par ailleurs, ce ne sont pas tellement les données en elles-mêmes qui sont problématiques, mais l’interprétation que l’on peut en faire. YouTube sait par exemple que j’ai écouté une chanson mélancolique à 1h du matin, si j’écoute cette même chanson à la même heure plusieurs jours d'affilée, il est possible d’analyser ce comportement et d’en déduire que je fais peut-être une dépression. Et là, on comprend mieux en quoi c’est problématique. Si nous allons vers une normalisation des comportements, il sera possible grâce aux données enregistrées sur chaque individu d’identifier ce qui devient de la norme.

Vous dressez dans le premier épisode une liste assez vertigineuse de tout ce que les plateformes collectent sur vous…

A.T. : Oui et c’est quelque chose que n’importe qui peut faire aujourd’hui. En quelques clics, il est possible de demander à une entreprise le dossier des données qu’elle possède à votre sujet. L’entreprise a normalement 30 jours pour les fournir.

Était-il difficile d’approcher les entreprises de l’industrie de la surveillance ?

A.T. : Les entreprises que j’ai contactées étaient plutôt heureuses de pouvoir expliquer ce qu’elles font. À l’instar de William Eldin, le PDG de xxii, (une entreprise d’analyse de flux de vidéos en temps réel qui équipe différentes villes françaises, ndlr). Notre objectif était de faire dialoguer dans une même série documentaire leurs points de vue et les avis critiques. Celui de la Quadrature du Net par exemple, qui estime que mis à bout à bout les dispositifs de surveillance - dans les villes notamment - modifient nos comportements. Les débats autour de ce sujet sont généralement très polarisés. Et les traits sont grossis d’un côté comme de l’autre. Pourtant c’est une question qui mérite un vrai débat citoyen car c’est une problématique collective.

Le quatrième épisode est une réflexion sur les moyens d’échapper à cette surveillance. Quels sont-ils ?

A.T. : Il n’est pas possible d’échapper complètement à la surveillance mais il est possible de la limiter en utilisant des messageries chiffrées, des outils d’obfuscation comme AdNauseam (une extension qui clique automatiquement sur toutes les publicités croisées pour gêner la mesure des publicités ciblées), ou éviter d’utiliser des cartes de fidélité.

À écouter : À l'ère de la surveillance numérique, LSD, la série documentaire du lundi 29 mars au jeudi 1er avril sur France Culture. La série est également disponible en podcast sur franceculture.fr et l’appli Radio France.

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