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Une adolescente qui regarde son téléphone en souriant
© fizkes via GettyImage

Deep like, pré-couple, emojis… les nouveaux codes amoureux des ados

Le 23 oct. 2019

Comme chaque génération, les ados d'aujourd'hui réinventent les règles du jeu de la séduction. Plongée dans l'univers amoureux de la génération qui préfère s'envoyer des emojis et des snaps plutôt que des mots doux.

À l’ère de Tinder, on pourrait imaginer que les relations amoureuses sont aussi simples qu’un swipe. À droite, ça matche. À gauche, bye bye et au suivant. Facile. D’autant plus que les réseaux sociaux étaient censés nous permettre de fluidifier la communication, d’exprimer nos sentiments en flux tendu. Et pourtant, chez les ados qui ont grandi avec un smartphone entre les mains, les relations amoureuses n’ont rien de simple. Ce serait même plutôt (très) compliqué. Entretien avec Sébastien Houdusse, Directeur général adjoint de BETC Digital, pour décrypter les nouvelles pratiques amoureuses des plus jeunes.

Ouf, le grand amour existe toujours

Mauvaise nouvelle pour les cyniques, le grand amour existe toujours. C’est même une obsession. « Et surtout chez les très jeunes, » précise Sébastien Houdusse. On croyait que les générations précédentes avaient fait éclater le carcan des relations amoureuses mais pour les ados d’aujourd’hui, amour et couple sont indissociables. D’ailleurs, dans les cours de récré, on ne dit plus « sortir avec quelqu’un » mais « être en couple avec quelqu’un. »

Mais la chasse à l’amour avec un grand C exerce une vraie pression chez les juniors. Interrogée lors de l’étude BETC Teens, une adolescente de 14 ans racontait qu’« à l’école, c’est à celui qui sera en couple le premier. » Bref, si à 15 ans, t’es pas en couple, c’est que t'as raté ta vie. 

Pour atteindre ce statut tant convoité, le chemin est juché d'embûches. Oubliez les petits mots griffonnés sur un bout de papier passé discrètement en cours d’anglais. Aujourd’hui, c’est évidemment sur Instagram que ça se passe. Malgré la multitude d’applications qui ciblent les ados et leur proposent des fonctionnalités de dating, 34% des 13-17 ans affirment avoir été dragués sur Instagram. « Ça en fait l’application de dating la plus performante », confirme Sébastien Houdusse.

Insta, Twitter, Snapchat… « la customer journey de la drague »

Si Léa veut signifier à Théo qu’il lui plaît, il va falloir qu’elle suive des codes très précis en jonglant sur les différents réseaux sociaux. Dans le code de l’amour 3.0, chaque étape se déroule dans un espace spécifique. Une sorte de « customer journey de la drague », ironise Sébastien Houdusse.

Dans ce périple du flirt, Léa devra d’abord « demander son Insta » à Théo afin de faire une « request ». Premier signe visible de l’intérêt. Entreprenante, elle pourrait « glisser dans les DM, les messages visibles de lui et de lui seul » de Théo. Mais pas avant d’avoir fait un tour sur son Twitter. Toujours dans une phase d’approche, les tweets permettent d’en savoir plus sur la personne convoitée – ce qu’elle dit, ce qu’elle aime, ce qui l’énerve. L’intérêt de Léa pour Théo se confirme et inversement, il est temps de passer au stade suivant. Direction Snapchat.

Le réseau social qu’on a souvent annoncé comme mort reste une appli indispensable pour les ados. Loin des formats contraints d’Insta, ils s’y lâchent et communiquent en « face à face » pour « voir si la fille [ou le garçon] a du répondant », d’après un adolescent interrogé dans le cadre de l’étude BETC Teens.

Théo s’en sort bien. Les deux tourtereaux en arrivent donc au point culminant de cette parade nuptiale digitale : le texto ! Alors qu’on communique avec ses proches sur WhatsApp ou Messenger, le bon vieux SMS se dote d’une aura presque sacrée et devient « une forme de communication hyper officielle comme les mails ou les lettres », analyse Sébastien Houdusse.

En couple mais pas trop

Léa et Théo ont beau désormais passer leurs soirées à s’envoyer des textos enflammés, ils sont loin d’en avoir terminé. Avant de se déclarer « en couple », les ados les plus précautionneux passent par la phase de « pré-couple ». Particulièrement usitée dans les émissions de télé-réalité du type « Les Marseillais à [ insérer ici le nom d'une destination pseudo-exotique mais ensoleillée toute l’année ] », la pratique consiste à déclarer une affection mutuelle et exclusive mais sans se dire en couple. Câlins autorisés mais pour les bisous, il faudra encore attendre. Alors que Tinder permet de griller les étapes d’un coup de swipe, les ados préfèrent en rajouter. Encore, et encore.

Instagram, le nouveau faire-part de relation amoureuse

Si tout se passe bien, la « période d’essai » se confirme et les pré-amoureux accèdent finalement à la grande étape : le couple. Être en couple en 2019 quand on a 16 ans, ça veut dire être en couple sur Instagram. Et là encore, les codes à respecter sont précis. Pas question d’annoncer brutalement sa relation en postant une photo en mode « breaking news ». Non, non, tout d’abord, Léa et Théo vont mutuellement commenter leurs publications. Discret mais efficace pour commencer à distiller l’information.

Puis, Théo apparaîtra furtivement dans la story d’Eva, la meilleure copine de Léa. De quoi permettre aux observateurs aguerris de repérer le couple naissant avant que Léa ne fasse enfin une apparition dans une vidéo postée par Théo. À ce stade, #couplegoals et assimilés sont autorisés. Grade ultime de l’officialisation : la mention dans la bio Insta, érigée en preuve d’amour digital suprême.

Le nouveau vocabulaire de l’amour va bien au-delà des mots

Les réseaux sociaux n’ont pas seulement revu les codes de la drague, ils ont aussi changé le vocabulaire de l’amour. On ne met plus un râteau mais on « laisse en vu ».  Au lieu d’aborder son crush, on « deep like ». Plus signifiant qu’un like, le deep like consiste à liker une photo très ancienne, genre début 2017 (ben oui, on a dit très ancienne). En gros, prouver son intérêt en scrollant sur Insta.

Si de nouveaux mots apparaissent, le nouveau langage de l’amour n’est pas toujours verbal. « Il y a un tel encodage de la séduction et de la relation amoureuse qui fait qu’on ne s’exprime plus forcément avec des mots clairs et précis, » nous explique Sébastien Houdusse. Les ados s’en remettent donc aux emojis. Et c’est bien plus subtil que les détournements de fruits et légumes pour indiquer ses envies charnelles.

Depuis toujours, le cœur est symbole d’amour. Mais dans nos claviers d’emoji, on en trouve 16 versions différentes. Et elles n’ont rien d’interchangeable. À chaque icône, sa signification. Sans surprise, le cœur rouge indique l’amour, le vrai, le grand. Le cœur noir, par contre, est synonyme d’amitié. Le cœur qui grandit symbolise une relation qui va dans le bon sens, de mieux en mieux – à utiliser après une petite dispute pour rassurer ses followers. Enfin, le cœur rose avec les petites étoiles n’a rien de gnangnan. Au contraire, c’est signal très sérieux qui sert à attirer l’attention de l’être désiré.

Quitter, effacer, recommencer

Les codes ont changé mais certaines choses demeurent. Sur Instagram ou dans la cour de récré, les ruptures font malheureusement toujours partie de l’équation. Sauf qu’avec les réseaux sociaux, oublier ses ex devient quasiment mission impossible. Mais ça, les ados l’ont bien intégré et ils s’occupent de la post-relation avec pragmatisme. « Parmi les ados qu’on a interrogé, c’était frappant de voir qu’ils géraient leurs ruptures de façon quasi-professionnelle, » se souvient Sébastien Houdusse.

Alors, ne nous étonnons pas si Léa supprime toutes traces de ses 4 mois d’idylle avec Théo de son Insta. Ça a d’ailleurs sûrement moins à voir avec la volonté d’effacer sa relation que celle de montrer sa nouvelle personnalité. Pour les plus de 25 ans, Instagram fait office d’album photo en ligne, une collection de clichés qui fonctionne comme une mémoire décentralisée. Ce n’est pas le cas pour les plus jeunes. Leur compte s’apparente plus un à moodboard ou un book sur lequel « ils opèrent un réel travail d’éditorialisation. » Et seules les photos les plus pertinentes conservent leur place sur Instagram. Sorry, Théo.

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