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Une vieille femme avec une plus jeune femme en train de se tenir la main
© Eva-Katalin via Getty Images

Face au « prix » de la vie humaine, il faut une forme de responsabilité intergénérationnelle

Arnaud Marion
Le 18 mai 2020

La pandémie de Covid-19 nous a mis face à un constat : celui de l’augmentation de la valeur de la vie humaine. Pour Arnaud Marion, dirigeant spécialisé dans les opérations de stratégie, de crises et de restructurations d’entreprises, il est temps d’en prendre les mesures. Tribune.

La pandémie du Covid-19 a été rythmée quotidiennement avec fatalité par les statistiques macabres du nombre de vies humaines injustement fauchées. Au-delà des polémiques sur ce qu’il aurait fallu faire ou ne pas faire, l’État a réagi avec le paradigme du « quoiqu’il en coûte », avec des phrases choc pour ne laisser personne au bord de la route ni personne faire faillite : des centaines de milliards ont été annoncées, seules quelques dizaines de milliards ont été débloquées, tout le monde n’en bénéficiera pas. Cette crise devient un véritable révélateur d’inégalités créant des fractures non pas sociales comme on pourrait naïvement l’imaginer, mais entre catégories productives montrant la précarité des indépendants, et des patrons de PME.

Sauver des vies « coûte que coûte »

Toutes ces mesures montrent à quel point la mort est devenue à ce point insupportable que des efforts financiers très lourds ont été déployés pour sauver des vies « coûte que coûte », en portant une partie non négligeable des efforts sur les personnes âgées. Ces efforts ont concouru à une appréciation importante du « prix de la vie humaine » (concept d’économie publique et des assurances pour décider des arbitrages dans le cadre des politiques publiques, même si ça peut paraître cynique).

Cette appréciation du prix de la vie humaine démontre en premier lieu le rôle des valeurs humaines (bafouées encore dans de nombreux pays) au sein d’une économie développée, et l’importance de la dimension philosophique et culturelle des Hommes au sein d’une Nation.

Mais, en second lieu, c’est le symbole d’un développement plus mature de nos États, avec l’arrivée de nouveaux facteurs d’influence comme ligne directrice de la conduite des politiques publiques : climat, biodiversité, travailler mieux, responsabilité sociale, gouvernance, partage de la valeur, valeur du carbone, respect de la vie, dignité dans la fin de vie... vont alors arriver au cœur des enjeux politiques (au sens étymologique) économiques et sociétaux.

Vers une responsabilité intergénérationnelle

Le corollaire de ces constats est la responsabilité intergénérationnelle qui doit s’imposer vis-à-vis des générations précédentes. Être témoin des progrès scientifiques fulgurants, se battre pour un allongement de la durée de vie ou le maintien en vie, investir plus d’argent public pour sauver des vies humaines, certainement. Mais avec en contrepartie une socialisation des dépenses pour créer suffisamment de dispositifs d’accueil ou de soins, et mettre fin aux inégalités de fins de vie et de dignité grâce à une prise en charge adaptée selon les revenus. On l’oublie, mais le monde de demain sera… vieux (un quart de la population de la France aura plus de 65 ans en 2040) : la santé de chacun dépend de la responsabilité de chacun vis-à-vis du collectif, mais en contrepartie la responsabilité du collectif est d’assurer la sécurité sanitaire de chacun, et la dignité dans la dernière étape de sa vie, comme la signature d’une société avancée qui aura élargi son champ de conscience à l’importance de la vie humaine et de la fin de celle-ci. Loin de la vision de l’eldorado de la « silver économie »

La responsabilité intergénérationnelle doit devenir l’un des grands enjeux d’une société solidaire, moderne et avide de progrès pour prendre soin des personnes de leur naissance jusqu’à leur mort.


Par Arnaud Marion, Fondateur de Marion & Partners Ltd, et de l’IHEGC (Institut des Hautes Études en Gestion de Crise)

Arnaud Marion - Le 18 mai 2020
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  • Enfin un point de vue qui allie une vision économique avec une vision sociétale et progressiste. Il est inconcevable qu’il n’y ait pas suffisamment de places en Epahd, que tout le monde ne puisse pas se le payer, que la sélection se fasse par l’argent et que la dignité soit complètement absente de toutes les politiques publiques et finalement laissée aux bons soins des soignants et aidés soignants. C’est une idée très intéressante pour flécher les dépenses budgétaires. Bravo à L’ADN et à Arnaud Marion pour traiter ce point qui semble quelque peu oublié. Oui c’est cela le monde d’après qui commence aujourd’hui. Ce serait intéressant de pousser ce raisonnement et d’approfondir cette question dans un prochain article ou une interview plus complète !