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Une tirelire cochon avec une pousse d'arbre
© AlenaPaulus via Getty Images

400 000 entreprises se mobilisent pour créer une économie plus solidaire, durable et résiliente

Le 21 avr. 2020

Alors que l’État prévoit d’aider à hauteur de 20 milliards d’euros les grandes entreprises, 400 000 entrepreneurs alertent le gouvernement. Et si les aides soutenaient plutôt les entreprises à impact social et environnemental ?

Afin d’aider les secteurs les plus touchés à se remettre de la crise, le gouvernement a présenté un projet de loi de finances rectificative pour l’année 2020. Examiné par le Sénat le 22 avril 2020, il s’élève à 20 milliards d’euros. Alors que de nombreuses ONG dénoncent un cadeau de l’État aux entreprises polluantes – notamment des secteurs aérien, automobile et pétrolier – le ministre de l’économie Bruno Le Maire promettait qu’une « politique environnementale ambitieuse » était nécessaire pour bénéficier de cette aide. Problème : le texte ne contient aucune mesure contraignante allant dans ce sens.

Porté par le Mouves (MOUVement des Entrepreneurs Sociaux), le collectif Nous Sommes Demain appelle à la mobilisation.

Vers une économie plus juste ?

« Interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour », c’était la proposition d’Emmanuel Macron faite aux Français et Françaises lors de sa première allocution. On aurait pu penser que le gouvernement allait donc profiter de la crise du Covid-19 pour soutenir un autre modèle de développement. Moins délétère, plus solidaire, plus durable, plus résilient. Pourtant, le plan de budget rectificatif a plutôt l’air destiné à soutenir l’ancienne économie qu’à faire émerger des solutions pérennes.

Incarné par 400 000 entreprises (qui cumulent 3 000 000 d’emplois), le collectif Nous Sommes Demain estime que les organisations sociales ont pourtant fait leurs preuves. « Nous avons développé des modèles qui, en plus de prouver au quotidien leur efficacité économique, prouvent la nécessité de répondre aux enjeux écologiques, sociaux et solidaires. Face à la crise, nos entreprises ont pu réagir et prouver que l’engagement que nous plaçons au cœur de notre mission n’est pas un vain mot. Cette économie souveraine, résiliente et plus juste est celle que nous souhaitons pour demain », martèlent les acteurs du mouvement dans un communiqué de presse.

Ajouter des conditions contraignantes

En cohérence avec l’amendement émis par le député Matthieu Orphelin appelant à conditionner cette aide à des engagements de réduction de l’empreinte écologique des entreprises bénéficiaires – sans imposer toutefois de conditions contraignantes –, Nous Sommes Demain suggère une liste d’actions concrètes auxquelles les sociétés aidées pourraient s’engager :

  • Que 10% minimum des emplois soient occupés par des travailleurs et travailleuses fragiles (insertion/handicap)
  • Que l’écart entre la rémunération totale du plus haut revenu de l’entreprise et le plus bas salaire soit limité à 100 dans les plus grandes entreprises
  • Qu’un minimum de 25% des placements de l’entreprise soient réalisés dans des fonds ISR, Green ou Solidaires
  • Que l’entreprise assure une répartition égale entre les bénéfices versés en dividendes / aux salariés / en investissement dans l’entreprise
  • Qu’un minimum d’1% du bénéfice soit attribué en mécénat et/ou mécénat de compétence
  • Qu’un minimum de 10% de prestataires/fournisseurs favorisent les circuits de proximité avec la certification ESUS et/ou commerce équitable
  • Que la gouvernance soit mieux partagée (place des salarié.e.s et nombre de parties prenantes représentées dans les instances de gouvernance
  • Que le score à l’index égalité femmes-hommes soit supérieur à 90.

Caroline Neyron, Déléguée Générale du Mouves, explique que ces critères sont surtout là pour que les entreprises s'engagent sur un volet social. « Depuis 6 mois déjà, nous travaillons sur une série d'indicateurs pour aider les entreprises à avoir un impact positif. L'idée est d'obtenir d'une part de la transparence, d'autre part des engagements sur ces critères, ce qui paraît normal au regard de la somme engagée par l'État. » Elle ajoute d'ailleurs que certaines grandes entreprises sont exemplaires sur le sujet. « Mais il est important d'avoir de engagements fermes, contraignants et contrôlés par l'État. »

Aider les grandes boîtes, OK… et les entreprises inclusives ?

Le collectif comprend que l’État doive soutenir les grandes entreprises françaises mais regrette l’absence d’un soutien « aussi rapide et concret » aux entreprises inclusives à impact positif pour l’environnement.

« L’urgence économique et sociale est commune à toutes les entreprises, soutiennent les membres. Se préparer à l’avenir n’est pas refaire les erreurs d’hier ! » Certes, certains membres du gouvernement le comprennent - Caroline Neyron cite l'exemple du Haut-Commissaire à l'ESS ou du Haut-Commissaire à l’inclusion dans l’emploi et à l’engagement des entreprises. Mais la bataille est loin d'être gagnée. « La BPI ou Bercy n'ont pas du tout cette logique en tête, regrette-t-elle. Ils fonctionnent sur des schémas datés. Bien sûr, nous comprenons que la crise demande de réfléchir dans l'urgence. Mais nous avions l'impression de vivre une prise de conscience et un engagement de l'État pour utiliser ce moment comme un nouveau départ. Et il faut comprendre que l'axe que nous allons définir aujourd'hui changera durablement le paysage économique. »

À l’heure où tout le monde s’interroge sur « le monde d’après », la piqûre de rappel n’est pas inutile.

Mélanie Roosen - Le 21 avr. 2020
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  • Il existe un principe universel pour tout individu qui souhaite évoluer psychologiquement : "Plus on fait de la même chose, et plus on obtient du même résultat." Et il en va de même pour les entreprises, les sociétés et le monde. Alors j'espère que les entreprises et les politiques vertueuses, autrement dit écologiques et humanistes, se développeront suite à cette pandémie. Car l'urgence n'exclut pas l'innovation, au contraire. Des citoyens, des entreprises, des scientifiques, des hôpitaux... le prouvent depuis bientôt 2 mois.