Un homme sur un canapé en satin rose

Comment le e-commerce réinvente discrètement le crédit à la consommation

© Klarna

« Achetez maintenant, payez plus tard !  » Les services de paiements fractionnés font un carton à la faveur de la crise du Covid-19.

En pleine tendance du sport à la maison, Angela Smith convoite un vélo d’appartement. Mais le prix - 1 900$ ! – de l’objet de son désir fait hésiter cette Américaine pendant plusieurs mois. Une ristourne à l’occasion du Black Friday la fera basculer, mais c’est surtout la possibilité de fractionner son paiement sur 36 mois qui la pousse à l’achat, peut-on lire dans le Washington Post. D’autant plus quand il suffit d’une simple appli pour acheter à crédit.

Klarna, Alma et les autres…

Au lieu de régler son achat d’un coup, Angela passe par le service Affirm qui promet à ses utilisateurs de « payer à leur rythme, sans frais cachés » . La FinTech américaine est loin d’être la seule sur le marché. L’australienne Afterpay, l’américaine Sezzle, la suédoise Klarna ou la française Alma proposent peu ou prou la même chose : achetez tout de suite, payez plus tard. Qu’elles s’adressent directement aux clients ou ciblent les vendeurs, elles sont en plein boom.

Pour les consommateurs, le paiement fractionné permet d’assouvir un désir de shopping immédiatement. Avec le phénomène de revenge shopping qu’on a vu émerger après le premier confinement, on comprend que les clients soient séduits. Pour les commerces, ces FinTech promettent d’augmenter le taux de conversion – de 20% à 30% selon les services – ainsi que le panier moyen – +60% pour Alma, par exemple. Tout ça, sans aucun risque d’impayés puisque ce sont les applis qui se chargent du recouvrement.

Le crédit à la consommation version start-up nation

« Achetez tout de suite, payez plus tard » , la promesse n’est pas nouvelle. C’est celle du bon vieux crédit à la consommation. Sauf qu’au lieu d’avoir quinze cartes de crédit, il suffit d’avoir un smartphone ou simplement de cocher une petite case lorsqu’on règle ses achats sur internet. C’est rapide, facile et on n’a même pas l’impression de s’endetter.

Grâce au Covid-19, les FinTech de paiements fractionnés profitent d’un alignement des étoiles : une crise économique qui fragilise le pouvoir d’achat, une explosion du shopping en ligne et la mauvaise image des crédits à la consommation classiques.

Le phénomène est particulièrement marqué aux États-Unis où l’on n’hésite pas à avoir aussi recours à des applis d’avance sur salaire et où l’endettement est un phénomène de société. Mais la France n’est pas en reste. La start-up tricolore Alma qui permet aux commerces de proposer le paiement différé ou fractionné à leurs clients vient de lever 49 millions d’euros. Alors que 20% des Français et Françaises qui déclarent être à découvert chaque mois, le potentiel de croissance est assez net.

Des applis qui ne sont pas sans risques, ni sans intérêt(s)

Elles sont pratiques, ont des noms sympas et promettent d’être vraiment transparentes mais ces applis sont moins inoffensives qu’elles n’y paraissent. Comme le résume Ted Rossman, analyste pour Creditcards.com, au Washington Post, « le problème de toute dette, c’est qu’il faut la rembourser. » En permettant à quasiment n’importe qui – certains services demandent quand même des garanties – de s’endetter en un clic, même pour des petits montants, ces FinTech encouragent une forme insidieuse d’endettement.

Pire, derrière la transparence affichée par chacune de ces start-up, on trouve un léger voile d’opacité. « Des frais de retard peuvent s’appliquer » , indique Klarna tout en insistant sur l’absence d’intérêts de ses prêts. Effectivement, en cas d’impossibilité de rembourser un paiement, des frais de 7$ s’ajoutent au montant dû. À l’inverse, Affirm mise sur un système sans frais et des intérêts annoncés à l’avance avec la promesse de « ne jamais faire payer plus que ce qui est annoncé » . Dans les faits, les taux d’intérêts sont calculés selon l’historique de crédit du client. On rentre facilement dans la boucle infernale de l’emprunt.

Enfin, d’après Ted Rossman, les consommateurs qui utilisent ces services de paiement différés ou fractionnés ont tendance à dépenser plus et acheter plus fréquemment. Pas vraiment le bon plan pour faire des économies, donc.

commentaires

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  1. Pret.iPaula dit :

    Comme pour tous les services financiers, il y a une juste mesure. Chaque consommateur doit pouvoir trouver la limite qui lui permet de conserver une certaine maîtrise de ses finances, qu’il souhaite les utiliser pour des paiements différés ou pas.
    Après, c’est sûr qu’il ne faut pas simplement cliquer à gauche et à droite sans prendre le temps de lire les petits caractères !!

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