Une femme de dos en train de jardiner

Slow life : ces influenceuses incarnent le fantasme champêtre de citadins frustrés

© TheCottageFairy

Elles habitent des maisonnettes en bois, font leur propre savon, cueillent des baies dans la forêt et gambadent dans la montagne. Bienvenue dans le monde des créatrices slow life.

Dans leurs tiny houses, elles mènent une vie simple et hédoniste, tournée vers la nature, le DIY, la confection de pain maison et les paniers en osier. Quand elles ne travaillent pas à la librairie du coin, elles retapent leur maison au fin fond de la campagne et prennent soin de leur potager dans une robe au ton minéral ou terracotta. En deux mots, elles incarnent la vie fantasmée de citadins usés en mal de vert et de quiétude.

Qui sont les influenceuses slow life ?

Les influenceuses slow life ( « vie lente » ) partagent un mode de vie à l'opposé de celui proposé par des EnjoyPhoenix ou autres Léna Situations. Sur leurs chaînes, pas de voyages tous frais payés à Los Angeles, de soirée au Met Gala ni de collaborations avec de prestigieuses marques de cosmétique. Au contraire. Les influenceuses slow life prônent une vie « intentionnelle » et réfléchie, dans laquelle on se rapproche de la nature,consomme moins et prend soin de sa santé comme de la planète. Le tout en vivant le moment présent de la manière la plus consciente possible.

C'est la vie qu'a choisie TheCottageFairy (la fée du cottage) lorsqu'elle quitte la grande ville en 2020 pour s'installer dans la commune rurale de Winthrop, dans l'État de Washington, à l'ouest des États-Unis. Au programme : teinture de ses vêtements en utilisant des fleurs des champs, longue promenade dans la neige ou sous le soleil accompagnée de son chien, et lecture auprès de son poêle avec son chat. Sans faux-semblants, elle relate les difficultés à vivre isolée dans la nature mais semble trouver une joie sincère à faire sa toilette dans une cuvette en émail avant de décorer sa maison de feuilles jaunies par l'automne. Dans ses vidéos, TheCottageFairy nous immerge dans son univers au travers de sa photographie très soignée mais aussi et surtout par les bruits qui composent son quotidien : la pluie sur son porche en bois, le clapotis de la rivière, le pépiement des oiseaux au coucher du soleil. Si son contenu est si populaire, la nature très ASMR de ses vidéos n'y est pas pour rien.

Opter pour une vie rurale et autonome aux États-Unis était aussi l’objectif d'Eugenia Diaz. Son but : créer un endroit où elle pourrait tous les jours cueillir les ingrédients qui composeraient son repas et vivre au rythme des saisons. (Ce n'est pas un hasard si la phrase « se préparer pour l'hiver » revient dans la bouche des trois créatrices alors qu'elles coupent du bois ou collectent des fruits secs.) Un objectif partagé par Little Spanish Farmstead, une Argentine vivant en Espagne. Dans ses vidéos, la jeune femme documente son emménagement dans une petite exploitation abandonnée de 4 hectares. Depuis début 2021, elle la restaure avec son compagnon selon les principes de la permaculture pour y développer un jardin maraîcher durable.

Pourquoi la vie des influenceuses slow life nous fait tant rêver ?

Les études récentes le montrent : seuls 13 % des Français voient la grande ville comme un lieu de vie idéal, et ils sont de plus en plus nombreux à quitter les grandes métropoles pour trouver refuge à la campagne. C'est ce que le professeur d’études urbaines Guillaume Faburel a baptisé « la société écologique post-urbaine ».

Fuir les « métropoles barbares » devient donc un mantra courant. Non seulement car les grandes villes produisent trop de CO2 (la ville de Paris aurait selon lui une empreinte écologique qui représente 313 fois sa superficie), mais aussi car elles sont nocives pour notre santé mentale et physique : « Je dirais que la métropolisation a plusieurs conséquences anthropologiques sur nos modes et nos manières de vivre. Mouvement incessant, divertissement permanent, connexion continue… Ces facteurs participent d’une saturation cognitive que chacun ressent de plus en plus. La métropolisation, c’est finalement un éloignement de soi, des autres et surtout de la nature. Elle est le stade le plus abouti du productivisme et de son capitalisme globalisé. »

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