Lyanna Stark, Bran Stark et Sansa Stark

« Ils ne veulent pas renoncer à leurs privilèges et imposent la permanence des modes de vie occidentaux »

© Macall B. Polay/HBO

Alors qu'ils prônent un mode de vie basé sur le minimalisme et la sobriété, « les riches » demeurent les plus gros pollueurs et consommateurs. Pour parvenir à changer de modèle sociétal, il faudrait donc imposer une nouvelle culture légitime. Interview de l'anthropologue Fanny Parise.

Anthropologue spécialiste de l’évolution des modes de vie et de la consommation, Fanny Parise s'est attachée dans ses derniers ouvrages Les Enfants gâtés : anthropologie du mythe du capitalisme responsable (Payot) et Le mythe de la consommation responsable : vers un nouvel âge d'or de la société d'hyper-consommation (Marie B.) à déconstruire un vieux fantasme porté par les plus aisés : la consommation vertueuse serait le remède aux maux occidentaux. Pour l'anthropologue, la diffusion de cette idée plutôt alléchante n'a d'autre ambition que de maintenir le statu quo. Explications.

Les « riches », chacun a sa définition... Laquelle est la vôtre ?

Fanny Parise : Dans le cadre de mes travaux de recherche, ceux que l’on appelle les « riches » représentent les classes supérieures de la population occidentale. Je me suis intéressée à une fraction d’entre eux, une élite médiatico-créative qui diffuse au reste de la société une nouvelle culture légitime, celle de l’écoresponsabilité. En tant qu’anthropologue, je ne porte pas de jugement moral sur les pratiques, les discours et les valeurs que prône cette élite. Je tente en revanche d’objectiver et de déconstruire les mécanismes sociosymboliques à l'œuvre. Autrement dit, j’essaie de comprendre pourquoi les différentes déclarations des « riches » vis-à-vis de l’urgence socioenvironnementale provoquent autant de réactions auprès de l’opinion publique.

Le discours de la plupart des « riches » tend à promouvoir la consommation responsable. C'est plutôt chouette non ?

F. P : Dans Les Enfants gâtés, je mets en exergue que les plus « riches » sont les plus gros pollueurs. Ils sont également ceux qui vont imposer, de manière descendante, les préceptes de la transition socio-éco-environnementale : ils moralisent la vie quotidienne pour imposer au reste de la société une nouvelle éthique de consommation, de style de vie. Après avoir parfaitement capté l'air du temps et compris les aspirations, les « riches » imposent une nouvelle culture légitime, celle de l’éco-responsabilité, ultime enjeu de distinction sociale. Culture qui joue bien sûr en leur faveur puisqu'elle leur permet de conserver leur place dans le corps social : ils ne veulent pas renoncer à leurs privilèges et imposent la permanence des modes de vie occidentaux, tout en produisant une illusion, celle que la société est en train de changer. Plus précisément : l'éco-responsabilité, telle qu’elle est portée par les « riches », propose de sauver le monde. Du moins en apparence : en prônant une approche réformiste du capitalisme, l’éco-responsabilité conduit tant à de nouvelles formes d’hyper-consommation (voiture électrique), qu’à l’apparition de nouveaux maux culturels (charge écologique, crédit moral, illusion de l’empreinte négative).

En quoi cet idéal diffusé par les classes les plus aisées est-il au détriment des classes populaires ?

F. P : Les « riches » diffusent largement l’idée selon laquelle il est important de se détacher des biens matériels, symbole de l’urgence socio-éco-environnementale. Pour autant, ils consomment de plus en plus de services immatériels, font des investissements financiers, etc. Avec ces pratiques, ils participent tant à la permanence du capitalisme, qu’à l’augmentation de la fracture sociale, qu’à augmenter la pollution numérique.
Tout le monde n’est pas égal face à l’écoresponsabilité : cela coûte de l’argent et du temps d’être quelqu'un de bien, et notamment de consommer en accord avec les préceptes de l’écoresponsabilité ! De ce fait, l’écoresponsabilité prônée par les « riches » met sur la touche une partie importante de la population qui ne dispose pas de ressources suffisantes pour se permettre de faire moins, ou différemment. De plus, comme l’illustre l’exemple du minimalisme, il est plus facile de prôner une esthétique et une idéologie du moins lorsque l’on a déjà beaucoup. Les « riches » diffusent la bonne parole, mais font le contraire de ce qu’ils préconisent. Par exemple, ils prennent l’avion et ils font construire des piscines. Même si l’empreinte carbone de ces pratiques est faible, il n’en demeure pas moins que ce type de pratiques participe à faire perdurer les différents mythes qui ont structuré l’essor du capitalisme : culte de la performance, progrès et croissance.

Comment peut-on faire alors pour effectuer une bascule de modèle ?

F. P : Ces éléments nous mènent au constat suivant : en imposant une nouvelle culture légitime, les « riches » rendent plus compliqué l’adhésion à un nouvel imaginaire collectif, celui d’une société différente qui s’appuie sur les contraintes socio-éco-environnementales pour construire un nouveau projet commun. Ce projet commun nécessiterait de redéfinir les notions d’abondance, de progrès et de croissance. Rappelons-le : même s'il devient « responsable », le capitalisme demeure le capitalisme et rien ne change vraiment. Paradoxalement, le discours et les idées de ceux que l’on appelle les « riches » ont une fonction sociale : celle de diffuser l’idée selon laquelle nous devons faire différemment, autrement. Via l’imposition d’une nouvelle culture légitime, ils participent à légitimer l’idée selon laquelle la consommation n’est plus une fin en soi. Questionnant de fait notre modèle de société. En ce sens, le problème semble moins être de leur demander leurs avis que l’impact de leurs styles de vie a, tant sur la planète que sur nos imaginaires.

commentaires

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  1. Anonyme dit :

    Gros gloubi-glouba sans valeur ajoutée, on a compris que ce « sociologue » déteste les « riches » mais de là à émettre une idée novatrice il y a un grand pas…
    L’ADN nous a habitués à mieux !

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