Fille dans son bain qui mange un bitcoin

« L’addiction aux cryptomonnaies peut aller très vite, car elle se cache facilement »

© Rodnae Production via Pexels

Comment reconnaître un addict aux cryptomonnaies ? Quels sont les symptômes, et quels sont les risques ? Avec le psychothérapeute Peter Klein, on a discuté cryptos et dépendance.

Les amateurs du « crypto-game » le reconnaissent volontiers : ils sont passionnés et parfois perdent le contrôle… Peter Klein, psychothérapeute et dirigeant de la société Seek@psych basée à Londres, est bien placé pour le savoir. Il a traité des patients atteints de toutes sortes de dépendances. Intéressé lui-même par le monde de la crypto, il a choisi de suivre les personnes qui investissent de façon compulsive.

Quels sont les principaux symptômes ou signes d’une addiction aux cryptos ?

P. K. : L’aspect « marché financier » des cryptomonnaies impose de suivre frénétiquement le cours des valeurs, donc c’est une addiction à mi-chemin entre le jeu d’argent et la Bourse. Le principe même du marché financier peut provoquer des troubles anxieux chez la personne. C’est cet aspect pécuniaire qui est dangereux, également. J’ai vu quelques patients perdre toutes leurs économies. Le mensonge démarre à ce moment-là, puisqu’ils font tout pour le cacher à leur famille, et c’est l’engrenage. Les patients viennent généralement me voir lorsqu’ils commencent à ne plus assurer des choses du quotidien, comme s’occuper des enfants ou gérer les factures, par exemple. Les « addicts » se mettent à mentir souvent et à devenir moins communicatifs.

Qui sont les patients souffrant d’addiction aux cryptomonnaies que vous suivez ?

P. K. : Je reçois des patients en face-à-face ou en visioconférence qui viennent d’Angleterre mais aussi des États-Unis ou de Singapour. Ce sont surtout des hommes, assez jeunes, entre 20 et 30 ans. Ils sont souvent un peu plus jeunes que les personnes dépendantes aux jeux d’argent. En termes de profil psychologique ce sont des gens plutôt anxieux, qui s’inquiètent beaucoup et sont constamment tendus. Ils ont une tendance à éviter les conflits. Donc, très souvent, la dépendance est une méthode pour fuir la vie ou éviter la réalité. Ils sont nombreux à avoir d’autres problèmes d’addiction.

Ce que la dépendance apporte, c'est un bénéfice à court terme, une sensation agréable pour un moment furtif de réconfort. C’est la sensation de dopamine. Lorsqu'ils échangent sur le marché des cryptos, ils ne pensent pas aux problèmes qu'ils rencontrent autour d'eux et se sentent donc mieux. Et parce qu'ils se sentent mieux, ils réitèrent ce comportement, et ainsi de suite.

Est-ce que des cryptogames de type Sorare peuvent être source d’addiction ?

P. K. : Oui, l’investissement combiné à un jeu peut faciliter la dépendance, qui est basée sur le manque de contrôle de l’impulsivité. Certains de mes patients jouent à des jeux basés sur des NFT, notamment CryptoKitties (un jeu où l’on collectionne et revend des chats virtuels, ndlr). Quand le « crypto-trading » est combiné avec quelque chose qui offre un autre type d'utilité, comme un jeu de fantasy football, les joueurs peuvent devenir dépendants du jeu lui-même, car il y a un espoir de gagner. Vous avez l'addiction aux cryptomonnaies, mais vous avez aussi quelque chose qui rend le tout plus « sexy » et attirant côté jeu, donc cela augmente la probabilité que quelqu'un ne résiste pas aux pulsions addictives.

Est-ce une addiction qui risque de se développer rapidement ?

P. K. : Investir dans les cryptos est une action qui est en soi très facile : vous avez juste besoin de sortir votre téléphone pour commencer à investir. Le coût d’entrée psychologique est assez faible si on compare avec l’addiction à l’alcool ou aux drogues dures, par exemple. Si vous êtes ivre, cela va se voir et d’autres problèmes de santé ou de sociabilité vont arriver vite. Dans l’addiction aux cryptomonnaies, il y a des similitudes avec la dépendance aux écrans, aux réseaux sociaux ou même à la nourriture. L’investissement dans les cryptomonnaies peut même être valorisé socialement, donc, lorsque cela devient une accoutumance néfaste, il est difficile de le reconnaître.

Quel est le processus thérapeutique pour traiter ce type d’addiction ?

P. K. : Les principes du traitement de cette dépendance sont très similaires aux autres catégories d’addictions. Une des clés est de chercher tout d’abord à stabiliser la personne, si elle a une vie plutôt chaotique. Il est préférable que le patient arrive à être dans une période plus calme de sa vie pour ensuite examiner la dépendance. Et, comme une addiction est souvent recoupée avec d’autres dépendances, il ne faut pas hésiter à en parler à des professionnels de santé, que ce soit un thérapeute ou un médecin généraliste. Il y a encore très peu de thérapeutes qui s’intéressent au sujet, mais je pense qu’il faut vraiment garder un œil sur le phénomène des cryptomonnaies, surtout chez les jeunes.

Peter Klein
commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.