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« Bigger than us » , le documentaire choc qui met à l'honneur ces jeunes qui changent le monde

© 2021 - Elzévir Films - Big Mother Productions - All You need Is Prod - France 2 Cinéma

Mélati à Bali, Memory au Malawi, Mohamad au Liban et Mary en Écosse ont placé l'activisme et la lutte contre les injustices au centre de leur vie. Flore Vasseur les raconte en documentaire.

À force de volonté, ils ont fait changer les lois, ils ont bâti des écoles, mobilisé par milliers. Ils tâtonnent, expérimentent et se cherchent, toujours sous-tendus par une conviction : ne pas accepter le statu quo et se refuser à voir le monde sombrer. Avec intelligence, force et sensibilité, ces jeunes de la génération Z protègent, soignent, dénoncent – parfois au péril de leur vie – pour redéfinir les contours du monde et la manière de se relier à lui.

Avec son documentaire Bigger than us coproduit par Marion Cotillard, la réalisatrice Flore Vasseur (Meeting Snowden) nous lance une invitation à agir, ou tout du moins à amorcer une discussion, en brossant le portrait de 7 jeunes d'à peine 20 ans qui nous (re)donnent l'envie furieuse de placer l'engagement au centre de nos vies.

Après un tournage qui a duré plus de 7 mois et vous a emmené dans une dizaine de pays, que retenez-vous des rencontres et des luttes menées par Mélati, Memory, Mohamad et les autres ?

Flore Vasseur : J’ai du mal à isoler une anecdote car l’ensemble du tournage a été incroyablement fort émotionnellement. Ce qui me touche beaucoup chez eux, c’est ce sens de la justice vissé au corps, quelque chose que j’ai retrouvé chez tous les activistes, mais qui est propre à l’enfance. Quand vous êtes enfants, vous passez votre temps à demander « pourquoi ? » et à répondre « c’est pas juste !  » Eux n’ont jamais lâché ces deux questions, alors que l’éducation, la société, la vie, ou tout simplement le fait de grandir nous incite à renoncer, à mettre un couvercle. Ce qui m’a aussi fait tomber à la renverse, c’est l’absolue beauté de ce qu’ils font et la joie qu’ils y trouvent. Et dans le contexte actuel de restriction des libertés, de morosité et de peur de l’avenir, c’est quand même époustouflant.

Mary s’occupe de secourir en mer les migrants au large de Lesbos, Xiuhtezcatl a attaqué l’État du Colorado puis l’État américain en justice pour non-protection des générations futures, Winnie diffuse en Ouganda les bases de la permaculture... Ils se battent contre plus fort qu'eux et obtiennent des résultats. Comment les avez-vous sélectionnés ?

F. V. : Identifier mes protagonistes a été le gros du boulot, le résultat d’un travail d’enquête de plusieurs mois. Pour les sélectionner, on a croisé plusieurs exigences. D’abord, on voulait faire un film qui soit représentatif de la jeunesse mondiale, or 80 % d'entre elle habite hors de l’Occident, il a donc fallu sortir de notre pré carré. Ensuite, on voulait parler des enjeux les plus cruciaux : on a donc listé les 17 objectifs de développement durable (ODD) édictés par l’ONU pour sauver le monde puis éliminer ceux qui nous semblaient moins urgemment vitaux, même s’ils le sont tous. On voulait également respecter une égalité fille-garçon, et surtout s’assurer de l’impact des actions conduites. Le documentaire étant l’exercice de la preuve, je devais pouvoir montrer des personnes qui avaient un impact. On s’est donc tenus très loin des incantations, des discours, de ce qu’on sentait résulter d’une manipulation parentale ou d’une simple envie de gagner des points pour embellir son dossier d’entrée de fac. On est allé à l’os, voir ceux qui étaient entre la vie et la mort. En faisant ça, on arrive à des gens qui agissent depuis longtemps, parfois dès l'âge de 12 ans.

Comment votre film a-t-il été accueilli, notamment chez les jeunes ? Beaucoup d'entre eux sont déjà convaincus qu'il est trop tard pour agir...

F. V. : Pour l’instant les retours sont très émouvants, le film ne laisse personne indifférent ! Ensuite, les réactions sont très personnelles et intimes. On oublie un peu sa position, que l’on soit prof, parent ou journaliste, j’ai eu l’impression que les gens étaient touchés en plein cœur. C’est la première fois qu'en interview des journalistes sont au bord des larmes ! Après, on n’est pas tous égaux sur la façon dont on agit et réagit face à l’état du monde. Il y a des défaitistes, des engagés, des gens qui sont revenus de leur engagement, des gens qui en sont loin ou qui démarrent… La réception du film dépend beaucoup de l’endroit où l’on est sur le chemin de la mise en action… Certains parmi les jeunes sont très défaitistes, et leur sentiment d'impuissance me touche. Un père de famille qui avait trouvé le documentaire formidable a voulu le partager avec ses deux fils, mais eux n’y croyaient plus, il était à leurs yeux déjà trop tard… Dans ce cas-là, le film sert à une chose : montrer à cet homme comment se sentent ses enfants. C’est la première étape pour entamer avec eux une conversation sans culpabilité sur ces sujets difficiles.

Avec la diffusion de ce documentaire, quel objectif espérez-vous atteindre ?

F. V. : Pour toute l’équipe, ce film est un appel à aller au-delà de ce qu’on sait, de ce qu’on sait faire, à sortir de nous-mêmes. Comme le dit Memory à la fin : « il y a toujours une personne plus grande que toi à l’intérieur de toi, donc libère-la. » Et pourquoi pas ? Mon objectif c’est d’être utile ! On n’est plus là pour faire des films, s’emballer et passer à autre chose ! Quand on tient un micro ou une plume, on a une responsabilité. La conviction de l'équipe, c’est que toutes les solutions à nos problèmes existent, elles sont connues, elles sont sur la table ! Ce qui fait défaut aujourd'hui, c’est une représentation positive du changement et de l’engagement, quelque chose qui donne envie d’y aller, de se dire qu’on peut le faire ! Ce qui manque, c’est cette faille dans l’énorme montagne de peur qu’induit le changement. Avec Bigger than us, on a créé une faille, une brèche pour rendre possible ce changement culturel, cette bascule de valeurs. Mon but n’est pas forcément d’inspirer tout le monde à agir. Ce que je veux, c’est que les gens comprennent qu’il n’y a pas de solutions miracles à attendre de la technologie, et que le changement passe par chacun de nous.

Financé en 2019 grâce à une campagne participative ayant permis de collecter plus de 106 000 euros, Bigger than us, coproduit par Marion Cotillard et Denis Carot, sort en salle le 21 septembre 2021.

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