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Les scientifiques s'indignent contre l'AFP pour la reprise trop hâtive d'un rapport inachevé sur le dérèglement climatique
© Markus Spiske on Pexels

Quand l’AFP parle de scoop mondial climatique, les scientifiques s’indignent

Le 28 juin 2021

Il aura fallu moins d’une semaine pour que le « projet de rapport scientifique » du GIEC soit massivement relayé par la presse. Sauf que le rapport a fuité à un stade de développement brouillonnesque. Les scientifiques alertent : le partager pourrait être plus néfaste qu'autre chose.

Course au scoop, intentions alarmistes, instrumentalisation de la parole scientifique..., difficile de comprendre ce qui a pu pousser l’Agence France Presse à titrer sur un « scoop mondial sur le projet de rapport scientifique sur le climat ». Ce qui est certain en revanche, c'est que l'article fait débat au sein de la communauté scientifique – et notamment des membres du GIEC.

Explications.

La légitimité scientifique bousculée par la fuite d’un brouillon

Parmi les membres du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les réactions sont unanimes. Les scientifiques sont désarmés par le relais massif d’une ébauche de rapport datant de 2020, alors que la version définitive est attendue pour février 2022. 

Membre émérite du GIEC, François Gemenne s’est exprimé sur l’invalidité concrète d’un rapport incomplet : « Le texte sur lequel nous travaillons encore en ce moment même est très différent de cette version, à la fois parce que cette version n'intègre pas les 40 000 commentaires reçus sur ce texte, et aussi parce que cette version n'intègre pas des sections qui sont encore en cours d'écriture ! ». Pour le chercheur, la légitimité d’un ouvrage exploité en cours de route n’a pas de sens et dessert inutilement la cause. 

D’autres comme lui incitent la communauté scientifique à ne pas réagir, en soutien aux auteurs du rapport en question. 

Un élan médiatique contreproductif pour le climat

Plutôt réagir que relire. Voilà l’attitude reprochée à l’AFP sur le traitement de l’information par les équipes concernées. Centré sur les conséquences du dérèglement climatique, l'article de l’AFP joue d’un ton démesurément alarmiste en évoquant une « humanité à l’aube de retombées cataclysmiques ». Reflet d’une course à l'information, l’agence parle de « scoop mondial », et va jusqu'à contredire la parole des membres du GIEC : « L’AFP s’est appuyée sur ce document, dont les principales conclusions ne changeront pas d’ici sa publication officielle en février 2022 ».

Pour François Gemenne, le relais d’un tel papier dessert le combat : « Les auteurs sont catastrophés, inquiets que les articles de presse n’entachent la crédibilité scientifique du GIEC, voire craignent que l’approbation du rapport final par les États ne soit rendue plus difficile ».

Si tout est affaire de mesure, il va de soi qu’un emballement médiatique autour de ce rapport nuirait à l’intelligibilité du message dans son ensemble. Pourtant, certains activistes comme Greta Thunberg se sont déjà emparés des nouvelles, indiquant que le rapport permettait de « voir la réalité en face ».

Marin Tézenas - Le 28 juin 2021
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