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Comment s’inspirer du vivant pour transformer l’indignation en action ?
© Rocio Berenguer pour L'ADN Dance Living Lab

Polinise : un film entre danse, philo et indignation sur les réseaux sociaux

Le 17 nov. 2020

Comment s’inspirer du vivant pour transformer l’indignation en action ? C’est la question posée par le premier rendez-vous de L’ADN Dance Living Lab, un nouveau format de rencontre entre chercheurs et chorégraphes en partenariat avec le 104 Paris. Zoom sur une première collaboration avec la metteuse en scène Rocio Berenguer et le philosophe Laurent de Sutter.

Avec L’ADN Dance Living Lab, nous avons voulu poser une question : comment la danse nous permet-elle de porter un regard décalé et singulier sur certains des grands enjeux de notre époque ? Le concept est simple : inviter 4 artistes reconnus du spectacle vivant à rencontrer 4 chercheurs, puis proposer aux artistes de créer de courts films autour de ces échanges. 

Le 12 novembre dernier, Laurent de Sutter, auteur de l’ouvrage Indignation Totale paru aux Éditions de l'Observatoire et Rocio Berenguer, surnommée par Le Monde comme « la chorégraphe de l’après-anthropocène », ont dévoilé le fruit de leur collaboration. Ils se sont posé une question : comment peut-on s’inspirer du vivant pour transformer l’indignation ambiante en action ? Sortir de l’immobilisme induit par notre colère latente et réfléchir à de vraies solutions, en dehors de nos discussions de comptoir et des réseaux sociaux ? 

Overdose de scandales

L’indignation, le scandale, la dénonciation… toutes ces « passions », font aujourd’hui partie de nos vies. « Du matin au soir, nous sommes emportés dans des flux de scandales ; ceux des autres et ceux que nous éprouvons nous-mêmes, explique Laurent de Sutter. Scandale sur scandale, énervement sur énervement, agacement sur agacement... du téléphone que l’on allume le matin, à l’ordinateur que l’on éteint le soir, tout cela crée un climat psycho-politique qui génère une irritation extrême. »

Rapidement, le moindre commentaire revanchard sur Twitter, la moindre surenchère lapidaire sur Facebook, nous pousse à vouloir avoir le dernier mot, à faire usage de la raison et de la critique pour faire valoir un point de vue, voire prouver une forme de supériorité. Une fâcheuse tendance que l’on doit à la pensée critique héritée de la modernité, en particulier de la philosophie d’Emmanuel Kant, commente l’auteur. 

« Ce que je trouve intéressant, c’est cette espèce de boucle fermée d’une raison qui cherche à avoir raison pour s’auto-complaire, s’auto-valider, complète Rocio Berenguer qui a elle-même dû s’inventer de « nouveaux rituels » pour se couper du brouhaha ambiant et apprendre à réfléchir autrement, en particulier en période de confinement. « Lorsque les gens sont d'accord avec toi, il y a une forme de soulagement dans lequel tu as l’impression que finalement, tu n’as rien de plus à faire : comme si le problème était résolu avec un simple like ou un commentaire. »

Faire « disjoncter la raison »

Seulement « tout cela ne nous rend pas plus intelligents », regrette Laurent de Sutter qui en appelle alors à la possibilité d’une nouvelle forme de pensée : une pensée qui ne soit pas basée sur une vérité que l’on cherche à asseoir à tout prix, mais à une forme de raison qui fonctionnerait de manière plus expérimentale. En passant de l’assertion « si… alors… » qui règne en maître dans nos discussions, nous passerions à « et si…? Et si on essayait ? Et si on expérimentait ? », propose le philosophe dont l’hypothèse consiste à faire « disjoncter la raison. »

Et expérimenter, Rocio Berenguer sait le faire. Avec son spectacle « G5 inter-espèces », l’artiste avait déjà rêvé à des collaborations plus souhaitables en invitant minéraux, plantes, animaux, machines et humains à la table des négociations pour assurer un futur à la vie terrestre. Inspiré de ses discussions avec Laurent de Sutter et sous la direction artistique de Maxime Fleuriot, elle présente aujourd’hui le film Polinise, une production pop et excentrique dont les protagonistes, de drôles de mauvaises herbes, semblent résister aux flux de commentaires  et aux injonctions qui défilent en bas de l’écran. 

« Je trouvais ça marrant de jouer avec l’idée des mauvaises herbes, commente la metteuse en scène. Elles ont une forme de résilience, font de la résistance sans appartenir à un discours. Elles existent simplement, poussent dans les interstices, personne ne les arrose, elles n'en ont rien à foutre de qui pense quoi. Elles sont juste là, ont cette force de vie et coexistent avec un tas de choses. » Une proposition humoristique qui invite à se prendre moins au sérieux, à co-construire plutôt qu'à se confronter à l’autre en permanence.


- Prochain rendez-vous de L’ADN Dance Living Lab -

jeudi 19 novembre à 19h, avec la chamane Céline Dartanian et le chorégraphe Rachid Ouramdane. Comment les états modifiés de conscience - transe, hypnose... - nous permettent d'accéder à un autre rapport au monde ?

Inscription ici !


C’est quoi L’ADN Dance Living Lab ? 

Un nouveau format de rencontre sous forme d’émission en ligne, entre chercheurs et chorégraphes autour des grands thèmes portés par L’ADN. Le projet ? Inviter 4 artistes reconnus du spectacle vivant à rencontrer 4 chercheurs, puis proposer aux artistes de créer 4 courts films autour de ces échanges. Ces films, dont certains sont tournés au CENTQUATRE, partenaire du projet, vous seront présentés tout au long du mois de novembre. Découvrez l’un de nos 4 binômes artiste-chercheur chaque jeudi à 19h.

Margaux Dussert - Le 17 nov. 2020
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