Une troupe de danse sur scène avec un DJ

Room with a view : le ballet qui montre un effondrement salutaire

© Cyril Moreau

Le compositeur Rone, le collectif (La)Horde et le ballet national de Marseille racontent l'effondrement d'une civilisation exsangue et l'avènement fulgurant d'une aube nouvelle.

Joué à guichets fermés au Théâtre du Chatelet, le ballet Room with a view déroule l'effondrement d'une société pétrie d'éco-anxiété et de solastalgie, de souffrance et de colère, et où selon les mots de l'écrivain Alain Damasio : « Le moteur surchauffe, l’essence va bientôt manquer et la durite s’apprête à péter. » Créé en 2020 suite à l'invitation adressée à Rone par Ruth Mackenzie, ancienne directrice du Théâtre du Châtelet, le spectacle qui mêle musique et chorégraphie a été pensé comme : « un espace trouble propre à faire apparaître la paradoxale beauté du chaos, celle qui naît de l'énergie salvatrice et de la force collective qui jaillissent des effondrements multiples. » Rone et La(Horde).

Quand souffrance et colère se muent en autre chose

Tout commence dans une carrière de marbre abandonnée. Autour d'un DJ (Rone) qui mixe dos au public, une troupe vêtue façon dystopiacore (un style inspiré des films catastrophe et de la littérature SF) vit la dernière rave avant la fin du monde. Les gestes sont spasmodiques et saccadés, l'atmosphère oppressante, pas loin de celle que dégage le roman post-apocalyptique La Route de Cormac McCarthy. Alors qu'autour d'eux les ruines de pierre s'écroulent et que le ciel s'étouffe de nuages de terre jaune, les danseurs sortent du cadre, se cherchent, se frôlent, se repoussent, s’agrippent et se frappent : l'amour et la beauté se disputent aux scènes de viols et de meurtres, aux mouvements parfois un peu hagards. Avant que tout ne s'effondre pour de bon, les corps se dévêtissent et se rapprochent, la fureur désordonnée se transforme en colère fertile.

Après que les décombres ont été balayés de la scène, la lumière devient plus chaude. La peur et la colère s'estompent et se transforment en joie et en effusions. Tout semble aller vers le renouveau, l'énergie brute et vitale des commencements. Alors que la chorégraphie devient fluide, que la troupe bouge à l'unisson, au son du morceau Human, les danseurs frappent leur poitrine jusqu'à les faire rougir. Et c'est soudain comme si on pouvait enfin respirer à pleins poumons.

Plaidoyer pour un autre monde

Après plus d'une heure de spectacle, ce dernier morceau arrive comme un baume. Il sera sans doute difficile – même aux plus réfractaires à l'idée de décroissance – de rester insensibles. Room with a view sonne comme un appel, une main tendue : la réassurance qu'un autre monde est possible. Et que cet autre monde peut être non seulement désirable, mais aussi empli de liberté et de joie, loin de l'austérité annoncée par les retors au changement. Comme le disait Aurélien Barrau, astrophysicien, directeur du Centre de physique théorique Grenoble-Alpes, et proche de Rone :

« Soyons sérieux, il s'agit de mesures coercitives sur la consommation débridée, pas sur nos modes de vies, pas sur ce que l'on aime, pas sur ce que l'on lit, pas sur les gens qu'on va fréquenter, pas sur nos opinions politiques, pas sur nos opinions érotiques, éthiques, esthétiques, philosophique, ontologiques, métaphysiques, on pourrait rester libre sur tout ça. Il s'agit simplement de consommer un peu moins, bordel. Ce n’est quand même pas la fin du monde. »

commentaires

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  1. Ion dit :

    Bonjour, savez vous si il sera possible de voir le spectacle en vidéo ? pour ceux qui n'auront pas eu la chance d'y assister ? Merci

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