Deux silhouettes vêtues de noir devant une image de globe terrestre

Dystopiacore : l'esthétique qui veut rendre glamour la fin du monde

© Captures écran défilé Rick Owens

L'effondrement de la civilisation ne génère pas que solastalgie et éco-anxiété. Sur les podiums et réseaux, la fin du monde donne aussi lieu à une esthétique inspirée des films catastrophe et de la littérature SF.

Bien loin de la mouvance royalcore qui fétichise la royauté ou de la tendance traumacore qui nous psychanalyse, l'esthétique dystopiacore – aussi appelée Avant Apocalypse – a bel et bien absorbé et digéré la collapsologie.

C'est quoi le dystopiacore ?

Le dystopiacore, c'est d'abord un style vestimentaire que l'on retrouve dans les dernières collections automne-hiver d'enseignes comme A-COLD-WALL ou Rick Owens. En deux mots, c'est ce que nous serions amenés à porter si nous avions à fuir une horde de zombies façon The Walking Dead ou une foule d'hommes cannibales dans un univers froid et hostile ambiance La route.

On parle donc superposition de couches épaisses, pantalons cargos, combat boots imposantes, doudounes sans manches multi-usages ou encore capuches et masques à gaz. Bref, ce que porteraient les habitants d'un squat post-éruption solaire ou guerre civile. Résultat : une allure mi-grunge mi-gothique, agrémentée d'une touche streetwear.

Comme l'explique Screenschot, leggings confortables et autres accessoires homewear, conçus pour travailler confortablement lové dans son canapé, ne sont plus de rigueur en 2022. Dorénavant, c'est dehors que cela se passe, dans un environnement morne et menaçant, voire passablement dystopique.

@fashionoverd0se

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♬ Sahara - Hensonn

Pour certains, la mouvance trouve ses racines dans la contestation. « La mode comporte souvent un élément de défiance et de rébellion. Dans ce cas particulier, la défiance est l'aspect sombre et dystopique » , a souligné Geraldine Wharry, spécialiste dans la prédiction des tendances mode, au Guardian. Pour elle, l'optimisme qui avait porté la mode colorée des années 70 ne serait aujourd'hui plus de mise, entre forêts qui brûlent et pandémie mondiale. Avec la sortie de films comme Dune ou Matrix Resurrections combinée à l'obligation de porter des masques dans l'espace public, l'imagerie guerrière et para-militaire – à base de blouson en cuir et tons kaki – trouverait de plus en plus d'écho. Ce n'est pas pour rien que la cagoule est (toujours) l'accessoire de l'année pour la génération Z.

@erika.thorsen

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♬ Molly by Playboi Carti_Audio From htttp.audio Ig - murvxn.aep

En France, la mouvance est portée par les créations de la styliste Marine Serre, qui affectionne les mises en scènes cataclysmiques et oscille selon Le Monde entre Grand Soir et DIY. En 2020, la créatrice avait en effet présenté sa collection printemps-été dans un décor de marée noire afin d'alerter sur l'état du monde.

Avant Apocalypse : votre garde-robe est-elle prête pour la fin du monde ?

Sur les réseaux, l'esthétique dystopiacore se retrouve aussi dans une version plus arty et décalée sous le nom de « Avant Apocalypse » . Sur TikTok, le #avantapocalypse fait quelques 300 000 vues : on y voit des tutos pour apprendre à se confectionner une paire de mitaines effilochées ou des défilés d'adolescents emmaillotés dans des filets de laine. (Sans doute peu pratiques pour subsister durant une ère glaciaire.) Grâce à la spécialiste américaine de la mode Mandy Lee, on apprend que cette tendance se caractérise par « de nombreuses pièces déstructurées et de l'asymétrie, des vêtements portés de la "mauvaise manière" (ndlr : par exemple, un pull-over dont les manches ne sont pas enfilées et pendouillent sur les épaules ou une cravate dans les cheveux en guise de bandana). (...) Mais là où la magie se passe, c'est avec le style de la superposition des couches. Ce n'est pas une coïncidence si cette tendance devient de plus en plus populaire alors, en parallèle du boom de DIY et de la fripe. »

@oldloserinbrooklyn

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Au commencement était le Post-Apocalyptic

Avant qu'Internet décide de tout rebaptiser à l'aide du suffixe « core » , il y avait la classique esthétique Post-Apocalyptic déjà recensée par Aesthetics Wiki, bible des esthétiques web. Les motifs qui reviennent : des villes dévastées, des arbres sans feuilles, des carcasses de voitures en feu, des devantures de magasins brisées, des silhouettes éparses et décharnées, des portes de bunkers qui claquent et de l'artillerie rouillée. La gamme chromatique donne dans le marron ou le gris, et quand elle s'élargit au jaune, il est forcément un peu sale.

Le distopiacore pioche aussi dans toutes les formes fictionnelles de la pop culture, que l'on adore dans toutes leurs déclinaisons. Les jeux vidéo bien sûr (The Last of Us, Dying Light), les films (Mad Max, I Am Legend, Tank Girl, Bird Box, The Book of Eli), les séries évidemment (Z Nation, Black Summer), mais aussi les anime (Akira, Humanity Has Declined, Desert Punk) et les romans et bandes dessinées (On the Beach, The Postman, The Living and the Dead)... Quitte à parfois sublimer la fin du monde.

Crédit photo Dying Light
Crédit photo : Wiki Aesthetics
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