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des ongles de femmes sur un appareil tech
© Nadja Buttendorf

Computer Grrrls, l’expo qui veut en finir avec les « boy’s clubs » de la tech

Le 13 mars 2019

Des dangers d’une IA confiée uniquement aux hommes aux biais sexistes et racistes de nos algorithmes, l’expo Computer Grrrls à la Gaîté Lyrique donne la parole à 23 artistes pour imaginer un futur technologique plus inclusif. À découvrir jusqu’au 14 juillet 2019 !

Invariablement associé à la figure masculine, le monde de la tech compte pourtant son lot de femmes pionnières dans le développement de l’informatique. En 1945, six d’entre elles sont recrutées pour programmer l’Eniac, le premier ordinateur entièrement électronique. Dans les années 60, trois Africaines Américaines sont missionnées par la NASA pour calculer les trajectoires qui enverront le premier astronaute Américain sur orbite. Pourtant, leur invisibilisation au cours de l’histoire nous a souvent poussés à penser notre futur du point de vue des hommes. À la Gaîté Lyrique, l’exposition Computer Grrrls balance.

Des dates, des faits et des femmes

1967 : Un article du magazine féminin Cosmopolitain, « The Computer Girls », vante l’informatique comme étant un secteur accueillant de plus en plus de femmes. Or, c’est précisément le contraire qui se passe et la profession n’a de cesse de se masculiniser.

The Computer Girls, Cosmopolitan, Avril 1967

1977 : Apple lance l’un des premiers ordinateurs personnels du monde et markete déjà sa cible favorite : l’homme blanc. Sur la photo d’une publicité, un homme découvre l’objet tandis que sa femme, s’affairant à la cuisine, le regarde avec bienveillance.

1985 : En France, les femmes représentent 35% des ingénieurs en informatique. En 2002, elles ne sont plus que 20%. Pire, la proportion de femmes étudiant l’informatique décline drastiquement, et n’a pas cessé depuis.

1991 : le terme « cyberféminisme » apparait et promeut une appropriation féministe de l’ordinateur et des technologies de l’information. 

2016 : l’IA « Tay » développée par Microsoft sur Twitter est désactivée après avoir multiplié les propos racistes et sexistes.

Une brève histoire de la tech (non-exhaustive et bien plus documentée sur place) qui en dit long sur les biais sexistes de nos algorithmes et sur les dangers d’une intelligence artificielle confiée uniquement aux hommes blancs. Proposant des pistes pour « changer notre regard », l’exposition aborde aussi la place des minorités sur Internet, le « colonialisme numérique » (une idée dénonçant la prise de contrôle du numérique par une poignée d’entreprises privées) ou encore la surveillance numérique.

Une satire du Web contemporain

23 artistes, dont 3 hommes, ont eu carte blanche pour exprimer ces biais, souvent avec beaucoup d’humour, certains reprenant même à leur compte des phénomènes viraux venus du Web.

L’artiste allemande Nadja Buttendorf tourne d’ailleurs en dérision la pratique de l’ASMR (souvent perçue comme une activité de soin et de bien-être) et utilise de faux ongles en silicones et des outils high tech peu connus du grand public pour « détendre » les spectateurs. Son installation vidéo est baptisée « Soft Nails ».

 © Nadja Buttendorf, Soft Nails [ASMR] Kleincomputer Robotron 

Plus allégorique, le projet « Breaking the Internet » de la Française Lauren Huet crée un parallèle entre les voix désincarnées des premières opératrices téléphoniques de l'histoire et Kim Kardashian, star muette étalant des photos de ses formes généreuses sur les réseaux sociaux. Soit, deux générations de femmes assujetties par la tech. Il y a quelques années, la star de télé-réalité avait annoncé qu’elle allait « casser Internet » (« breaking the Internet ») en s’affichant nue dans les médias et sur les réseaux, d'où le nom de l'installation.

 
 
 
 
 
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#BreakTheInternet

Une publication partagée par Kim Kardashian West (@kimkardashian) le

Avec son installation « Body Scan », l’artiste grecque Erica Scourti diffuse des photos de son corps, préalablement soumises à différents moteurs de recherche. En relevant les corrélations faites avec des informations du Web, elle relève certains biais sexistes redondants. Exemple ? Le fait que des images contenant des seins s’accompagnent systématiquement de suggestions sur la manière de les « améliorer ».

Décoloniser Internet

Coup de coeur pop de l’exposition, l’installation « A Total Jizzfest » (qui n’est rien de plus qu’un vieux Mac portable posé sur une pile de boîtes à pizza) célèbre le « boy’s club » de la Silicon Valley avec des slogans sarcastiques. On y retrouve Bill Gates, Steve Jobs et Mark Zuckerberg, bien sûr, mais aussi Nick Dorsey (Twitter), Jonah Peretti (BuzzFeed) et Jakob Lodwick (Vimeo).

 © Tabita Rezaire, Premium Connect

Le film « Premium Connect », réalisé par l’artiste française Tabita Rezaire, prend d’ailleurs le contrepied de cette hégémonie culturelle. Réseaux de communication des plantes, communication avec les ancêtres, physique quantique… l’artiste tente de « décoloniser » ces espaces numériques en trouvant d’autres moyens de partager l’information... ailleurs que sur Twitter, Facebook et consort. 


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