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Les personnages de Silicon Valley

Garanti sans filtre ! The Big Disruption : le roman qui dégomme la Silicon Valley

Le 3 oct. 2018

Un boss obsédé sexuel fan de yoga. Un prince en exil qu’on prend pour un développeur informatique. Une standardiste surdiplômée à qui on n’accorde pas de crédit… Le roman de Jessica Powell passe au vitriol la Silicon Valley. Et c’est réjouissant.

Au royaume de la tech, la diversité est loin d’être reine. Pourtant, c’est là-bas que Jessica Powell a construit sa carrière. Et pas chez n’importe qui : chez Google, please !

Lorsqu’elle quitte l’entreprise, ce n’est pas pour une start-up prometteuse. Celle qui était alors directrice de la com’ de Google a choisi de reprendre ses études. Pas pour devenir codeuse, mais pour apprendre les bases de l’écriture créative.

Un an plus tard, elle nous livre le résultat de cette étonnante reconversion dans un savoureux roman. Disponible sur Medium, le titre a de quoi faire sourire : The Big Disruption. Ne frémissez pas. Si vous avez en horreur le jargon de la tech ainsi que ses méthodes « innovantes », ce livre est pour vous.

Il s’agit d’une fiction, comme son autrice prend soin de le préciser. « Complètement fictif », souligne t elle encore sur le site. « … Mais essentiellement vrai », ajoute-t-elle. Il sera question, entre autre, de sexisme, drogues, ego sous stéroïdes, coolitude poussée à l’extrême, burn-out… 

Pour Jessica Powell qui a passé une partie de sa carrière à défendre publiquement les GAFA, grossir le trait est une seconde nature. Et elle ne s'en prive pas. 

Quiproquos et guéguerres d’ego

On découvre, au fil des mots, les aventures d’Arsyen Aimo – un prince en exil qui, pour reconquérir son royaume, essaye de gagner sa vie comme homme de ménage (ou plutôt, comme « ingénieur d’entretien », comme il aime à le dire) dans diverses boîtes de la Silicon Valley. Jusqu’au jour où, au cours d’un entretien d’embauche dans la plus grosse boîte de la tech (Anahata), on le prend pour un ingénieur tout court. C’est le début de situations abracadabrantesques, de quiproquos qui lui donnent raison, de remise en question de process absurdes et de guerres intestines parfois fatales.

On retrouve des locaux démesurés où tout est dispo sur place, un calamar géant de compagnie pour un CEO complètement perché, des ingénieurs crados et va-nu-pieds, des noms de code débiles pour des projets qui le sont tout autant, des mottos bateaux (« Big ideas have simple solutions »), un sexisme ambiant et des concurrents ultra-innovants qu’il faut à tout prix éradiquer.

L’objectif affiché par les salariés est de porter la boîte à son maximum. Mais en interne, ce sont les guerres entre équipes qui rythment les journées. Ce qui est prioritaire ? Être populaire, se retrouver dans les petits papiers du patron, s’assurer d’être au courant des ragots… quitte à en être à l’origine.

Ethique et tech : c’est pas encore ça

On plonge à corps perdu dans le very dark side de la Silicon Valley, qui flirte parfois avec le culte – les employés d’Anahata s’appellent les Anahatis et vénèrent un boss-gourou qui tient des réunions secrètes dans les toilettes -, qui minimise constamment la place des femmes – la réceptionniste possède (presque) un PhD et quinze diplômes en ligne ; les développeurs ne voient pas l’utilité de demander leur avis aux utilisatrices avant de collecter leurs données (« de toutes façons, de plus en plus d’études scientifiques montrent que les femmes ne savent pas ce qu’elles veulent ! ») -, qui dispose de ses employés comme de mouchoirs jetables – attention à ne pas se faire virer la première semaine -, et qui exclut ses « vieux » employés sans remords.

Sans apporter de solutions, l’ouvrage met le doigt là où ça fait mal. L’approche est différente des scandales publics, des révélations chocs et sales. Ici, on a le droit d’en rire, de deviner ce qui est vrai et ce qui est exagéré. Mais toujours avec un arrière-goût un peu amer.

A ce sujet, Google a préféré ne pas réagir – malgré les demandes de plusieurs médias. Ok Google... Sûrement une injonction de la nouvelle direction de la communication… 


Crédit photo : Silicon Valley (HBO)

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