un cimetière plein de site de gaming

Pourquoi les médias consacrés aux jeux vidéo s'effondrent ?

Polygon, Fanbyte, Gamespot, IGN... Un peu partout dans le monde, les médias spécialisés dans le gaming réduisent leurs effectifs alors que l'industrie engrange des milliards. Autopsie d'un secteur en crise.

« Another one bite the dust… », comme dirait l'autre. Alors que le Washington Post a annoncé le 24 janvier dernier le licenciement économique d'une vingtaine de personnes, on a appris que le média mettait fin par la même occasion à la rubrique Launcher, verticale dédiée au jeu vidéo. Et ce n'est pas la première fois que le secteur des médias vidéo ludiques est impacté. Que ça soit aux États-Unis ou bien en France, les médias consacrés au jeu vidéo ont vu leurs effectifs fondre ou bien leurs journalistes remplacés par des rédacteurs moins expérimentés et plus disposés à rédiger des articles complaisants.

Coup d'œil dans le rétro

Depuis quelques mois, on assiste à une véritable hécatombe dans un secteur média qui était pourtant florissant. En novembre 2022, la rédaction de Gamekult avait démissionné en bloc après l'annonce de leur rachat par le groupe Reworld tout en dénonçant le « contexte économique et médiatique toujours plus hostile pour l’indépendance de la presse jeu vidéo ». Quelques mois auparavant, la rédaction de Canard PC avait été obligée de licencier 4 personnes pour survivre à l'augmentation drastique des prix du papier et de l'énergie.

Aux États-Unis, la fin d'année 2022 a aussi été sanglante. IGN, le plus gros média consacré au gaming s'est séparé de plusieurs membres de la rédaction (le chiffre exact n'est pas connu) tandis que les rédactions de Polygon (Vox Media), Fanbyte (Tencent), Game Informer (GameStop) se sont allégés d'une trentaine de personnes chacun. La chaîne payante consacrée aux jeux vidéo G4TV a aussi dû virer entre 20 et 30 salariés cet été. Plus récemment, c'est la maison Fandom qui a été obligée d'écumer ses rédactions de Gamespot, Giant Bomb et Metacritic.

La tech dans le sable

Comment se fait-il que les médias qui couvrent une industrie qui pèse 184,4 milliards de dollars en 2022 soient à ce point au bord du gouffre. Plusieurs critères expliquent ce désastre. Tout d'abord, ces licenciements interviennent dans un contexte difficile pour le monde de la tech et des médias. The Atlantic rappelle que 130 000 personnes ont perdu leur emploi dans ces secteurs dans les douze derniers mois. Les médias américains comme BuzzFeed, Vice ou Cnet ont eux aussi du se séparer de dizaines de personnes tandis qu'en Grande-Bretagne, la marque Future a dû couper dans les effectifs de ses rédactions de TechRadar Gaming, Android Central et Windows Central.

La faute revient en premier lieu à l'explosion de la bulle de la tech qui a largement profité de la crise sanitaire et des confinements avant de s'effondrer au retour à la normale. Cette explosion s'est accompagnée d'une chute drastique de la publicité en ligne. Or cette dernière est le carburant principal de ces sites Web qui misent sur du contenu ayant peu de valeur ajoutée, mais pouvant générer du trafic. Malheureusement, les quelques rédactions qui tentent de faire leur travail convenablement comme Gamekult attirent un lectorat plus qualitatif, mais aussi plus réduit. Difficile d'être rentable avec ce modèle quand on est trop critique vis-à-vis de l'industrie.

Enfin, et c'est un point qui concerne particulièrement la presse vidéo ludique, les journalistes ne font plus vraiment le poids face à la montée en force des youtubeurs et surtout des streameurs de Twitch. Plus proches de leur public grâce à l'exploitation des relations parasociales et pas vraiment gênés par des problématiques éthiques, ces influenceurs sont devenus les ambassadeurs que l'industrie a toujours voulu avoir. Devant ce rouleau compresseur qui fait l'unanimité chez les jeunes, que reste-t-il aux sites spécialisés en dehors des annonces de promotion et de quelques tests vaguement critiques ?

commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire