Homme au fond d'une piscine avec son portable

NFT, live, authenticité, post-vérité... : les grandes tendances médias de 2022

Besoin de converser, montée en force des lives audio et vidéo, NFT, industrialisation de la désinformation : que nous réserve l’année à venir en termes de média ?

À la recherche d’une intimité perdue

En 2021, on aura vu EnjoyPhoenix rejoindre Twitch pour dialoguer sereinement avec une minuscule fraction de ses fans. Elle reconnaissait sur YouTube qu’elle s’était « éloignée » de sa communauté sur Instagram et YouTube pour se préserver. La même année, un autre youtubeur star, Cyprien, a lancé un Patreon pour son émission « 301 Vues ». Les internautes qui s'abonnent sur sa chaîne paient entre 3 et 6 euros par mois pour obtenir quelques avantages : un accès au podcast sans publicité, mais aussi un accès à un serveur discord privé. Cyprien explique qu’il veut s'éloigner des modèles publicitaires classiques pour cette émission et, comme EnjoyPhoenix, se rapprocher de sa communauté. Dans les deux cas, on voit à quel point les plateformes historiques comme YouTube ou Instagram sont finalement devenues des supports publicitaires pour les masses tandis que les créateurs de contenu cherchent à retrouver une relation privilégiée avec une partie plus restreinte, mais aussi plus engagée de leur communauté. Quant aux internautes, ils semblent eux aussi en demande d'une relation plus intime et plus authentique avec les créateurs de contenu.

Vers un journalisme toujours plus incarné

Depuis l’avènement de Twitch, on sait que la nouvelle génération de consommateurs de média est en quête d’authenticité. Si l’exercice semble aller de soi pour les créateurs de contenu qui s’essayent aux lives, l'exercice est bien plus difficile pour les journalistes qui ont tendance à s’effacer derrière la marque de leur média. Pourtant BFMTV a prouvé cette année qu’il était possible pour une télévision d’adopter les codes de la conversation live et de trouver une communauté sérieuse et régulière. La journaliste Margaux de Frouville est devenue une figure bien acceptée sur Twitch tandis que sur TikTok, les journalistes du Monde comme Marion Huysman ou Hugo Pouteau sont devenus des visages récurrents pour toute une génération qui n’a probablement jamais ouvert le journal papier.

Paye ton créateur via abonnement (et ne compte plus sur la pub)

De TikTok à Twitter, en passant par Facebook ou YouTube, tout ce petit monde a bien compris la leçon de Twitch. Pour avoir un maximum d’engagement, mais aussi renouveler son stock de créateurs de contenu, il faut proposer un système de monétisation facile d’accès (même si ce ne sont que des miettes). Le système des « subs » mis en place sur la plateforme d’Amazon est sans doute le plus abouti, mais Twitter n’est pas loin derrière avec son système de « super follower » qui devrait permettre aux utilisateurs de s’abonner à leur créateur préféré pour un montant allant de 3,50 à 10 euros par mois. Les autres plateformes privilégient des monnaies virtuelles, échangeables contre de vrais dollars ou euros à partir d’une certaine somme. Au-delà des grands réseaux, on voit aussi se généraliser des podcasts ou des newsletters payantes, utilisant des plateformes comme Substack ou bien Patreon, qui en une année est passée d’un à deux milliards de dollars gagnés par les créateurs.

La radio est morte, vive le podcast

2021 a vu les audiences des radios généralistes s’effondrer. En novembre 2021 Médiamétrie expliquait que 40,7 millions de français écoutaient la radio quotidiennement, un chiffre qui n’avait jamais été aussi bas depuis 2000. France Inter est restée la radio la plus écoutée de France avec 6,5 millions d’auditeurs, ce qui est moins que 2020. Quant à Europe1, la station a enregistré ses pires audiences avec 2,4 millions d’auditeurs. Est-ce à dire que les médias sonores sont morts ? Bien sûr que non. D’après le CSA, on retrouve les émissions emblématiques des grandes radios comme L’After Foot de RMC, les grosses têtes de RTL, Hondelatte Raconte d’Europe 1 et Par Jupiter de France Inter dans le top 5 des podcasts les plus téléchargés. Le paysage a toutefois largement changé. D’après une étude d’Havas, l’écoute de podcasts natifs concerne désormais 1/3 des Français de 18 à 64 ans.

Le retour des rendez-vous médiatiques

Avec les plateformes de streaming, le replay et les podcasts, on pensait s’être définitivement débarrassé de la contrainte de programmes linéaires. En dehors de grands événements comme des rencontres sportives, les Français ne voulaient plus attendre et se brancher sur des programmes réguliers proposés à heures fixes. C’était sans compter sur le retour en force des lives vidéo et audio sur Twitch, TikTok ou même Twitter ou ClubHouse qui imposent des horaires fixes. Les streamers le savent déjà : le mardi et vendredi soir sont des jours à ne pas rater, car c’est là où se trouvent le plus de viewers. La question pourra aussi se poser sur Twitter, où des Spaces commencent déjà à établir leurs créneaux comme celui de la très hype (et drôle) Ligue du Zob qui se déroule tous les lundi à 21 heures.

La fin des commentaires et des communautés de masse

En mars 2021, le New York Times avait décidé d'abandonner son groupe Facebook dédié à la cuisine et comptabilisant plus de 77 000 abonnés. La raison invoquée ? Le manque de temps des équipes internes pour modérer tout ce petit monde, mais aussi le peu de rentabilité d’un tel groupe. Quelques mois plus tard, Le Figaro décide de couper l’accès aux commentaires internes du site aux simples lecteurs non abonnés. Pour donner son avis, il faudra dorénavant payer. Parmi les arguments, on retrouve la même logique mise en avant par le New York Times à l’époque, à savoir le manque de temps pour effectuer la modération de 20 000 messages journaliers, l'envie de favoriser des échanges de qualité et de réduire les attaques de trolls. On peut citer l’exemple du site Futura qui a mis en place un Patreon à destination de ses lecteurs souhaitant accéder au site sans publicité, mais aussi pouvoir dialoguer directement avec les équipes de rédaction. L’ensemble de ces exemples pointent vers une direction : la mise en place d’un dialogue à deux vitesses avec d’un côté des canaux de communication de masse présents sur les réseaux sociaux, difficiles à modérer et de l’autre, des espaces d'échanges sécurisés et bien souvent payants.

L’arrivée massive du « télé-achat » sur les réseaux 

En Occident les différents confinements ont largement profité au e-commerce qui a gagné 18 % de croissance en deux ans. Le site eMarketer prévoit que cette croissance annuelle à deux chiffres fera passer les ventes du e-commerce de 792 milliards de dollars en 2020 à 1,6 billion de dollars en 2025. Et il n’y pas de raison que les plateformes géantes comme Facebook ne prennent pas leur part. Selon le rapport Digital 2021 de Hootsuite et We Are Social, le secteur du commerce social (dont We Are Social vend une solution, et qui consiste à vendre directement le produit sous l’affichage de la publicité) vaut déjà actuellement plus d’un demi-billion de dollars. Au-delà de la publicité, c’est surtout les live shopping qui explosent, avec des influenceurs chinois qui écoulent en quelques heures de streaming des stocks gigantesques de marchandises.

Facebook a expérimenté durant cet été ce type de télé-achat sur sa plateforme tandis que l’application Shein lance régulièrement des lives au cours de l’année. Sur Instagram, seuls les créateurs ou les marques qui ont une boutique en ligne peuvent pour le moment créer des live shopping. Quant à TikTok qui permet déjà d’utiliser Shopify comme service partenaire, la plateforme travaille sur une option d’achat intégrée directement comme c’est déjà le cas sur sa version chinoise. 

Fake news, troll, haine : bienvenue dans le monde de la post-vérité

Faire du simple fact-checking ne va pas suffire à contrer la désinformation en 2022. Pourquoi ? Tout d’abord parce que cette dernière n’est plus le fait de militants extrémistes ou de trolls sur les réseaux, mais bien d’une industrie qui gagne de plus en plus d’argent, que ce soit par le biais de la publicité, mais aussi des dons et des abonnements d’internautes. Des médias comme France-Soir ou des documentaires comme Hold-Up séduisent suffisamment de monde pour être très rentables. Face à la défiance généralisée contre les médias, le travail journalistique de fact-checking est dénigré. Pire encore, une étude publiée par Proceedings of the National Academic of Science a montré que la pratique du fact-checking avait un impact très modeste. Pour contrer cet effet, plusieurs journalistes comme Julien Pain, le rédacteur en chef de Vrai ou fake sur France Info, se met en scène dans des micros-trottoirs « sportifs » où il part confronter les croyances aux faits.

Au-delà de ces combats, la fondation du NiemanLab basée à l’université d’Harvard note que les fausses informations vont aussi être de plus en plus difficiles à cerner, à cause notamment des images générées par IA. En novembre 2021, la presse découvrait tout un réseau de faux militants progressistes dont les photos avaient été générées par le site thispersondoesnotexist.com. L’objectif ? Faire tenir à de soi-disant militants woke des propos polémiques à la limite de la parodie afin de mieux desservir le camp des progressistes.

Les grands médias vont inévitablement faire joujou avec les NFT et le web3

En 2021, plusieurs médias ont lancé leur premier NFT histoire de voir ce que ça pouvait donner. Le Time a lancé en mars une collection de couvertures numériques intitulées « Time Is_Dead» qui se sont vendues entre 55 000 et 138 000 dollars. The Economist et Vogue lui ont emboîté le pas tandis que le magazine Rolling Stone a mis en vente deux couvertures en NFT en collaboration avec la collection d’art Bored Ape Yacht Club (BAYC). 

Au-delà des opportunités financières, la fondation du NiemanLab y voit autant d’intérêts que d'inconvénients. D’un côté, les médias pourront mobiliser leur communauté de lecteurs et donner l’impression à ses derniers qu’ils possèdent des morceaux d’un journal. De l’autre, il est aussi possible d’y voir la tendance pour des médias de se centrer autour de communautés ultra engagées idéologiquement plutôt que de viser un idéal de vérité dans leurs articles. De quoi s’enfoncer encore un peu plus dans une polarisation extrême. 

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