Lumière digitale

Lassée par les critiques de la presse, la Silicon Valley lance ses propres médias

Le dernier rejeton en date ? Future, un média tech créé par l’un des plus gros fonds de capital-risque.

Future a tout d'un média tech. Son design est épuré et ses articles pointus : comment la psychothérapie peut se faire en distanciel ou comment les clubs de sport génèrent de l’engagement chez leurs fans avec des NFT. Mais quand on jette un coup d’œil aux auteurs, on réalise que la rédaction ne comporte aucun journaliste. Ici, ce sont des spécialistes de la data, des dirigeants d'entreprises, quelques chercheurs et même un auteur de science-fiction qui prennent la plume.

Le ton s'avère particulièrement bienveillant envers le monde de la tech. Ça n’a rien de très étonnant. Le fondateur de ce média apparu en juin 2021 n’est autre que Marc Andreessen, le dirigeant de Andreessen Horowitz, l’un des fonds de capital-risque le plus puissant de la Silicon Valley.

La technologie peut sauver le monde

Que retrouve-t-on concrètement sur ce média ? Beaucoup d'articles sur les cryptomonnaies censées permettre l’avènement d’une finance décentralisée. C’est le cas de ce long article de Marvin Ammori, chief legal officer de Uniswap Labs, une entreprise spécialisée dans les protocoles d'échanges de cryptomonnaies. Plus loin, un papier encourage la standardisation des softwares utilisés dans le monde du transport de fret, écrit par Ryan Petersen, fondateur d’une société d'expédition de fret et de courtage en douane. Et puis Marc Andreessen en personne signe plusieurs textes, dont un titré avec une certaine emphase : « La technologie sauve le monde » . Son auteur y explique comment des vies et des entreprises ont été sauvées durant la pandémie grâce aux nouvelles technologies tandis que la généralisation du télétravail est qualifiée de « changement de civilisation encore plus important que l’invention de l’Internet » .

« Si tu n’aimes pas ce que tu lis dans les médias, deviens ton média »

On l’aura compris, si Future n’a pas de journalistes, c'est qu'il veut valoriser la parole des entrepreneurs et servir sans filtre leur vision du monde. D’après un article de NPR, l’homme d’affaires reconnaît ne pas aimer beaucoup les journalistes, et très spécifiquement ceux qui portent un regard critique sur le monde de la tech. Or, depuis les révélations d'Edward Snowden en 2013, l'affaire Cambridge Analytica en 2016 et les différents scandales liés aux réseaux sociaux, la presse américaine a mis beaucoup d'eau dans sa fascination pour les nouvelles technologies. C'est parce qu'il était lassé de voir son secteur pointé du doigt que Marc Andreessen a décidé de lancer sa propre plateforme.

Cette décision n'est pas étonnante venant d'Andreessen Horowitz. Il a financé Substack et Clubhouse. Ces plateformes médias ont pour promesse de souffler un vent nouveau. Leur modèle : mettre directement en rapport les producteurs de contenu avec le public qui les finance. Une disruption qui n'a pas encore trouvé son modèle économique, mais qui ne profite certainement pas à la profession des journalistes.

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