Bon anniversaire ClubHouse
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Clubhouse fête son premier anniversaire et son futur est… incertain

Le 17 mars 2021

La plateforme s’enorgueillit de ses 13 millions de téléchargements et prévoit la mise en place d’un programme de monétisation. Mais il pourrait tout aussi bien tout perdre.

Un an après son lancement, Clubhouse semble avoir le vent en poupe. L’application que l’on pourrait décrire comme un « LinkedIn vocal » a profité d’une hype sans précédent ces derniers mois et célèbre son premier anniversaire avec près de 13 millions de téléchargements d’après les chiffres d’App Annie.

À cette occasion, le cofondateur de l’application, Paul Davison, a annoncé dans un post de blog, le lancement d’un nouveau programme d’accélération intitulé « Creator First ». Concrètement, le programme doit permettre aux utilisateurs les plus actifs, une vingtaine pour commencer, de booster leur communauté, améliorer leur contenu, mais aussi bénéficier d’une mise en relation avec plusieurs marques susceptibles de sponsoriser leurs rooms. Ce programme semble dessiner le futur modèle économique de l’entreprise, basé sur le sponsoring de marque, un peu à la manière du monde du podcast. Pour le moment, Clubhouse vit sur les 100 millions de dollars levés en janvier dernier et bénéficie d’une folle valorisation à 1 milliard de dollars.

Un modèle déjà à bout de souffle ?

L’avenir n’est pourtant pas aussi brillant qu’il pourrait sembler l’être. Dans un long thread publié sur Twitter, le directeur des produits de Twitch, Shaan Puri estime que la stratégie de l’entreprise pourrait bien échouer à moyen terme. Ce dernier s’appuie notamment sur les chiffres de téléchargements qui, à bien y regarder, ne sont pas si brillants que ça. En effet, l’application connaît un pic aux alentours du 15 février avec près de 450 000 downloads. À partir de cette date, les chiffres ne font que baisser, preuve que Clubhouse ne peut plus vraiment progresser, sa cible restant étroite et très concentrée sur « le petit monde de la tech et des startup possédant un iPhone ».

Pour Shaan Puri cette limite est d’autant plus atteinte que le format audio et conversationnel de ClubHouse présente un grand désavantage par rapport à une plateforme comme Twitch qui est aussi centré sur les lives. « Les streamers sont en direct environ 40 heures par semaine et font du contenu facile avec du jeu vidéo, explique-t-il. Peu importe quand vous arrivez dans le live, la personne sera toujours en train de jouer. C’est du live, mais ça n’est pas urgent. Sur Clubhouse, les meilleurs créateurs vont faire entre 4 et 5 heures de live par semaine et si vous arrivez avec 45 minutes de retard, vous avez raté le plus intéressant. »

L’autre problème pointé du doigt serait la mise à l’échelle de l’application vis-à-vis d’une audience censée être de plus en plus grande. Imaginant que Clubhouse finit par intégrer un système d’enregistrement afin de faire une sorte de podcast en live, Shaan Puri prend le pari que ça tuera « le fun » des invités surprises et de l’aspect spontané de la plateforme. À l’inverse, si l’application préfère se recentrer sur les relations entre les utilisateurs plutôt que sur la création de contenus, sa croissance risque de continuer à être lente au point où la boîte finira par « être achetée par Facebook pour 90 millions de dollars ».

Ces prédictions sont bien évidemment à prendre avec des pincettes et Shaan Puri espère lui-même se tromper. Mais il est loin d’être le seul à avoir des inquiétudes quant au modèle de l’application. Outre le problème du respect des données privées qui est sous le coup d’une enquête de la CNIL, d’autres personnalités ou médias pointent du doigt la politique de la plateforme, un peu trop laxiste envers ses utilisateurs conspirationnistes. Pour ne pas finir comme une simple feature sur Facebook ou Twitter, Clubhouse doit donc grossir vite et pas n’importe comment. Plus facile à dire qu'à faire.

 
David-Julien Rahmil - Le 17 mars 2021
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