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La faute de Trump ?
© Igor Bobic via Twitter

Émeutes au Capitole : comment les discours de Donald Trump se transforment en violence

Le 7 janv. 2021

Par ses discours et ses nombreux tweets, le président américain semble avoir ordonné une attaque sans vraiment le faire. Analyse de ce procédé pernicieux.

Dans l’après-midi du 6 janvier 2021, plusieurs milliers de personnes ont fait irruption sur les marches et dans le bâtiment du Capitole américain avec comme objectif d’empêcher le décompte des votes des grands électeurs. Cette émeute s’est soldée par la mort de quatre personnes tandis que deux engins explosifs ont été retrouvés dans le bâtiment. Ce mouvement de colère, qui peut aussi être qualifié de tentative de coup d’État, a sans doute été déclenché par le discours final de Donald Trump quelques minutes avant les évènements. Ce dernier a notamment incité ses supporters à marcher sur le Capitole pour convaincre les représentants républicains de s’opposer au décompte du vote.

Tout était prévisible

Loin d’être une surprise, ce type d’évènement a été imaginé et même prévu de longue date par plusieurs médias et notamment par le podcast Gaslit Nation qui a mis en évidence les manœuvres permettant la mise en place d’un coup d’État et la mobilisation de partisans chauffés à blanc. Pour William Reymond, journaliste et animateur du podcast La Chute, qui chronique les dernières semaines de pouvoir de Donald Trump, le président a tout fait pour préparer cet évènement historique. Depuis ses éléments de langage, autour du « vol des élections », ses paraboles guerrières, sa négation de la réalité et son appel à marcher et, bien évidemment, ses tweets qui depuis plus de quatre ans, sont comparables à « un arrosage de kérosène » sur l’ensemble du pays...

Incitation au terrorisme

Cet ensemble de méthodes est désigné par William Reymond comme étant du terrorisme stochastique. Ce concept un brin obscur est théorisé pour la première fois en 2002 dans un article intitulé Quantitative Terrorism Risk Assessment de Gordon Woo, un spécialiste en management du risque. Ce dernier expliquait qu’il existait des rapports quantifiables entre des actes de terrorisme isolés et perpétrés « au hasard » et un objectif d’instauration d’un « règne de terreur » proféré via les médias de masse. Cette théorie faisait notamment référence aux différentes vidéos et enregistrement audio d’Oussama Ben Laden, diffusé à échelle globale sur Al Jazeera et qui incitait à commettre des attaques contre les États-Unis et ses alliés sans pour autant commanditer une action précise.

En 2011, le concept est repris et transformé par un blogueur anonyme. Le terrorisme stochastique désigne alors l’incitation ou l’inspiration d’actes de terrorisme, statistiquement plausibles, mais individuellement imprévisibles par l’intermédiaire des médias de masse. Ce type de terrorisme ne consiste pas à donner des ordres directs, mais plutôt à donner de l’écho à une idéologie particulière qui va être disséminée à travers les médias de masse et éventuellement inciter une ou plusieurs personnes à commettre un acte de violence. En 2017, le criminologue Mark S. Hamm et le sociologue Ramón Spaaij évoquent dans leur livre The Age of Lone Wolf Terrorism que cette méthode s’applique parfaitement à des groupes terroristes comme Daesh, ou bien à l’animateur de radio conspirationniste Alex Jones. Mais cela peut-il s’appliquer à Donald Trump ?

Du sang sur les mains

Ce n’est pas la première fois que le 45e président des États-Unis est désigné ainsi. Dans un article de Rolling Stone paru en 2016, le journaliste David S. Cohen évoquait déjà l’action de Trump en ces termes, quand ce dernier avait indiqué lors d’un discours à Wilmington, en Caroline du Nord : « Si Hillary Clinton est en mesure de choisir les juges de la Cour suprême (d’être présidente), vous ne pourrez rien faire. Sauf peut-être le second amendement (port des armes) les gars, peut-être que ça sera le seul moyen. Je ne sais pas. »

En octobre 2018, plusieurs personnalités comme Georges Soros, Barack Obama, Hillary Clinton, Joe Biden ou bien la rédaction de CNN ont reçu des colis piégés qui n’ont, heureusement, pas explosé. Le responsable de ces tentatives d’acte terroriste, Cesar Altieri Sayoc Jr est un supporter de Donald Trump passionné par les théories du complot et proche de l’idéologie du suprémacisme blanc. En août 2019 à El Paso, c’est un autre supporter de Trump, Patrick Crusius, qui va commettre un massacre en ouvrant le feu sur des Mexicains, tuant 23 personnes et en blessant 23 autres. Ce dernier adhérait totalement à la rhétorique raciste d’une prétendue « invasion hispanique du Texas », si souvent soutenue par Donald Trump. Plus que jamais, les mots peuvent tuer et ce principe a de nouveau été prouvé lors de cette émeute à Washington.

David-Julien Rahmil - Le 7 janv. 2021
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  • Bonjour,
    Article très intéressant. Néanmoins, je me permets de vous indiquer une petite coquille : dans la première phrase, vous évoquez le 6 novembre, alors que ces événements ont eu lieu en janvier.

  • terrorisme stochastique ou tout simplement pouvoir d'influence... aujour'dhui énorme et hors de contrôle. Il nécessiterait de réévaluer de façon très pratique la notion et le périmètre de la "responsabilité". Quand parler devient agir ou faire agir il est essentiel de retrouver le contrôle et la responsabilité de ce qu'on dit ou écrit. Encore une question de limite..

  • "Let's walk down Pennsylvania avenue" (descendons Pennsylvania avenue - la rue qui mène au Capitole), pour vous c'est ainsi que Trump à ordonné une attaque ???????