Mark Zuckerberg sous la foudre

Scandale des Facebook Files : le réseau social attaqué de toute part par la presse d’investigation

© Antony Quintano

Un consortium de médias comprenant le Washington Post, le New York Times et Le Monde décortique les documents internes de Facebook. Voilà ce qu’ils ont découvert. 

Depuis la publication des documents internes de Facebook sur le Wall Street Journal, l’actualité entourant le réseau social de Mark Zuckerberg est bouillonnante. Entre l’interview de la lanceuse d’alerte Frances Haugen sur 60 minutes ou les nouvelles révélations du Washington Post, il ne se passe pas une semaine sans qu’une nouvelle actualité surgisse sur le sujet. Cet article qui sera mis à jour régulièrement a pour vocation de suivre cette affaire. 

Les lendemains de la prise du capitole - Lundi 25 octobre 2021

Dans le cadre du consortium international qui examine les Facebook Files (rebaptisés Facebook Papers), le journal Le Monde est revenu sur la fatidique journée du 6 janvier 2021 qui a vu une horde de militants pro-Trump prendre d’assaut le Capitol. D’après les documents internes rapportés par Frances Haugen, les employés de Facebook ont évoqué sur la messagerie interne, leur mécontentement face au manque de réactivité de l’entreprise. Ces derniers dénoncent notamment la faible réaction des équipes de modération face à la montée en puissance des groupes « Stop The Steal » , qui regroupaient des militants persuadés que l’élection avait été truquée. Mike Schroepfer, le directeur de la technologie de Facebook, a préféré voir dans ces messages haineux et racistes des regroupements d’internautes confus plutôt qu’un vrai mouvement concerté qui avait pour vocation de délégitimer le scrutin. En bref, Facebook a vu la cocotte-minute monter en pression, mais a réagi trop tard quand le Capitol fut envahi.

Le système de classement des pays de Facebook - Lundi 25 octobre

De son côté le média The Verge est revenu sur le système de classement des pays mis en place par Facebook en 2019. Cette « tier list » avait pour objectif de planifier les prochaines échéances électorales et de classer une trentaine de nations selon leur ordre d’importance en termes de surveillance de l’activité. D’après les documents internes de l’entreprise, on apprend que les États-Unis étaient placés dans le tiers 0, c’est-à-dire au premier rang des priorités. Cette disposition prévoyait notamment une « war room » censée surveiller constamment l’activité et prévenir les autorités locales en cas de problème. Au second rang, on trouvait l’Allemagne, l’Indonésie, l’Iran, Israël et l’Italie. Ces cinq pays bénéficiaient des mêmes conditions de surveillance, mais étendues seulement pendant la période électorale. 

Au troisième rang ou tiers 2, on retrouve 22 autres pays ne bénéficiant que de « centres d’opération améliorés ». Le reste des pays est classé dans le tiers 3 et ne prévoit pas d’intervention en particulier. Certains pays comme l’Éthiopie n’ont même pas de traduction des standards de communautés de la plateforme. Et les IA pouvant détecter les discours de haine et autres problèmes ne sont pas effectives sur leur territoire. D’autres pays comme la Birmanie ou le Pakistan, considérés comme à risque, ne bénéficiaient pas non plus de cette surveillance.

Comment Facebook a entretenu la violence en Inde et en Birmanie - Dimanche 24 octobre

Dans une série d’articles, le Washington Post, le New York Times et le Wall Street Journal se sont penchés sur un rapport interne à Facebook datant de 2020 et se concentrant sur son action en Inde. L’entreprise qui touche plus de 340 millions de personnes est pointée du doigt pour ne pas déployer de moyens suffisants afin de réduire les discours de haine vis-à-vis de la communauté musulmane. Dès 2019, le groupe avait conscience que WhatsApp était utilisé pour diffuser de la propagande en faveur du Premier ministre nationaliste Hindou Narendra Modi et des appels à la violence envers les musulmans. Les mêmes problèmes ont été repérés en Birmanie. L’entreprise ne comptait que 5 collaborateurs parlant la langue locale alors qu’elle comptait 18 millions d’utilisateurs dans un pays où se déroulait un génocide à l’encontre de la population Rohingya. Facebook a répliqué, indiquant que l’entreprise avait fortement investi dans la détection de propos problématiques en hindi et bengali et que les propos haineux ne représentaient que 0,05 % des contenus dans le monde.

https://www.washingtonpost.com/technology/2021/10/24/india-facebook-misinformation-hate-speech/

« Imprimer de l’argent dans le sous-sol » - Vendredi 22 octobre 2021

Frances Haugen l’avait déjà annoncé de manière tonitruante lors de son passage devant le sénateur Richard Blumenthal : « les dirigeants de Facebook […] ont fait passer leurs immenses profits avant les gens » . Cette déclaration solennelle vient de rencontrer une nouvelle illustration avec la publication d’un nouveau témoignage dans le Washington Post. Selon un nouveau lanceur d’alerte qui a préféré garder l’anonymat pour éviter des poursuites judiciaires, Tucker Bounds, un membre de l’équipe de communication de la firme aurait pris de manière bien légère les accusations d’interférence de la Russie sur la plateforme, pendant l’élection présidentielle américaine de 2016. « Ce sera un feu de paille. Des élus vont râler et d'ici quelques semaines, ils seront passés à autre chose. En attendant, on imprime de l'argent au sous-sol et tout va bien » , a-t-il indiqué. Erin McPike, la porte-parole de Facebook, a immédiatement réagi en attaquant la stratégie éditoriale du média. « C’est un coup indigne du Washington Post qui s’est lancé depuis cinq ans dans une compétition féroce avec le New York Times sur le nombre de corroborations que leurs journalistes peuvent trouver afin de transformer une seule anecdote en une histoire compliquée » , a-t-elle déclaré. 

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